gruyeresuisse

27/04/2020

Benjamin Manser : oh les beaux jours - ou presque

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Le photographe de Saint Gall Benjamin Manser est sensible aux sous-cultures : celles des sports, de la fête populaire, de la musique et des spectacles du même tonneau. Il visite entre autres les espaces où les adeptes des vendanges montent sur les rings ou sur le ventre de Bacchus ou de ses vestales en d'innombrables farandoles et dérives.

 

 

Manser 2.jpgLes femmes sont parfois pulpeuses et les héros frimeurs. La plupart croit encore le futur. Il semble s'offrir à leurs ardeurs. Pour autant Benjamin Manser montre cette vie à l'envers et l'envers de la vie où travailler la jouissance tente de se faire jour entre madones apostoliques, robes de ronces ou squelettes des arbres. Il s'agit souvent de courir les pentes du désir par procuration.

Manser 3.jpgTout un monde s'agite sans connaître le gouvernail qui le fait avancer sur les places bondées ou les champs couverts de chaume. D'une certaine manière Benjamin Manser écope la misère. Il ouvre des portes qui donnent sur des arrières salles ou cours où la vie comme un brin d'herbe est ruminée avant d'être fauchée et où les légendes espérées finissent par s'éteindre. Il y a là tout un temps qui nous dure le temps d'y croire encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/04/2020

Hansruedi Rohrer : le visible et l'invisible

Roher 3.jpgHansruedi Rohrer est un photographe des plus délicats dont les oeuvres retracent autant la beauté des paysages que le mystère de scènes plus intimes où l'animal remplace l'humain en des jeux de miroirs. Mais il est tout autant capable de dépasser encore plus le regard dans des prises "abstraites". Le réel perd sa réalité d’apparence. Les surfaces sont renvoyées à des états de méconnaissance. Elles se trouvent atteintes par une turbulence et une vague de connaissances intempestives. Elles deviennent les preuves que tout cliché peut offrir une épreuve de vérité différente de ce que l'on croit.

Roher 2.jpgExiste la présence d'architectures naturelles ou créées par la main de l'homme. S'engage de la sorte divers dialogues entre le dehors et le dedans, l'intime et le cosmique, l'immensité ou le microcosmique pour illustrer la beauté et la fragilité d'une série d'entrelacs. Chaque tirage accentue les lignes de force des édifices : mais le noir et blanc crée un trouble conséquent en des reconstructions aussi sensibles qu’intelligentes.

 

 

Roher.jpgUne telle poétique de l'image sublime l’intensité d’attention. De telles visions sont capables de bouleverser notre perception là où l'épaisseur du réel est comme déplacé. L'oeuvre entraine une réflexion sur l’espace urbain en proposant des interfaces à l’extérieur (façades, paysages de montagnes) comme à l’intérieur. L’artiste s’empare des volumes dans ses jeux d'ombres et de lumière. Ils redéfinissent les espaces avec une grande subtilité et provoquent un moyen de changer le lieu tel qu'il se définit grâce à la photographie.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.hr-rohrer.ch/

25/04/2020

Remède à la mélancolie : Jean-Marc Scanreigh

Scanreigh 4.pngJean-Marc Scanreigh sait retenir des morceaux de corps et les dégager de leurs enveloppes de pauvres errants statiques plantés dans le paysage. Il offre au regardeur le pouvoir de remonter le temps vers des mythes inconnus en creusant des images qui s’entortillent ou se redressent pour remonter à une source vitale.

Scanreigh 2.pngL'espace - fécond et déchiqueté - est fendu de "crucifiés" ou d'animaux de nouvelles espèces. Ils n’ont peut-être rien à dire mais encore beaucoup à montrer. Il s’agit une fois de plus de penser l’être non en "omission" mais en  actions (parfois subies)  dans les palettes colorées et complexes et des lignes où tout s'agite selon de nouvelles façons de s’envoyer en l’air.

Scanareigh.jpgEst-ce le signal pour renoncer à la terre pour retrouver le ciel ? Pas forcément car l'oeuvre peut se lire de bien d'autres façons. De telles images ne sont pas de celles que les communiants pouvaient mettre jadis dans leur livre de messe néanmoins leurs «fruits» ne sont pas interdits. D’autant que l’humour demeure toujours ou presque présent.

Scanreigh 3.pngLes personnages sont moins en appétits libidinaux que de passage dans les caprices du temps là où les hautes eaux semblent baliser l’espace. Pour leur échapper  il semblerait propice de sortir les épuisettes et aller pêcher la crevette. Mais Scanreigh préfère le tir de foire. Rocambolesques ses images font leurs tours de piste en des cirques improbables..

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Marc Scanreigh, "Frontière Noire" (avec Sylvain Cavaillès), Editions Mémoire Active, 2020, 15 E., "L'avaleur avalé" (avec Armand Dupuy), Editions Le Réalgar, 2020, 14 E. "Petites pièces en sous-sol", Librairie Pierre Barvo Gala, Paris, exposition du 14 au 24 mai 2020;