gruyeresuisse

28/03/2019

De l'ombre à la lumière : Michèle Katz

Katz 2.jpgDans chacune des oeuvres de Michele Katz une réfraction et effraction ont lieu. Leur saut précède le temps et l’anticipe en s'appuyant sur un passé souvent douloureux mais sensuel tout autant. L'artiste unit dans des masses colorées une figuration unique. Au frottement des "outils" sur la toile qu’est-ce qui se libère  sinon l’inaltérable arraché ?

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Dans le compact amas des corps jaillissent les myriades de formes, les courbes de l’anneau des survivances. On peut, la chute dans l’anneau. Ellipse et trajectoire inachevées. Absence, absence. Fontaine des clairvoyants. Les tourbillons de corps et de corpuscules retiennent la chute.

 

Katz 3.jpgPour la ressemblance qui grandit à mesure que Michèle Katz s'éloigne de la représentation. L'oeuvre peut l'absorber toujours plus afin de l'ouvrir au cœur du ravin et de la braise des sacrifiés. Sœur secrète des sans nom de l’Histoire, l'oeuvre fait retentir une foule là où paradoxalement la solitude règne et pèse dans les affaissements de terrain des toiles, dans la syncope immense des corps. L'artiste y inscrit toute la nuit et toute la lumière afin que l’art remplace les mots et devienne la phrase totale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michèle Katz, "Corps à corps", Expo Montmartre, 30 rue des Trois frères, Paris XVIIIème, du 17 au 31 mai 2019.

27/03/2019

Willy Spiller et Fred Mayer : Zurich, années 70

Mayer 2.jpgWilly Spiller "Zurich 1967-1976", Fred Mayer, "Le Zurcher 1971" Bildhalle, Zurich du 28 mars au 11 mai. Livre "Willy Spiller "Zurich 1967-1976", Editions Bidhallle, 2019, 200 p..

 

Cette double exposition présente la ville de Zurich et ses habitants au cours de la décennie 1967 - 976, au moment où les revendications de la jeunesse et la révolution sexuelle battaient leur plein, affrontaient et affolaient la morale bourgeoise. Willy Spiller et Fred Mayer proposent certains de leurs célèbres clichés témoins absurdes et intenses de cette époque.

Mayer 4.jpgLe premier photojournaliste international, a capté des célébrités suisses et internationales au cours de ces années les plus mouvementées (dont Alfred Hitchcock présent ici). Fred Mayer propose des tirages de sa série "Zürcher Panoptikum", publiée à l’origine dans l’édition de week-end du "Neuen Zürcher Zeitung" en 1972, accompagnée d’un texte de Hugo Lötscher.

Zurich se retrouve ici dans tous ses états : la ville semble brute, sauvage, mais tout autant conservatrice et sexiste. Les deux photographes ont su exprimer ses zones grises où deux sociétés coexistaient tant bien que mal. Tout est saisi avec un regard amusé, complice et complexe.

Mayer.jpgLes voyous" sont plutôt tendres et les "réactionnaires" débonnaires. Tout un monde - souvent aujourd'hui disparu - s'agite : il y a là des éditeurs, des artistes, des balayeurs, des livreurs de bière, des chaudronniers mais aussi des trainards qui parfois sortaient de la rue pour rejoindre le temps d'une pose le sudio de Mayer au moment où Spiller les saisissait au sein du décor urbain. Chaque fois c'est moins la discorde que le plaisir de liberté qui est au rendez-vous dans une fête hybride et renaissante grâce à cette exposition.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les morts vivent plus longtemps que nous : Céline Cerny et Line Marquis

Cerny.jpgCéline Cerny, Line Marquis, "On vous attend", coll. Pacific, art&fiction, Lausanne, 2019, 96 p., 27 CHF.

 

En quinze textes et des images Céline Cerny et Line Marquis reviennent à l'essentiel : la mort telle qu'elle apparaît dans les arts et la vie. Bref ce livre est l'histoire de "nos" disparus dont la voix perdure .  Mais quelle est leur place parmi nous ? Quel espace tracent-ils et quels liens offrent-ils ? "On vous attend" répond en donnant une nouvelle vie aux anges et aux fantômes qui nous hantent et nous collent aux basques.  Leurs passés empiétés et emiétés nous tissent.

 

Cerny 3.pngParce qu'ils nous attendent, leur redonner vie, à travers les mots et les images, c’est se consoler un peu par des appels. Ils nous apaisent et parfois et nous font rêver. Dante n'est jamais loin. Il fut le premier à nous colleter avec le néant et les misères. Céline Cerny et Line marquis créent sous son égide, sans préférer la modestie des sommets alpins à l'arrogance des terres basses et urbaines.En rien amnésiques elles ont prises sur les êtres et les choses.

 

Cerny 2.pngIl existe là tout un exercice de sauvetage et de connaissance qui est la porte de la connaissance dont on a perdu la clé. Les deux créatrices sont à sa recherche, en analystes et rêveuses, de cet examen des morts qui ne sont pas plus recalés qu'innaccessibles. Existe un sentiment de familiarité par la présence de la densité mystérieuse de leurs ombres toujours insuffisamment dépliées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret