gruyeresuisse

25/10/2021

Julien Spiewak amoureux de Balzac

Spie 3.jpgJulien Spiewak, "Le Chef-d’œuvre inconnu", Espace L, Genève, du 6 novembre au 10 décembre 2021. Editions d'un livre au même titre Éditions espace L.
 
Après sa lecture du "Chef-d’œuvre inconnu" d’Honoré de Balzac, Julien Spiewak est comme abasourdi et sonné.  Tout parle au photographe dans ce conte fantastique : la fiction elle-même mais aussi les mots qui la créent. Ils semblent écrits pour lui et font corps avec sa série de photographies "Corps de style".
 
Spie 2.jpgL'exposition "Le Chef-d’œuvre inconnu", présente ce que Julien Spiewak a réalisé à la Maison de Balzac : recherches, études et photographies prises avec le mobilier de l'auteur. Se retrouve un aperçu de son parcours à travers ses images réalisées ces 15 dernières années dans divers musées européens. Tout est précis, à un détail près : l’artiste introduit des fragments de corps nus dans ses décors, en redonnant vie à ces lieux.
 
Spie.jpgC'est sans doute une sorte d'hommage à Balzac. Non seulement l'écrivain mais l'homme : celui qui rencontra pour la première fois sa future femme Ewelina Hańska en Suisse sur les bords du lac de Neuchâtel après une relation épistolaire. Ewelina est alors encore mariée au comte polonais Wacław Hański. Puis Balzac et Ewelina séjournent de mi-décembre 1833 à la fin janvier 1834 pour la première fois ensemble à Genève.  Les amants peuvent enfin se voir longuement. Et Julien Spiewak rappelant des baisers sur le bord du Léman, introduit ainsi l'amour - autre chef d'oeuvre qui reste (encore et toujours) inconnu.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

24/10/2021

Espaces et volumes d'anticipation - Christoph Eisenring

Eisenring.jpgChristoph Eisenring "zukünftige Fundstücke" (Trouvailles futures), Galerie Gisèle Linder, Bâle, 30 octobre 2021 au 8 janvier 2022.
 
Christoph Eisenring vit et travaille à Winterthur et Schaffhausen. Ses photographies, dessins, collages, papiers découpés, installations ou sculptures ont pour point commun l’exploration d’un univers minimaliste. Jouant avec les formes, souvent géométriques, et la composition rythmée par les vides et les différences d’échelles, l’artiste propose de nous interroger sur le concept de temps.
 
Eisen 3.jpgNous sommes pris entre micro et macrocosme dans un univers de formes pures et dans une sorte de totalité ordonnée de toutes les choses sensibles. D'où une confrontation entre contemplation devant l’inconnu et le plaisir de l’expérimentation.
 
Eisen 2.jpgLa lumière s'écoule sur les volumes comme le jour contre la nuit en des harmonies qui traversent le silence non sans solennité. Dans un tel univers la vie est là en une inaudible lumière et en splendeur jamais lyrique ou exubérante. Cette approche rend l'oeuvre rare, majestueuse un rien farouche ce qui permet à un certain sublime d'avoir force de présence.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Le poignard et l'amore

Jack.jpgKiller contemple la terre, voit au plus profond  de l'âme, devant lui le "je suis" d'âge en âge qui chuchote à voix basse telle une auréole de plus en plus rare. Il voit aussi des visages finS comme des flammes et aussi ceux d'en bas en mal d'aube et qui ne résistent pas. Brille le bombement de leurs cuisses cuirasses qui font lever un certain doigt. Aucun cri n'ajoute à la cruauté de la scène. Les filles de joie deviennent saintes aux longs cheveux, les yeux tournés vers la lumière. Elles s'abandonnent même lorsque leurs seins sont coupés par une lame tranchante.  Jack 2 bon.jpgDans un coin, des sœurs agenouillées récitent des prières. Et un secret s'apprête à rompre l'histoire sainte. C'est un saut vers l'autre monde par celui qui effectue celui de l'ange. Hors des flancs du melon les pépins sont ruisselants. Killer donne ainsi sa leçon de peinture qui chasse la vertu et combat l'insoumission des têtes indociles.  Beau sang coule à la nuit. File ainsi la sagesse quittant le secret abri de la fleur, jolie vraie fille de musique.  Au pinceau de silence, l'autre silence, figure de l'ouvert.  Longuement le Killer reste ensuite face à la mère. De son canotier il salue un marin qui passe sur elle et rentre son poignard que la besace embrasse, le sortant de la lumière qui aveugle. A la nuit de dedans murmure des mots perlés et les beaux secrets de l'invisible. Rien n'abrège l'espérance et l'orgueil. Vivre, se dit Killer, c'est un peu de bruit et de fureur histoire de nous regarder passer en noumènes et en exécuteur des heures.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

(Killer, suite) Oeuvres de Jacques Cauda.