gruyeresuisse

05/06/2021

Walter Schmid l'indigné

Schmidt.jpgWalter Schmid, "Alerte rouge", Andata Ritorno, Genève,  jusqu'au 05 juin 2021.

 
Scmid 3.jpgNé en 1936 dans une famille d’artisans, d’agriculteurs et de vignerons, Walter Schmid passa sa jeunesse dans la Région des Trois Lacs. Il vit à Genève depuis plus de soixante ans. Enfant déjà il était fasciné par le dessin puis, à l’adolescence il fit ses premières expériences en peinture. Il découvrait alors les oeuvres d’artistes tels que Piranèse, Giorgio Morandi, Goya, Giacometti, Léger, Picasso, Hartung.  Graphiste publicitaire et designer trop accaparé par les exigences de ces activités il renonça à la peinture pendant plus de trente ans. Depuis de nombreuses années il y consacre tout son temps. Le choix de ses thèmes constitue un témoignage critique et angoissé de l’univers qui nous entoure et auquel nous participons.
 
Scmid 5.jpgWalter Schmid a représenté successivement le monde de la boxe, des engins mécaniques,  des insectes géants et des chauves-souris. Il traita également de l’univers carcéral, des conflits armés, des menaces sur l’environnement, des espèces menacées et des catastrophes humanitaires. Une impression de violence se dégage de ses oeuvres qu'elles soient gigantesques ou délicats dessins. L'artiste étudie ici les mammifères pour souligner une obsolescence en cours dont nous sommes de près ou de loin responsables.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/06/2021

Renée Jacobs : la traversée de Paris 

jacobs4.jpgRenée Jacobs  sait, comme elle l'écrit, que "Pendant si longtemps, on a dit aux femmes de cacher leur sexualité ou de prétendre qu’elle n’existe pas, ou de la faire exister uniquement pour vendre du savon ou des shampoings, mais pas pour posséder la fierté et le pouvoir qui se cachent derrière." 

Elle transforme la donne dans une traversée de Paris. La sexualité est incroyablement puissante. Et les rues de Paris deviennent des chapelles en plein air  pour les saintes sexy en fruits  et fleurs.

 

Jacobs 3.jpgLes femmes sont fières de leur corps et affichent leur liberté. "Je ne m’excuse pas pour l’érotisme des femmes sur mes photos" dit celle qui collabore avec ses modèles "pour créer ces images pour nous." et qui depuis longtemps se l'était promis.

Jacobs 2.jpgLa femme n'est  ni simple objet de décoration ni allégorie. L'artiste en refusant de masquer la sexualité, la révèle dans un  souci de délectation. La splendeur diversifiée des égéries prend le plus large spectre là où elles nesont plus des spectres mais des sphinges en embuscades et où leur images deviennent celle d'une vie libre. Sans leur nudité que serait la vertu d'un lieu ?

Jean-Paul Gavard-Perret

"Renée Jacobs' Paris",  Galerie Vevais, Paris, 2021, 49 E.
 

02/06/2021

Ouvroir d'insanités très potentielles : Ursula Knobel

Knobel.jpgLes élues et leurs compères d'Ursula Knobel créent un  bestiaire acidulé. Nous comprenons très vite que parmi ces drôles de zèbres, des dodues ou des maigrichonnes optent pour l’assomption de leur mont de Vénus afin de prendre leur pied. Elles veulent enfin pousser la note bleue que Freud prit pour l’apanage des hystériques. Ursula Knobel  est plus lucide : ses personnages les plus masculins et velus sont capables de mêmes contre-uts. Notons au passage que l'artiste les met souvent en marche et en quête de masseuses perverses pour qu'ils puissent se refaire une santé aussi bien mentale que charnelle.
 
Knobel 2.jpgDans chaque aquarelle, côté mercure, la température est au plus haut. Si bien que l'on peut se demander si l'artiste - pour sa technique - n'utilise pas de l'eau bouillante plutôt que de l'eau bénie de fonds baptismaux. Ici les messes sont câlines. C'est pourquoi il est demandé aux amateurs de romantisme de passer outre.  Les créatures dépotent un maximum. Et pour ses portraits hirsutes et souvent riches en pilosité l'artiste savonne la planche où ils glissent afin d’aller d’un lit de stupre à une autre de fornication. Qu'ils soient gigolos ou belles de cas d'X n'a que peu d'importance.
 
Knobel 3.jpgReste une collection drolatique de satrapes plutôt que de trappistes. S'y découvre une strip-teaseuse de la barre pour peu qu’elle ne soit pas oblique.  Et ses glandes mammaires deviennent des pétards affriolants.  Bref le régal est à chaque dessin. Si bien que sur les racines grecques et chrétiennes de l'art poussent des rhizomes imprévus là où l'ange cultive la bête et la seconde le diable dans ces facéties premières et altières.
 

Jean-Paul Gavard-Perret