gruyeresuisse

03/05/2016

Spores et chimères, le miroir du merveilleux : Jean Jeanneret

 

Jeanneret.jpgJean Jeanneret, « RVB », Espace L, Genève, 20 mai - 2 juilllet 2016.

Issus de l’Ecole de Photographie de Vevey: Jean Jeanneret lie le médium photographique à la technologie informatique comme à l’acrylique. Elles lui permettent la recherche d’un affinage vers une simplicité et un minimalisme où formes et couleurs primaires prennent toute leur force. En surgissent des sensations extrêmes en une sorte de graphisme tout en rythmes et luminosités dégagés du narratif.


Jean_JEANNERET.jpgIl y a là une représentation coupée de ses racines. La « chorégraphie » proposée est aussi brute que poétique. Au regardeur de trouver une histoire, d’accorder un sens à ce qui est proposé en des langueurs naissantes, des coulées de matières innommées et absentes de tout rapport d’évidence. Chaque œuvre devient un essaim de possibilités là où tout peut jouer en tant que leurre pour séduire le regardeur par spores, chimères et en lignes de fuite et d’extase.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/05/2016

Pauline Beaudemont : les objets du désir

 

Beaudemont.jpgPauline Beaudemont, « Caravan », Aargauer Kunsthaus, du 30 avril au 7 juillet. A venir : « A pudding that endless screw agglomerates” Polish Institute, Berlin. “Bourses Déliées”, Halle Nord, Genève.


Pauline Beaudemont multiplie les combinaisons d'éléments et sujets disparates avec recours à des matériaux humbles ou sophistiqués. Le tout dans une parfaite impeccabilité qui n’empêche pas la drôlerie. La jeune artiste pourrait passer pour une post dadaïste et surréaliste dans son travail des objets tant l'art reste pour elle expérimental et propose divers renversement de l’horizontalité et de la verticalité.


Beaudemont 2.jpgLa plasticienne demeure avant tout libre et indépendante des étiquettes. La mutation est perpétuelle en ses approches, si bien que les objets trouvent une poésie inaccoutumée, imprévue et jouissive. Elle pousse autant au rêve qu’à la méditation là où se concentre un certain minimaliste et un art du concept dans tous ses états. Partisane sincère du beau la créatrice saute par-dessus les pièges de la simple ironie. Et l’utilisation éventuelle de ses objets ne représente que l’état latent de leurs rayonnements. Chaque pièce prend la forme du désir et agit de la sorte sur notre contemplation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

29/04/2016

Les fleurs du secret : Nobuyoshi Araki

 


Araki 3.jpgJérôme Neutres, « Araki Nobuyoshi », Editions Gallimard / musée national des arts asiatiques – Guimet, 304 pages, 39,90 euros. Exposition au Musée Guimet du 13 avril au 5 septembre 2016.
Nobuyoshi Araki, « KaoRi », Chez Higgins, Montreuil,


Les images d’Araki se méfient des envoûteurs du tout pensé. Longtemps le photographe a dû se battre avec eux tant ses images choquaient par leur impudeur et l’intimité étalé. « À peine sorti du vagin de ma mère, je me suis retourné pour le photographier!» déclare avec humour l’artiste qui demeure rivé au passage primal et aux grandes eaux du « firmaman » où il baigna. Celles-ci ont été remplacées par les eaux séminales du cerveau de l’artiste dont le but est de renverser la perception du monde pour le sauver de sa perte.


Araki Bon.jpgSelon lui il y a urgence : le corps disparaît au profit de robots même sexuels : « il y a trop de robots et moins de voix venant de la chair ». L’artiste s’est donné comme but de la photographier car il s’agit pour lui d’un symptôme en disparition. L’artiste veut ainsi créer son « épitaphe pour la fin du monde.» Sidéré par le sexe, le désir, la vie et la mort, pour l’artiste la femme est le seul sujet : elle est captées libre ou ligotée par celui qui reste un des maîtres du bondage nippon contemporain.

 

Araki BON 2.jpgNobuyoshi Araki multiplie les techniques afin de réaliser ses prises de manière compulsive. Il peut prendre des centaines d’images en un seul jour. Le bondage reste pour lui un moyen de ficeler le réel plus que ses modèles : « c’est parce que les âmes sont intouchables que je veux ficeler le visible. En prendre possession pour moi seul» dit celui pour lequel son médium est la naissance du désir. Il prend aussi pour signifier le mystère du féminin, la plus subtile des métaphores : celle de la fleur dont le cœur est secret.

 

Jean-Paul Gavard-Perret