gruyeresuisse

08/05/2020

Mingjun Luo : poétique de l'intime et de l'espace

Luo.jpgMingjun Luo, "Under The Sky", Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, jusqu'au 13 juin 2020

Luo 3.pngMingjun Luo est née en Chine en 1963. À la suite de ses études, consacrées principalement à la peinture à l’huile, elle devient assistante à la Faculté des beaux-arts de l’Université Normale du Hunan et participe à plusieurs expositions en Chine. Elle s’installe en Suisse dès 1987. Et sa peinture reste pour elle une sorte de "chambre à broder", intime où elle crée divers types de défilés : jeunes femmes, nuages, frises de briques plus ou moins abstraites toujours en subtilités.

Luo 2.pngTout est animé d’un sens très poétique de la mesure, de la justesse dans un travail de transformation, de construction où les éléments biographiques restent discrets mais prégnants. Elle renoue parfois avec des pratiques apprises mais jamais développées dans son pays d’origine - principalement l’encre de Chine pour dessiner divers maelström au milieu de flots ou de flux.

Luo 4.pngElle réinterpréte parfois des photographies personnelles en les peignant en blanc sur des toiles brutes, presque brunes là où tout se noie en effacement. De son pays d'origine l'artiste se distancie de plus en plus même si son histoire et celle de ses parents perdurent ça et là dans son travail minimaliste et précieux, incisif et poétique. Il existe là des histoires d'étranges déserts qui s’adressent à l'émotion du regardeur. Sans cessse l'artiste renait ainsi d'elle-même mais aussi pour la personne qu'elle aime comme pour toutes les autres.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Addenda :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Je continue de rêver un peu et cela me permet de me lever tranquillement.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Les rêves sont restés des rêves.

A quoi avez-vous renoncé ? Travailler dans l'art comme je l'ai appris au moment dans mes études 

D’où venez-vous ? De loin

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Si être une artiste c'est un travail, je n'ai rien dû plaquer. 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Oui, souvent.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Mon vécu.

Où travaillez vous et comment? Chez moi, tous les jours.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? J'écoute les musiques de la radio, comme ça, ça reste une surprise.

Quel est le livre que vous aimez relire ?  Le livre de cuisine.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?  Moi même.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? La Chine.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?  Ils sont tous mes collègues

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une surprise

Que défendez-vous ? La liberté.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Quand on n'a pas d'amour, il ne faut pas en donner ! 

Et celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Continue de boire un verre de vin !

Interview par Jean-Paul Gavard-Perret (2010).

Jim Lee "farceur" génial

Lee 3.jpgL'iconoclaste de la photo de mode Jim Lee reste le maître des compositions asymétriques aux couleurs vives qui ont contribué à une nouvelle narration plastique et à un renouveau du langage de la photographie de mode. Né en 1945 de parents qui travaillèrent pour les renseignements militaires britannique (le fameux MI5 cher à James Bond et aux films d'espionnage au temps de leur grandeur) ), descendant de la famille royale, le futur enfant terrible de la prise de vue a vécu dans environnement protégé fait de privilèges quotidiens et de parfums de fêtes et d'aventures.

Lee.jpgJim Lee s’installa en Australie, enchanté par la vie sauvage et au grand air (et c'est peu dire) de l’Outback. Il y devint photographe autodidacte en vivant là-bas une vie de patachon. Avant même son retour dans la perfide Albion il se crée se propre réputation en photographiant le gotha de la British Invasion musicale ( Beatles, Rolling Stones, etc.). Revenu en Angleterre il se lance dans la photographie de mode et travaille avec une jeune et prometteuse rédactrice en chef : Anna Wintour...

Lee 2.jpgDes "Swinging Sixties" de Londres, à la fin des années 1960 il devient la coqueluche avant de se tourner vers le cinéma le temps d'un film avec Alan Bates. Il collabora ensuite avec des créateurs influents comme Yves Saint Laurent et Gianni Versace et réalisa plus de 200 publicités importantes. Tout son univers reste d'une fantaisie folle et enjouée. Lee n'hésite jamais à la provocation implicite ou marquée. Manière de souligner le charme discret de la bourgeoisie et des têtes plus ou moins couronnées.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Le photographe est représenté par la galerie Holden Luntz).

07/05/2020

Mercedes Riedy : identités du réel et de la fiction

RIEDY.jpgMercedes Riedy est devenue photographe professionnelle à la fin des années 80. Mais sa rencontre avec le medium a eu lieu lorsqu’elle avait 17 ans. "Un jour, dans le noir d’un laboratoire, elle s’est retrouvée face à face avec une image qu’elle avait faite, magiquement apparue dans la cuvette de révélateur". Ce fut sa découverte et depuis elle vit "avec la photographie, pour la photographie".  Artiste engagée  la créatrice s'est spécialisée dans la photo de théâtre et de danse.

riedy 2.jpgMais elle est tout autant une fée du portrait et elle a participé à un nombre impressionnant d’expositions. Elle a pu montrer la puissance de son regard et sa manière d'envisager et dévisager le portrait  par exemple avec "les Fous de Jazz" (1994), "Désaffectés" (Festival Image 2000 à Vevey), "Photographies et autres petites histoires" hommage à Sanseverino, (Yverdon 2003) ou encore "10 ans de photographies" ( FNAC Lausanne).

riedy 3.jpgLa clé de voûte de son travail reste l'attention  bienveillante portée sur celles et ceux qui deviennent non les objets mais les sujets de ses photos. Mercedes Riedy prouve qu'il existe un écart entre le visage et le portrait (surtout depuis l'invention de la photographie). Et si la créatrice prend en charge le dévoilement de l'identité autant réelle que lors des représentations théâtrales ou autres. c'est parce que chaque fois dans ses prises la lumière du visage perce des ténèbres et ouvre de nouveaux horizons pour donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation.

Jean-Paul Gavard-Perret