gruyeresuisse

29/05/2019

Transparences et transfusions de Meg Webster

Webster.jpgMeg Webster, Anne Mosseri-Marlio Galerie, Bâle.

Meg Webster crée une oeuvre minimaliste mais d'un caractère particulier. Elle offre une expérience spécifique : le monde non seulement est inversé mais extérieur et intérieur se mélangent par effet de miroir ou de transparence. Ce travail complexe augmente ce que l’oeil perçoit de manière commune. L'aventure est spectaculaire mais dans le bon sens du terme.

Webster 2.jpgElle agit de manière poétique loin de toute version post pop d’un fétichisme de l'objet. Sans l'éliminer elle le métamorphose afin de lui donner une éloquence visuelle par la force des surfaces, leurs montages, le mouvement, les directions des formes, le jeu des vides, la vulnérabilité paradoxale. Une forme de légèreté ramène à un fait premier de l’art : la plasticité est avant tout une affaire de volumes plutôt que d'objets. Le "sujet" de l'oeuvre n'est pas un vestige mais un état naissant, un point de vie et de vue prenant éventuellement racine sur ce qui transparaît.

Webster 3.jpgL'artiste questionne les limites des formes afin d’en préserver des sensations subtiles et presque évanescentes. Ses représentations quoique très proches de projections littérales en échappent sous forme de subtiles mutations qui jouent des effets de la sculpture qui modifie ses propres données. S'érigent de fait le germe d'une langue plastique forgée en ses substrats ou matières et un monde aussi élégant que mystérieux afin d'interroger la visibilité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/05/2019

Je ne vois que toit (XXX)

Metzer 2.jpgShe mer (Sheila Metzner)

 

 

Elle a peur. Elle est remplie d’angoisse. Elle se tient comme ou contre une statue. Elle désire. Plus tard elle dira pourquoi ai-je photographié la femme sinon pour affronter ce mystère : le regard rend-il visible ce qu’il veut toucher ?

 

 

 

 

Metzer 3.jpgLe sexuel est là mais en impossible miroir. C’est l’appât qui hante. Sans dire qui, quoi. Ni comment. Jamais d’agitation tumultueuse : l’attente, juste l’attention. Sheila apprête ses modèles pour des cérémonies où relever un bras ne signifie pas forcément l’abandon de la jouissance ou la terreur de la pâmoison.

Metzer.jpgL’amour est voué au « suspens ». Comme s’il était inaccessible. C’est le secret de la photographe. Exit le pathos. La sensualité frissonne d’impeccabilité. C’est un carpe diem de la « nostalgia », une danse statique. Avec plus de luxe que de volupté . La femme est en noir. Allongée elle ne peut goûter les prunes de Cythère. Elle reste néanmoins l’élue qui échappe au plus fruste. Sens dire qui, quoi. Ni comment. Elle se tient comme ou contre une statue. Elle sait que l’amour comme l'art fascine sa proie de manière pétrifiante.

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret).

Photos de Sheila Metzner.

25/05/2019

Sean Scully en 3 D

Scully.jpgComme avec ses peintures, le Dublinois d'origine Sean Scully reste à travers ses sculptures un créateur spécifique capable de suggérer la suppression et l'anéantissement du monde tout en accordant présence et résistance à l’essence de disparition. Pour lui l'image du réel, dans l’imagination, n'est qu'une ombre passagère. Il s’agit en conséquence de la réduire. L’Irlandais dans son minimalisme abstractif signifie une approche autant du monde que de la métaphysique à travers l'acier, le bronze, la pierre ou l'aluminium coloré.

Scully 2.jpgCe livre présente un grand nombre de ses sculptures et parfois leurs travaux préparatoires. Il est complété de plusieurs essais de Clare Lilley, Peter Murray, Kirsten Claudia Voigt et Jon Wood. Ces approches prouvent que Scully retient avant tout un effacement. Il donne à voir un univers paradoxal qui doit de demeurer, hors lieu, hors temps. Et comme hors d'usage - mais pour mieux suggérer une présence fondamentale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sean Scully, "Sculpture", Hatje Kantz, Berlin, 2019. 338 pp., 65 E..