gruyeresuisse

13/05/2016

Vera Lutter : le réel et son ombre

 

Lutter 2.pngVera Lutter, galerie Xippas, Genève, du 19 mai - 31 juillet 2016.


Loin des contraintes naturalistes Vera Lutter ouvre le ventre du réel pour en faire jaillir un onirisme. Elle expérimente tout les potentiels du procédé de la camera obscura en enregistrant en direct et en négatif des effets de la lumière sur le papier sensible. Son œuvre ouvre sur le paysage urbain, l’architecture, les sites industriels (ports et chantiers) auxquels elles donnent des visions mythiques et en abîme par effets de miroirs. Venise inondée, les gratte-ciel de Manhattan prennent un caractère aussi féerique qu’étrange.

Lutter.pngSouvent monumentales ses photographies subissent de longues durées d’exposition à la lumière (parfois plusieurs jours). Elles sont créées par des appareils photographiques qui ont la taille de ses images. Si bien qu'il est nécessaire parfois d’utiliser des containers en chambres noires. L'éphémère, le mouvement se diluent dans le temps de la prise en retenant parfois des formes fantomales. Au réel s’ajoute des hybridations qui semblent aussi irréelles que fluides, là où le flou se conjugue à la précision. Un tel travail pourrait ressembler à une performance. Néanmoins seul le résultat fini compte. La question du réel et l’essence de la photographie sont remises en cause.

Lutter 3.pngLe charme opère. Les cadrages et la lumière créent des images ambiguës, déconcertantes. Elles plongent le regardeur vers une série d’interrogations. Si bien que la photographie n’est plus l’infirmière impeccable d’identités paysagères conformistes. L’imaginaire du regardeur est obligé d'imaginer encore. Le retour à la réalité se produit de manière compulsive et délirante entre ivresse et rêve là où le paysage est séduisant par ses métamorphoses nocturnes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/05/2016

Todd Hido et le corps des femmes

 


Hido.pngL’œuvre de Todd Hido reste - entre autres - une traversée du féminin le plus troublant qui soit. Dans les jeux d’ombres et de lumière se cache le secret de l’identification. Les femmes restent aussi énigmatiques qu’impudiques (parfois).

 

 

Hido3.jpgMais le plaisir n’est jamais offert en vrac et en prêt à consommer. La force centrifuge de la photographie n’est pas là pour soulever du fantasme. Elle rappelle la fragilité de l’existence et les forces des désirs refoulés.

Hido2.jpgTodd Hido mène plus loin la nudité selon des voies presque impénétrables. Reste toutefois encore un jardin des délices. Le désir est suggéré en des suites sans complaisance. Mais nous sommes loin des fantômes de château de cartes érotiques. L'artiste refuse que ses images ne soient des ancres jetées dans le sexe pour que le voyeur s’y arrime. Todd Hido cherche moins l’éclat des « choses » visibles que l’éclat du vivant.

Hido 4.jpgLe désir "enfermé" offre une autre "étendue". Le regard n’en vient pas à bout. Le corps n’est plus celui de la béatitude exaltante et il se méfie de sa propre séduction. Le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’origine, de la « nuit sexuelle » qui tente, tant que faire se peut, de se respirer ailleurs par ce qui est suggéré. En conséquence les photographies deviennent « les sanglots ardents » dont parlait Baudelaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

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11/05/2016

Nathalie Tacheau : Vénus et hors venus


Tacheau3.jpgLes « personnages » de Nathalie Tacheau nagent dans l’immobile, se vivent en fantômes emportés par les vagues des dessins. Ils sont autant de surprises. Le hors venus et les Vénus y vaquent loin de leurs repères, se trans-figurent, prennent un nouveau départ. Les spéculations sur la notion de figuration se perdent en conjectures au sein de grilles où, souvent, la bête ricane. Mais les animaux machines et les taches qui pensaient ne pas en sortir retrouvent la sortie.

Tacheau.jpgL’artiste varie les plaisirs à coup d’attentats imaginaires et de conspirations angéliques ou démoniaques sous le sceau de stratégies plastiques. S’y mêlent l’abstraction et la figuration. Tout est présent : mais dans une crise de solipsisme. Les présences quittent une partie de leur référence. Haut les taches pour la « déficeleuse » émérite. L’humain est admis par d’autres voies que celles du peu qu’il est.

Tacheau2.jpgExit la routine graphique : il s’agit de s’introduire dans la nébuleuse de songes mouvementés que l’artiste s’efforce de ranimer. Si bien que même le hors venus n’en revient pas : cela touche à notre plaisir comme à notre peur. Le mystère s’épaissit. L’image se libère de ses filets.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Nathalie Tacheau, Eponyme, LitteratureMineure, Rouen, 2016

10:09 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)