gruyeresuisse

26/06/2021

La Pénélope helvétique de Catherine Gfeller

Gfeller.jpgCatherine Gfeller, "La Gardienne du Temps", Art Môtiers 2021,  du 20 juin au 20 septembre 2021.
 
A l’occasion d'Art Môtiers 2021 Catherine Gfeler donne existence  à une femme que l’histoire a passée sous silence. L'artiste l'installe au cœur de la forêt du lieu. Et sa présence est annoncée par la phrase : « ELLE EST LÀ » qui surplombe la vallée. Ce qui fut longtemps amputée de son Ulysse trouve ainsi une version juxtaposée de sa propre odyssée.
 
Gfeller 2.pngMais pour découvrir Linglan, il faut entrer dans la forêt. Elle se tient debout  sur ses 5 mètres, valise à la main, près d'une cascade. Sortie du fond des temps, elle se réapproprie sa place dans le cours de sa filiation par le devoir de magie optique que propose l'artiste en ce sursaut de reconnaissance. Elle redevient elle-même longtemps après s'être crue - bien à tord -pas grand-chose.
 
 
 
Gfeller 3.jpgEpouse du fameux horloger Edouard Bovet (1797-1849) elle lui a donné un fils. Les deux mâles revinrent à Fleurier après avoir fait fortune en Chine mais après avoir laissé Linglan derrière eux. Pour Catherine Gfeller elle est devenue gardienne du temps car tout où presque est ignoré d'une telle héroïne. L'artiste par installation se propose de réunir faits historiques et imaginaires qui sont aussi un hommage à toutes les mères. Rien n'est aboli là où - telle une vierge rouge - Linglan domine le lieu.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

24/06/2021

Richard Meier, Jean Gabriel Cosculluela et le livre "érotique"

Meier Bon.jpgAvec Richard Meier - et c’est ce qui fait la force de son travail  – la littérature en finit avec l’idéal trompeur - que Nietzsche dénonçait - de la prétendue transparence. Le secret à l’oeuvre dans l’oeuvre s’il n’a pas pour  but de rester caché ne peut que montrer le bout de son nez. Il garde « forcément » toujours sa part d’ombre. Toutefois avec le créateur un "pas au delà" se franchit dans une aventure qui dépasse tous les rêves crépusculaire. Preuve que le déshabillé du livre  reste toujours une nécessité plus que compulsive.

 
 
Meier.jpgEn effet, avec Cosculluela,  il démontre que, dans son strip-tease - le livre  - pour reprendre le nom d’un ready-made de Duchamp - révèle le "bruit secret " du silence. Dès lors que devient un livre qu’on ouvre ? Sa nudité comme l'écrivait Bataille, "égale à l’exhibition de celle qui fut une nuit et pour toujours Madame Edwarda » (in  "Le renversement éternel").
 
Meier 2.jpgDans le sillage de la partition de John Cage "4' 33" et de la pièce de Shakespeare "Beaucoup de bruit pour rien", Cosculluela et Meier exhibent la nudité du livre. Elle ne s'oppose plus au dévoilement. Car en plus beau fils du monde et contrairement à Madame Edwarda, il donne plus que ce qu'il est, plus que ce qu'il a. Tout lecteur s'y engage à l'image de Meier intervenant sur les textes du poète comme il le fit récemment sur le "Comment c'est" de Beckett. Dès lors les deux livres deviennent des pieuvres littéraires à ventouses graphiques. Ils créent des ouvertures dans l’intégrité d’un organisme livresque. Là le vrai "érotisme".
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Jean Gabriel Cosculluela "Le livre nu", "Beaucoup de bruit pour rien &...", Encres de Richard Meier, et Richard Meier "Pour rien Beaucoup de bruit", Les deux : Voix Editions, Elne.

22/06/2021

Kurt Tong Lauréat du 4ème prix de L'Elysée

Kurt 2.jpegLe Musée de l’Elysée a élu le photographe Hongkongais, Kurt Tong comme lauréat de la quatrième édition du Prix Elysée. Son projet "Dear Franklin" retrace la vie de Franklin, son histoire d'amour tragique en des temps troublés, hantés par la guerre, la migration forcée, la mobilité sociale, les pertes tragiques, le taoïsme et les mariages fantômes.

 
Kurt.jpegKurt Tong est le maître en photographie d’un imaginaire particulier. Il mêle les éléments d'une psyché personnelle à divers symboles et éléments du quotidien en un travail qui n’a plus rien à voir avec un brouet qui ramènerait l'image à une bio-fiction. Se pénètre un monde labyrinthique fait d’un langage abrupt et sans concession et surtout avec une charge poétique particulière.
 
Kurt 3.jpegLes prises se nourrissent de l’instant mais aussi échappent au temps là où chaque image se fonde sur un passé présent et collectif. Elle lorgne néanmoins vers un incessant avenir dans lequel la question de l’identité reste une énigme. Le corps, la terre n’y sont pas oubliés, mais les deux se retrouvent en connexions avec un monde de la « différance » (comme écrivait Derrida).
 

Jean-Paul Gavard-Perret