gruyeresuisse

26/11/2020

André Carrara : beaucoup de soleil dans un peu d'eau froide

Carrara3.jpgAprès différents travaux de prises de vue André Carrara découvre véritablement la photographie en côtoyant Willy Rizzo, Guy Bourdin ou Jean-Bernard Naudin. En 1963, il y réalise sa première campagne publicitaire très remarquée pour Lacoste. La carrière du photographe est lancée. Il rejoint alors Vogue puis collabore à Elle et de nombreux magazines. Dont et à la demande d’Anna Wintour, "Allure".

Carrara.jpgIl se plait à rappeler qu’il est venu à la photographie en général et celle de mode en particulier par amour des femmes. Il n'a cessé de les célébrer en noir et blanc et en couleurs avec beaucoup de références cinématographiques. Chaque série devient l'invention d'une histoire ou d'un reportage dont Carrara choisir le décor, le climat, la femme héroïne de ses mises en scène.

 

Carrara 2.jpgAu bord d’une plage déserte, une femme vient de sortir de l’eau, elle a froid, son corps tremble. Ailleurs une silhouette fine se détache avec netteté dans la chaude lumière du sud. Les formes sont toujours épurées mais non sans évoquer l’esthétique d'un Jacques Henri Lartigue. Minutieusement préparées les prises semblent saisies sur le vif en une harmonie chromatique ou dans les jeux d'ombres et de lumières du noir et blanc. En plans larges ou rapprochés un moment qui semble miraculeux voit le jour. L'élégance est de mise et ce quelles que soient les femmes : actrices célèbres ou belles inconnues.

Jean-Paul Gavard-Perret

André Carrara : Regards, texte de Isabelle-Cécile Le Mée, Editions Hemeria, 2020, 144 p.

24/11/2020

Leoni Rose Marion effets de pans et plans d'ensemble

Leonie Rose Marion 3.jpgIl existe dans l'oeuvre de Leoni Rose Marion une beauté particulière qui prend sa source dans le monde tel qu'il est aussi géographiquement que politiquement. Une telle approche est rare. Elle se distingue de la production ambiante, soulève quelques problèmes fondamentaux auxquels l'artiste ne donne pas forcément de réponses. 

Attachée au paysage singulier des gorges de sa  vallée jurasienne et à l'histoire de sa région qui fut écartelée jadis entre pro-Bernois et pro-Jurassiens, elle crée à partir de là  une narration du monde en fixant divers types de ruptures. Elles se manifestent sur des surfaces dont Leoni Rose Marion  suit les failles. L'oeuvre demeure dès lors une déambulation dans l’instabilité et la misère du monde comme dans la stabilité des paysages.

Leoni Rose Marion.pngChaque photographie continue de travailler contre la précédente même si elles sont toutes armées de la même langue. Par elle leur créatrice propulse sur l'espace et les portraits des profondeurs cachées en craquelures, strates, frontières. Elle abandonne  à l'image touristique la faculté de représenter et au cinéma sa capacité narrative.  Bref elle opère par soustraction mais afin que chaque œuvre conserve une nature vivante.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/11/2020

Nicole Chuard : saisir le temps

Chuard.jpgDans l'immense corpus des photographies de Nicole Chuard  - construit par rencontres, amitiés électives et sensations face au paysage - existe une circulation par association et télescopage où se concentre émotions et pensées. Le courant des images d'un tel travail photographique est alimenté  aussi bien en argentique qu’en numérique. Des vieux clichés retrouvés dans une maison familiale se mêlent habilement à des images du présent dans son livre "Au grand chemin".

Chuard 3.jpgDes souvenirs d’enfance rappellent à la créatrice qu'elle a toujours aimé jouer avec les images et son travail revient à créer son propre puzzle de mémoire. Existe une avancée en des portraits noir et blanc et couleur d’écrivains, de musiciens, de chercheurs ou de professeurs d’université comme dans les impressions solaires et cyanotypes qui se multiplient au fil des ans. Le tout dans une marche et des transferts d’images instantanés qui s’inspirent de la nature en toute simplicité.

Chuard 2.jpgLa créatrice poursuit sa quête sans qu'il n'y ait jamais de termes. Des séries  et fragments  couturés à une pensée ont pour objectif de donner jour en différents temps et teints dans un travail in progress. Nicole Chuard reste en connexion avec les êtres et les paysages dans ce qui représente sans doute par effet miroir une longue descente en elle. Elle sait mettre en scène mais aussi attendre qu'un imprévisible tourbillon - même au sein des portraits fixes - permette à une sorte d'apnée de suivre son cours.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.nicolechuard.ch/