gruyeresuisse

12/06/2015

De la couleur avant toute chose - Gilles Porret

 

 

 

Porret.jpgThe Solo Project - Basel, Gilles Porret - Selected works, Tmproject Boulevard d'Yvoy, Genève.

 

Tout le travail de Gilles Porret s’articule sur la saisie de monde par la couleur à travers différents médiums : installations, objets, vidéos, performances, photographies. Se revendiquant comme peintre le créateur proche d’un art conceptuel interroge  méthodes et règles du jeu de l’art. Au passage et pour que la peinture parle il s’est intéressé aussi à des termes où la couleur sert de figure de style pris au pied de la lettre pour imager le réel : Noir de monde, White Spirit, Peinture bidon, Bleu de travail, etc. « Picture Disc » est à ce jour une de ses séries les plus célèbres  de l’artiste. Elle repose comme souvent chez lui sur des collections d'objets. Il a aussi pour ce projet collationné des chansons dont le titre  contient un nom de couleur : «Yellow Submarine». «Paint Is Black».

 

Porret 2.jpgGilles Porret s’intéresse aujourd’hui à d’autres « Plates-Formes » : des palettes industrielles passent du côté de l’art. L’objet détourné est encore plus radical que le vinyl ( il pouvait être interprété dans un registre plus large et a priori plus artistique). La couleur règne en maître dans le monochrome et ses dégradé tant le support est banal. Des lés de bois peints deviennent les parfaits exemples de déconstruction du tableau. Les « loques » interloquent. Elles sont là pour  travailler l’imagination puisque le visiteur est confronté à du proche et de l’étrange dans ce qui provient directement de la matière. De sa plasticité surgissent des bastringues d’états, des tropismes de couleurs. Ils accordent à l’art une identité clocharde que Porret ne cesse de travailler.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

11:11 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

09/06/2015

L'oeuvre ouverte de Franz Erhard Walther

 

 

 

Walther BON.jpgFranz Erhard Walther, Art unlimited 2015, SKOPIA Art contemporain, Rue des Vieux-Grenadiers 9, Genève, 15-16 juin 2015.

 

 

 

Dans l’œuvre de F. E. Walther la rigueur d’une savante géométrie n’est pas absente mais elle se dissipe pour un autre tressage. Aux œuvres planes, pleines de l’art traditionnel, succèdent des étincelles, des vrilles d’opérations insolites. La surface s’allège et s’étire en un jeu de lignes qui s’enroulent sur elles-mêmes, s’unissent et se séparent, se croisent et se dédoublent là où le spectateur doit être mis à contribution. Il répond de l’œuvre car, écrit le créateur, « il ne peut être impliqué seulement dans sa qualité de regardeur : son corps entier est engagé. »  Cette dimension physique (que le travail de l’artiste contient)  produit un système de formes qui ne sont plus fermées : tout demeure ouvert puisqu’il ne s’agit plus seulement de contempler.

 

Walther 2.jpgL’artiste produit des vecteurs d’impulsion faits parfois et par exemple en tissu ou en textures malléables pliées, dépliées en une série de partiels habillages. Chaque spectateur les annexe à sa main, « réinvente » les propositions plastiques créées par ces objets sculpturaux.  L’œuvre permet ce que Walther nomme le « retour au point de départ, où rien n’a de forme et où tout recommence à se former ». Le processus d’apparition est donc complexe puisqu’il n’est qu’une potentialité que le spectateur doit saisir avec non seulement son regard mais son corps. L’art ne répond plus de l’esprit platonicien et de la cosa mentale. Le spectateur n’est plus un œil sans corps, il se réincarne là où la dimension tactile garde son importance là où la   forme n’est plus  définitivement fixe.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/06/2015

Près de la frontière : la peinture hiératique de Patricia Broussaud

 


 

Broussaud.jpgPatricia Broussaud crée des œuvres très spécifiques. Leur abstraction géométrique aux "morphologies" longilignes est ponctuée de cercles qui en atténuent la rigueur. De tels ensembles, se retient paradoxalement une douceur poétique. Le "rigide" se transforme en abandon dans une création qui semble issue de l'école de Zurich. Tout se joue en une retenue partielle au sein de couleurs d'ambre et d'ombre qui n'excluent en rien la lumière. Quoique abstrait le langage plastique reste le plus proche possible des sensations et de la perception de l'existence par la création d'interférences multiples et subtiles.

 

La créatrice le fait jaillir du domaine de la "spectralité". Emane une forme d’éternité ardente et pudique. La signification de l'œuvre échappe  à tout pathos ou désir larvé et dépasse de mille lieues une simple illustration de la condition humaine. Tout se joue entre une présence à venir  et l’ombre que chaque œuvre doit  retenir afin de ne pas prétendre à une illusion de vérité. Patricia Broussaud depuis, Annecy le Vieux, ouvre l’art à un espace spécifique :  il ne donne sur rien, semble se poser sur rien et pourtant il arrache à la nuit, traverse le jour de son lever à la nuit tombante, du crépuscule à l’aube dans un univers mystérieux, onirique et vaste. Les lignes se marient à une fluidité sans fond. Pas de certitude. Pas de symbole. Le regard retourne à son origine. L’art se mesure à ce qu’il est  : l’ébranlement de la pensée par le trait ou des masses à la fois tendres et cendrées,  inflexibles et douces.

                                                                            Jean-Paul Gavard-Perret