gruyeresuisse

19/07/2016

Spencer Tunick face à Melania et Donald Trump

AAATunic2.jpgMelania Trump n’est pas la seule femme à avoir fait le buzz lors de la première journée de la convention républicaine de Cleveland (Ohio). Spencer Tunick a réuni 100 femmes nues qui portaient au-dessus de leur tête un miroir rond afin de refléter non seulement le paysage proche du rassemblent politique mais le savoir féminin en écho à la nature. Face aux institutions et par son acte l’artiste a voulu célébrer la nature sacrée de la femme et rappeler sa puissance. Il prouve qu’elles restent l’avenir du monde. Ce travail interactif est spécifique à toute la stratégie du créateur. Il a souvent proposé des installations/performances qui intègrent artistes et ceux qui ne le sont pas afin de créer un art aussi individuel que collectif.

AAATunic3.jpgLes Républicaines mais aussi les Démocrates et représentantes d’autres partis ont été invitées à cette glorification venant mettre à mal la rhétorique haineuse de Trump envers les femmes et les minorités. Plus de 1800 femmes se sont proposées pour être retenues en cette performance afin de réclamer des changements et sans tenir compte de l’endroit où une telle installation pouvait se tenir. Le lieu est d’ailleurs resté secret afin d’éviter les répressions et les interdictions et afin que l’art devienne un contre-pouvoir face à ce qui reste un sujet de controverse dans la course à la présidence : la nudité des femmes. Sujet tabou dans l’américaine puritaine (FaceBook) compris).

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Andreas Schneider : lieux et non-lieux


Schneider.pngAndreas Schneider, „Squeeze“, Galerie Gisèle Linder,  Bâle, 23 juillet – 28 aout 2016.

Andreas Schneider investit l’espace de la Galerie Gisèle Linder dont le lieu lui-même est l’exemple de la résistance que suggère l’exposition. Pris entre des bâtiments modernes la galerie les domine paradoxalement même s’ils veulent l’étouffer. L’emplacement est à la fois grandiose et du plus bel effet : l’artiste de Bâle s’y sent à l’aise. Ses grandes œuvres minimalistes s’emparent du lieu pour souligner l’étouffement et le resserrement qu’il subit. Le « Squeeze » le rend à la fois patent mais lui offre une issue.

La masse qui flotte au dessus de l’entrée et se prolonge dans la galerie suggère une main géante qui repousse ce qui entrave le lieu. Un support de bois illustre aussi une oppression de manière dérisoire mais sidérante tandis qu’un profil suggère l’état de la situation actuelle de la galerie. Elle semble soudain aspirée vers le haut. Enfin une reprise du château d’eau à Schönenbuch trouve une nouvelle forme superbe, effilée et gracile en double « haut-parleur » qui joue là encore du resserrement et de l’ouverture. L’oeuvre comme le lieu ne peut laisser indifférent : s’y trouve une impression étrange de communion avec le monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:28 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

15/07/2016

Dialogues des langues - Adrien Rupp et Léonie Vanay

Viannay.jpgAdrien Rupp & Léonie Vanay, « Esperluette », Collectif Rats, Vitrines des Mouettes, Place de l'Ancien-Port, 1800 Vevey.

 

Adrien Rupp sait qu’il n’y a pas d’avènement de la poésie sans un certain sens du rite de la fusion. D’où, le nouveau couple (après d’autres) qu’il crée artistiquement avec Léonie Vanay. L’immobilisation du désir et son achèvement chez l’un entraîne l’inachèvement chez l’autre. Mais de ce dernier émerge aussi bien le langage poétique que plastique : au sérieux des œuvres plastiques répond l’humour du poète : "Un jour un homme se lève / Il ne reconnaît pas la femme couchée à côté de lui (...) Le café qu'il boit a le goût de jus de pamplemousse son reflet dans le miroir est celui d'un petit garçon chauve en costard / La femme qu'il ne reconnaît pas se réveille, boit le café qu'elle trouve très bon et ne semble pas inquiète de se trouver face à un petit garçon chauve en costard / Il se dit alors que tout est normal et part travailler sans savoir quel est son métier ». Les deux artistes évitent autant le scabreux que frelaté d’une pathologie sentimentale : l’œuvre croisée offre une sensation vitale. Même lorsque celle-ci s’affaisse sous le poids de la vie des émotions plus complexes. Chaque texte en sa concentration comme les images et leurs élancements produisent un renversement : ce qui est de l'ordre de l'impalpable devient matière. Le lecteur/regardeur se retrouve aux sources des langages : les formes décomposent le monde pour le recomposer autrement dans l’espoir de la chimérique expatriation du feu intérieur.

Jean-Paul Gavard-Perret