gruyeresuisse

01/11/2021

Laisse taire Young

Cauda bon 2.jpgDès qu'il  arrive d'Italie,  fan de jazz, Killer - chic corps et âme - rejoint les bars à basses de La Léchère (qui leur rendit bien) ou de Brides les Bains. Ce qui est un bon point pour celles qui ont de l'embonpoint  et reste encore meilleur à  qui ignore l'A 16. Dès que le Killer joue de la clarinette baveuse et de la trompette-boucher  il faut que ça saigne. Si bien que gémit Smith.  Mais lorsqu'il chante en inspecteur Harry,  Belafonte en pâlit. Lâchant des arpèges soudain c'est un clafoutis d'étoiles nocturnes ; elles laissent Harry KO et les groupies s'en pâment. Killer a tout prévu à ce propos : un background en hôtel est là pour les Catherine neuves  ou celles à qui l'âge donne du zèle et le shampooing aux notes bleues des boucles violettes. Pour les premières il reste père OK, pour les autres un vrai Bogart. Cauda bon 3.jpgEt quand une marquise Sadienne, experte vraiment tonale,  lance ses coucouroucoucous et ses deux seins-balles, le spécialiste des messes câlines ne rate pas l'occase d'un week-end à Rome avec une telle épigone.. Dans le patio de Chez Mario  sur le clavier des sens d'un piano Steinway ( pour peu que sa queue ne soit pas trop basse)  se ponctuent les transports amoureux Capri-cieux  :  l'amante jamais ne s'en  lasse.  Le plaisir est salace. Certes Killer effectuant devant son miroir son examen de conscience y trouve quelques points noirs. Mais un "je vous aime depuis toujours"  d'Ella qui possède ce qui manque à Carla, le décharge de tout fardeau moral. Cauda bon 4.jpgAprès un tel set, dans la salle de bains, l'eau furète sous les saponaires. Qu'importe si le petit déjeuner l'hôtel est court en baguettes. A la sortie des ablutions de l'ablette, la diva épelle en god-spell et en visant l'archet un "Play it again". Killer dans ses diagonales du fou sait éviter tout échec. Un tel béni Goodman en multiples rappels plonge l'aimée à la renverse sur un divan Cuir Center.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

(Killer suite), oeuvres de Cauda.

31/10/2021

Lorsque Catherine Bolle met en scène Matthieu Messagier

Massagier 2.jpgMatthieu Messagier et Catherine Bolle, "À Rome les sureaux sont en fleurs", Editions Traces, Lausanne, 2021. Livre présenté au salon de bibliophilie "Pages", 23eme édition bis, Palais de la Femme, Paris, du 26 au 28 novembre 2021
 
 
Messagier 4.jpgCet ouvrage fait suite à "Jouets dispersés aux enchères insolvables de l'enfance". Il couronne le parcours éditorial entamé depuis les années 2000 par l'artiste et le poète disparu cette année. Ce dernier texte inédit est toujours aussi transgressif. Il est conçu et accompagné de gravures par Caterine Bolle. Elle-même le définit comme "foufou" et il l'est dans ses diagonales. Leurs remous formentent une immobile splendeur. Le corps en ses désirs semble marcher en avant de lui-même mais l'artiste par la présence éclaboussante et en rien mimétique de ses dessins en retire l’écume comme on retirait jadis la peau sur le lait.
 
Messagier.jpgDes trésors cachés se retournent sur eux même tel un gant par effets de visibilité des images. Surgit la transgression de la transgression. Catherine Bolle ne cesse  de la "caresser" au moment où l'écriture absorbe les apparences pour mieux les voiler. Les sources du plaisir s’enfuient en riant. Les mots galopent par-dessus les désirs. C’est un délice mais pas celui - bien sûr - que le voyeur escomptait. Messagier fait preuve d’une souplesse verbale et d’une dérision qui s’affina avec le temps. Il se peut même qu’il fasse partie des quelques poètes qu’on retiendra de la seconde partie du XXème siècle et du début du XXIème.
 
Messagier 3.jpgLe texte devient une matière aussi abstraite que sensuelle. Tout y demeure entre clôture et passage, exhibition et aporie. Mais la plasticienne souligne aussi  l'absence, l'absolu de l'absence, l'absolument séparé. La peau comme l’écriture reste une frontière, un barrage plus qu'un passage. Rien ne s'achève. Tout s'égare. Poésie, image et corps n'appartiennent qu'au mystère là où une forme particulière d’amour préside au chemin - car il n’y a pas de chemin où il n’y a pas d’amour.  C’est pourquoi sur ce chemin ce livre reste un horizon poétique qui répond à sa propre nature : à mesure qu'on s'en rapproche ils s'éloignent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

Les synthèses actives de Claire Guanella

Guanella.jpgClaire Guanella,  "Matières instables" , Galerie Marianne Brand, Carouge, du 6 au 27 novembre 2021.
 
 
Magicienne du silence des tréfonds de la psyché, Claire Guanella ne cesse de progresser en ses traversées. Elle propose des distorsions et tout un jeu de dédoublement du réel dans les pans d'une peinture abstraite d'un genre particulier. L 'originalité de sa vision  s'impose de plus en plus et à mesure qu'elle se livre à une introspection intense. 
 
Guanella 2.jpgClaire Guanella se nourrit de divers savoirs afin que la peinture ruisselle en cantique des cantiques dans une transmutation des lieux entre tellurique et spiritualité. Quoique embrigadée dans le terrestre charnel la peinture de la plasticienne plus que de plonger reste toujours ascensionnelle comme le prouve cette exposition où le cosmique réunit les quatre éléments à  un cinquième : la peinture elle-même.
 
Guanella 3.jpgLa voyageuse décape l'image de ce qu'elle a de plus extérieur et décoratif afin d'atteindre sa vérité intérieure. Ses penchants à la mélancolie et au rêve font de l'artiste une poétesse qui refuse l'affût de effets faciles. Cet expressionnisme souvent abstrait semble ne connaître ni trêve, ni répit.  Comme sa créatrice qui refuse tout repos mais en cultivant le temps de la médiation prélude à ses inventions plastiques.
 
Jean-Paul Gavard-Perret