gruyeresuisse

26/06/2016

Dominique Marie Dejean : les émaux de la faim

 

AAAAD2.jpgL’érotisme habille plus qu’il ne déshabille. Mais pas de la « bonne » façon. Dominique Marie Dejean le sait : elle le cultive au sein de la sophistication et dans un humour que nécessite tout jeu surtout lorsqu’il est voluptueux et dangereux. La langue (plastique ou poétique) pointe entre les lèvres qui conservent la chaleur du foyer. Le corps sort de sa solitude même si parfois il est seul à l’image comme dans le cadre du texte.

AAAAD4.jpgDominique Marie Dejean rappelle de facto que certains mots ne s’écrivent pas vraiment et que les jardins des délices doivent rester invisibles - du moins en leur totalité. Les deux approches mettent en l’état d’écoute. Ils parlent à notre place car ils savent ce que nous ignorons et que nous sommes là réduits à l’état de voyeur donc de souris avec laquelle celle qui se nomme aussi Myss Do joue les chattes perverses.

AAAAD5.jpgTout son travail crée le court-circuit du mental. Mais en partie seulement : car les histoires de l’Eros passent par la tête. Les mots y deviennent images et les images mots sourds. Ils n’ajoutent rien mais ne retranchent pas plus de l’affolement que la créatrice propose. Ses nouvelles feignent de garder le secret du féminin intact mais afin que les certitudes d'un mâle réduit à l’état de bois flotté s’y lézardent.

Dominique Marie Dejean , « Emois et volupté », Les presses Littéraires, 12 E.
Voir : Site Myssdo.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/06/2016

Primitifs du futur à l'Elysée


Elyséé Victoria Will.jpg« La mémoire du futur, dialogues photographiques entre passé, présent et futur », jusqu’au 28 août 2016. Musée de l’Élysée, Lausanne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ElyséeOscar Munoz.jpgDepuis son arrivée à la tête du Musée de L’Elysée, Tatyana Franck a revitalisé le lieu. Elle revalorise un fonds accumulé au fil du temps sans direction précise mais dans un souci d’œcuménisme photographique. Pour autant l’exposition n’a rien d’une expérience nostalgique. Plutôt que d’exhumer des trophées passéistes l’exposition crée une dialectique entre passé et futur et montre comment les recherches des photographes actuels savent tirer profit de procédés photographiques archaïques.

ElyséeChristan Marclay.jpgDaguerréotypes et autres cyanotypes sont mis en écho des œuvres les plus nouvelles. Aux travaux primitifs de Gustave Le Gray ou d’Anna Atkins répondent les expérimentations de Christian Marclay, Oscar Munoz, John Dugdale, Takashi Arai ou encore les recherches sur la lumière d'un James Turrell. Non sans louable souci pédagogique l’exposition permet une réflexion approfondie sur le médium et prouve comment l’esthétique photographique se construit sur la « matière ». Et ce même à l’époque du numérique. La patine, la craquelure, l’effet de trace investissent le médium – parfois jusqu’à un maniérisme discutable. A voir pour tout amateur d’un art confiné trop longtemps au rang inférieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

(photosde Victoria Wall, Oscar Munoz, Christian Marclay)

24/06/2016

Les armes parlantes de la peinture : Adrian Falkner.


FALKNER BON 4.jpgLe peintre suisse expose « Thinking Hand » à la galerie Le Feuvre, Paris VIIIème jusqu’au 26 juin 2016.


Héritier des abstracteurs zurichois comme Bill ou Lhose, Adrian Falkner par son « géométrisme » en folie ne procède aucunement d’une ascèse philosophique ou mathématique. L’abstraction devient lyrique, instinctive et d’une certaine manière « latine ». L’artiste est plus proche des Italiens du groupe de Côme que des Zurichois. L’intervention implicite du geste reste visible dans une architecture qui ne se contente pas de simples variations.

FALK.jpgLa mise en couleur et la mise en forme se répondent : l’une anime l’autre et vice-versa. Loin des teintes neutres et reposantes le chromatisme reste violent et renforce la perturbation des formes et volumes. Adrian Falkner utilise sans cesse les effets optiques des couleurs, leurs influences mutuelles et leurs qualités spatiales. L’œuvre est donc envoûtante par ses gonflements et ouvertures en écho autant d’un certain érotisme que d’un humour implicite.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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