gruyeresuisse

08/02/2021

Parfums de femmes et nuits de Chine -  Mirka Lugosi

Lugosi.jpgMirka Lugosi soulève certains voiles mais juste ce qu'il faut sur le matelas des songes.  En combinaisons savantes de carreaux colorés et dessins  précieux, ce cahier "studieux" offre  bien des tensions de galbes et cambrures. Se crée un carnaval des sens dans l'association déroutante entre le végétal, l'animal et le désir. Les égéries appellent ou induisent l’exaltation possible par le charme qu'elles déploient de manière primesautière ou plus grave, histoire de mettre le feu par la magie de leurs lignes. Le tout pour une longue descente en Paradis ou une montée en Enfer. Les oscillantes affolent les métronomes du coeur en de lascifs be-bop.
 
Lugosi 3.pngL'enchanteuse perverse ouvre par ses dessins le règne élémentaire et tout autant sophistiqué de la féminité agissante. Le voyeur bientôt sans appui risque donc la chute en croyant se libérer  de ses chaînes. Croyant entrer en aventure il pénètre en ignorance, habité toutefois d'une soif latente. Celle d'accéder au rang  d'amant d'un jour dans la nuit blanche d'une communauté de tentatrices affriolantes. Leur sincérité et fidélité n'ont rien de notoires mais elles promettent un accord d’infini abandon par leurs formes qu'ailleurs on ne saurait voir.

Lugosi 4.jpgPour chacune Mirka Lugosi invente une formule secrète. Chaque dessin évoque de suaves retentissements, là où le temps est découpé à mi-cuisses ou plus haut. La magie des jambes flammes accélère, ralentit le plaisir des promesses. Des ambiance virent au glam-rock comme à des moments plus années-folles. Les ondines sont là pour des soupers nocturnes ou d'autres cinq à sept. Leurs dentelles et leurs processus de relevé ornemental  indiquent les frontières d’un écrin à hantises. S'en dégagent les parfums jasminés. De telles phosphènes s'habillent de bleu outre-"mère" afin que leurs visiteurs vieux redeviennent leurs enfants.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mirka Lugosi, "Cahier de Mirka", Editions Marguerite Waknine, Angoulême.

05/02/2021

Anne Slacik à l'Archipel Butor

Slacik.jpgDe plus en plus, Anne Sla­cik cherche des domi­nantes du temps et de l’espace qui résonnent en elle. Sa pein­ture les absorbe pour les res­ti­tuer au moment où le monde de la pein­ture tombe dans le vir­tuel en trans­for­mant le réel en ersatz.

 
 
 
Slacik 2.jpgL’artiste retrouve et cherche à com­prendre les visions glo­ba­li­santes en adap­tant des « cli­ma­to­lo­gies » oubliées par les cou­rants qu'elle instaure. Contre les myo­pies elle impose sa cos­mo­go­nie très par­ti­cu­lière. Pas de grandes envo­lées mais une fouille où, dans une forme de flou, rien ne se confond. Existent des fusions impro­bables. En naît une pen­sée par des images qui remontent aux aubes de l’émotion pre­mière selon un magné­tisme particulier.
 
Slacik 3.jpgAffirmant qu’une démarche plastique authentique se refuse à l’arbitraire, l'artiste  ne fait nullement référence à la quête de l’image « juste » (ou réaliste) ou à l'inverse à juste une image. Mais il s'agit de l’interroger en  ses différentes significations et  sa qualité plastique. Cela  procède du constat de l’irréductibilité de l’image ou du livre  à la seule  fonction d’expression, de communication qu’on lui attribue.
 
jean-paul gavard-perret
 
 

Anne Slacik, "La Bohème est au bord de la mer - peintures et livres peints", Archipel Butor, du 10 octobre 2020 au 15 mai 2021. Lucinges.

03/02/2021

"Quoi de neuf pussyhat ?" - la vie des autres

Pussy.jpgCinquante ans après l’instauration du suffrage féminin en Suisse et malgré des avancées réelles, l’égalité entre femmes et hommes reste plus que douteuse  sur les plans du salaire, de l'évolution de carrière, de légitimité de parole, de liberté du paraître et bien sûr de partage des tâches domestiques.
 Certes l’évolution de la société tend vers plus d’inclusivité. Mais normes et stéréotypes continuent à peser sur les représentations de genre et conditionne toujours les femmes.  Le mouvement #MeToo, la marche des femmes et la grève du 14 juin 2019 prouvent la multiplicité des attentes et des revendications portées par un renouveau féministe qui a besoin de différencier et diversifier ses assises.
 
Pussy  2.jpgLe Musée Historique Lausanne va illustrer ce vaste programme dans sa nouvelle exposition temporaire "Quoi de neuf pussyhat ?" Il s'agit d'une vaste une réflexion sur la construction des rôles et des identités de chacun.e.  L'exposition sera enrichie par des conférences, une visite guidée à l'heure du déjeuner ainsi que des visites flash consacrées à une œuvre.  L'exposition prouvera aussi que les inégalités de genre touchent aussi les médias.
 
Et en guise d'introduction, le mercredi 11 février Valérie Vuille, Directrice de DécadréE, experte en étude genre présentera une conférence : "Femmes et médias, les clichés ont la vie dure". Elle illustrera comment dans la représentation des femmes  ou dans la façon dont on parle d’elles les stéréotypes sont encore bien présents, perdurent et parfois même se renforcent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Musée Historique de Lausanne, mars-avril 2021.