gruyeresuisse

25/09/2020

Anne-France Abillon : Apparitions

Abillon.jpgAnne-France Abillon crée des traversées à travers et entre autres des fils imbriqués. Ils émettent, dans un chant des formes, bien des doutes sur ce que nous croyons voir. Le tout en des mouvements d’écume où un invisible de l'intime devient l’alphabet des abysses intérieurs. Le tout en trois séries de photographies - "Le tissu du réel" de toiles d'araignées sur papier japon, "Traces" (d'empreintes d'insectes) sur papier transparent, "Manteaux d'âme" sur papier Hahnem-ühle - , une installation "Nid dans une aube" et une suite de dessins "Au-dessus du vide".

Abillon 2.jpgLes cernes d’images épuisés remontent, se dispersent dans des trames parfois érodées où se  déploient des présences aux couleurs volontairement éteintes qui se brodent en algues coulées dans chaque médium ou mises en scène. Apparaissent des contradictions et des vertiges. Grouillent des traits tordus et dénudés aux friches d’une mémoire à la lisière de la ligne. L'intime hors de soi fait que le "moi" se détache de la loi du corps dans une sorte de désordre en suspension.

Anne-France Abillon propose une sortie, une assomption, une dilation discrète, une cristallisation d’accumulations de l'enfoui qui strangule. D'où l’éclosion d'une présence ambiguë. Une nouvelle fois l'artiste invite à une fouille archéologique. Surgit le regard sur le statut de la réalité et de l'être dans un travail en une poétique de l'effacement. De pudiques présences ouvrent un espace en glacis ou "pointes" par effets de surface comme de profondeur là où tout reste de l'ordre du mystère et du secret.

Jean-Paul Gavard-Perret

Anne-France Abillon, "L"intime au dehors", IGDA 2.0, Caen, du 3 au 15 octobre 2020.

10:22 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Yvan Salomone : l'étrange objet de la représentation

Salom.jpgYvan Salomone, "Objection, "galerie Sonia Zannettacci, Genève, du 24 septembre au 21 novembre 2020.

Depuis 1991 Yvan Salomone peint à l’aquarelle, semaine après semaine, des œuvres au format immuable de 105 x 145 cm. Il peint des paysages industriels et portuaires, des zones désertées aux couleurs invraisemblables et inattendues. L'aquarelle crée une émotion là où semble abolie toute notion de temps et de réalité même si elle demeure néanmoins coruscante.

Ces œuvres sont à la fois hors du temps et dedans. Une succession de signes et indices se découpent là où quelque chose d'invisible reste en jeu. Salom 2.jpg

C'est une manière de croire qu'il est possible de faire de la vie avec la peinture quel qu'en soit le sujet. Et la transformer en objet de résistance muette mais qui s'adresse aux sens par son sens.

Le futur de l'image est interrogé là où même un cadavre est présent. Chaque oeuvre devient une expérience où se fait l'essai de quelque chose dont nous ne connaissons pas la teneur. Reste un vide paradoxal qui produit une méditation au sein d'une vie sans âge, presque banalisée mais qui s'anime d'un paradoxal régime de présence où le cumul peut être tenu à la fois pour nul mais aussi comme une évidence.

Jean-Paul Gavard-Perret.

24/09/2020

Matthieu Barbezat et Camille Villetard : Le Miracle des loups

Barbezat.jpgBarbezat – Villetard, "Longs temps", EAC(Les Halles), Porrentruy, du 27 septembre au 22 novembre 2020

Camille Villetard et Matthieu Barbezat travaillent ensemble depuis 2014 et paragent leur temps eentre Neuchâtel et Paris. Le couple franco-suisse s’intéresse à la notion d’espace et à l’exploration des matériaux en le fondant sur les formes du minimalisme ou extraites de la nature. A partir de là il crée des expériences immersives  pour décadrer le regard de ce qui lui paraît familier. Cette exposition in situ devient un parcours en trois moments. S'y découvrent deux sculptures (« Soleil des Loups ») presque non identifiables en acier. Elles sont aussi massives qu' instables, imposantes et pourtant chargées d'énigmes. Cette dualité crée un espace comme entre chien et loup où tout semble possible d'apercevoir :  même une sorte de meutequi jaillirait de nos propres tréfonds.

 

Barbezat.pngAutour de ces sculptures une lumière bleutée crépitante suggère un univers en mutation où quelque chose se fomente. Auparavant les visiteurs franchissent une peuplade d’arches ouvertes sur la rue en un jeu entre le vide et le plein et qui annoncent la meute potentielle du "Soleil des Loups".

 

Barbezat 2.pngLes artistes prouvent  que l’architecture peut devenir sculpture et que cette dernière crée un  mouvement au moment où dans un troisième temps l’intensité augmente tandis que la visibilité diminue. Une lumière puissance baigne un espace vide, bleuté, dématérialisé. un son circule, une présence se déplace en suivant une trajectoire particulière, de l’un à l’autre des haut-parleurs qui enveloppent le volume. C'est comme si un animal errait dans un espace fermé où tout est propre à créer une ambiance étrange là où les lignes s'effacent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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