gruyeresuisse

08/11/2019

Sarah Carp : les images nécessaires

Carp.jpgSarah Carp, "Renaissance", Galerie Focale, Nyon, du 16 novembre au 22 décembre 2019. Sarah Carp et Delphine Schacher, "En Résonnance", Galerie du Théatre du Crochetan jusqu'au 7 février 2020.

 

Il existe dans le travail de Sarah Carp une émotion à fleur de peau. Toutefois l'artiste - pour lui donner plus de force - sait trouver des biais qui sous l'effet d'un certain éloignement la rendent plus intense et duale. La solitude, l'abandon transparaissent mais sont épaulés par des flux opposés de tendresse et de douceur. La beauté de la nature supplée à la puissance vitale.

 

En un jeu de motifs la création produit le plus sobrement possible l'attente d'un espoir qui parle d'accueil et de persévérance. L'artiste donne une perspective autant poétique que symbolique à ses prises. S'y cache toujours un trait d'union.

 

Existe le rapport de l'image et du récit, de l'expérience personnelle et générale dans une telle recherche artistique. L'oeuvre reste puissamment métaphorique. Tout ce qui a priori semble anodin devient signifiant dès que l'observation devient attentive ou se laisse emporter par ce que chaque image propose de partage dont la créatrice varie les approches.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

07/11/2019

Marion Baruch l'attentive

Baruch.jpgMarion Baruch, "Résonances", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 16 novembre 2019 au 11 janvier 2020.

Pour sa seconde exposition personnelle à la galerie Laurence Bernard, Marion Baruch ouvre toujours son travail de poésie et d'interrogation dans une forme d'appréhension du vide par effets de subtils rehauts.

Baruch 2.png

C'est une manière d'aborder l'inconnu de l'ici même et de l'ici bas et leurs rivages que l'artiste aborde comme une exploratrice qui aperçoit une terra incognita. Elle cerne des horizons mystérieux, des "côtes" farouches mais parfois avenantes et hospitalières.

 

 

Baruch 3.pngL'artiste les atteint par penchant et par inspiration en une forme de sympathie avec tout ce qui reste. La découverte est au rendez-vous. Preuve que Marion Baruch reste une curieuse qui attend quelque chose sans raison raisonnable voire qui se jette dans le vide vers des ondes profondes et leurs échos accueillants.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/11/2019

Nathalie Bourdreux : l'oeil miroir

Boudreux.jpgDans la saisie - du et par le tableau - de l'oeil quelque chose se produit qui n'est pas de l'ordre du simple point de vue mais constitue une sorte de mise en abîme du regard et du rébus qui l'habite. Il se cherche en lui comme on disait autrefois que l'âme se cherche dans les miroirs. Se concentrant sur l'oeil, Nathalie Bourdreux crée une paradoxale ouverture du champ. Avec en plus un effet de réflexion : le regard s'apprend face à un oeil qui ici n'est plus virevoltant et pressé mais lesté du poids de la mélancolie et de la mort.

Bourdeux 3.jpgDans cette polarité oeil/regard et reprenant des réflexions de Lacan comme des travaux de Hundertwasser ou Klee; l'artiste replace les questions de la vision et de ce que fait l'image au centre de son travail. La mélancolie transcendantale qui s'exprime là semble de nature à traverser la perception du spectateur jusqu'à atteindre un arrière-oeil, un au-delà non désignable mais pourtant déjà appréhendé et qui pourrait être - peut-être - le royaume des morts que l'artiste a cotoyé dans ses oeuvres antérieures comme dans son métier alimentaire de gardienne de cimetière.

Boudreux 2.jpgA la révélation romantique plus ou moins féerique succède en conséquence le désir de rapatrier l'œil dans le regard et la chose dans l'objet peint pour témoigner d'une sur-vie dans le paysage de l'oeil. Une telle circulation, offre au voyeur moins une béance qu'un troisième œil - à la manière de ce que proposent certaines cosmogonies asiatiques - afin de se retrouver à travers la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nathalie Bourdreux, "Orbes, Fata Morgana, Fontrfroide le haut, 2019, 24 p..