gruyeresuisse

01/04/2021

Willy Spiller : New York party

Spiller 3.jpgWilly Spiller est l’un des plus grands photographes vivants. Le Zurichois prouve qu'en se concentrant simplement sur la surface des apparences naissent des mondes. Si bien qu'avec son regard, un tel artiste déchiffre dans cette exposition tout un pan du réel et ce au sein d'une perpétuelle ambivalence. Sous l'érotisme se sent le tragique, sous l'humour la déprime. Mais néanmoins reste dans toutes ces prises un New York populaire saisi avec une certaine  élégance.
 
Spiller 2.jpgLa comédie humaine est à nu mais le photographe ne la tourne jamais en ridicule. D'où l'importance d'un tel regard. Les narrations des événements de tous les jours ont ici comme décors  les stations et  trajets en métro, les danseurs du légendaire Studio 54 ou de  la culture hip-hop dans les rues de "l'immonde cité". C'est une période qui à Manhattan laissait apparaître plus  qu'aujourd'hui un monde interlope, fascinant, parfois cruel et absurde. Il faut aller aujourd'hui dans le Bronx ou à Newark pour le retrouver.
 
Spiller.jpgSe  dégage l'empathie d'un tel regard  et un art du cadrage qui tient bien plus des beaux arts que de la photographie documentaire. La vision de Willy Spiller est toujours plus complexe qu'il n'y paraît. D'où ce corpus exceptionnel d'un créateur de vie et de beauté.  Et lorsque des collégiennes dans le métro relèvent leurs jupes, elles ne se soucient guère des regards. Les Lolita épousent l'étourdissement et le flux de la vie urbaine.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Willy Spiller: New York, 1977 - 1985", Bildhalle, Amsterdam, du 10 avril au 12 juin 2021

Les fantaisies pieuses de Line Marquis

marquis.jpgLine Marquis, Exposition, Musée de Moutier du 17 avril au 6 juin 2021
 
Cultivant sa propre « ligne » graphique et un univers apparemment instable, dans ses œuvres récentes présentées dans cette exposition, Line Marquis "revisite des thèmes ancestraux à la lumière d'un questionnement actuel".
 
Marquis 2.jpgAvec ses Vierges à l'enfant ou ses Pietà nouvelles normes, elle interroge la parentalité comme un lien susceptible de poétiser la vie, dans le contexte d'un monde en déliquescence. Mais nous sommes transportés loin d’une simple vision édénique. L'artiste mêle onirisme et apocalypse comme la tradition de l'art et  sa subversion. Elle  "éclaire" le monde contemporain par des visions  aussi douces qu'agressives ou drôles. Son univers demeure complexe : il y a autant d’images apocalyptiques que bucoliques, parfois douces jusque dans la finesse du dessin - dont l'immense fusain qu'elle développera pendant l'exposition.
 
Marquis 3.jpgExiste toujours un bouillonnement parfois sourd parfois ludique. Le tout avec humour  dans le mixage de la couleur et du noir et blanc ; ça et là il existe des touches psychédéliques, des inserts linguistiques ou des « reprises » d’images anachroniques revisitées. L'œuvre prouve combien les mécaniques et procédures se perdent en chemin afin de donner à voir  la recomposition du monde pour lui donner un profil particulier et une nécessaire dérive.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

31/03/2021

Philhelm et le déclin des temps

Philhelm 2.jpgL'approche de Philhelm est le fruit d’une révélation : « les Dieux sont venus un jour à ma rencontre ! Ils daignèrent me présenter leurs messagers en héros accompagnés de leurs sphinx : Qu’ils me pardonnent si j’ose les citer dans la joie de mon cœur, même si je ne mets nulle mauvaise honte à leur demander grâce ». L’œuvre devient ainsi une remontée. Mieux : une régénérescence. Philhelm fait revivre des légendes, des connaissances perdues et des civilisations parfois ensevelies. 
 
 
Philhelm.jpgSa manière de les aborder vaut mieux que tous les traités d’archéologie même s’il leur emprunte quelques bribes. « Je décline les couleurs dans une correspondance avec les images et les écritures originelles pour retrouver une infime histoire du passé dans laquelle mon monogramme aurait toujours été présent tel un archétype » précise encore le créateur. Chaque monogramme cadre et décadre les repères proposés même par la postmodernité.  
 
Philhelm 3.jpgHabité et totalement "hors cadre" l'artiste alsacien est le  modèle parfait d'un irrégulier de l'art. "Derrière ma vie de reclus demeure la quête du Graal du XXIème siècle. On l’a soigneusement enveloppé et caché, on s’est bien gardé d’allusions à la chanson de gestes. On a voulu faire des êtres l’inverse de héros humains ou animaux.  On a fait détester les légendes. Il faut pourtant un orgueil intellectuel pour prendre les armes et retrouver la direction du vol  de l’oiseau" dit celui qui offre l’éclosion des mondes enfouis, perdus, oubliés, estropiés. Philhelm n'en signale pas la perte mais accompagne leur renaissance "réactionnaire" au sens premier du terme. Dès lors - par son graphisme particulier bien plus moderne qu’il l’imagine lui-même - ces lieux, plus qu’un retour, signalent une avancée. Du temps où les dieux étaient les hommes, l'artiste prouve que leur puissance passait par des symboliques aujourd'hui anéanties par fausse superbe et ignorance. Cela permet en outre de prendre la mesure de l'espace et du temps. Ils sont soudain ouverts à un cosmos auquel l’artiste reconduit  dans l'espoir que les hauts esprits des cultures oubliées nourrissent une science-fiction inédite et inversée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret.