gruyeresuisse

29/05/2018

Julie Peiffer et les jeunes filles en fleurs

Pfeiffer 4.pngPresque impalpables les silhouettes de Julie Peiffer mettent à nu une présence qui sous le voile d’une presque nudité demeure masquée. C'est pourquoi l'artiste a tant de mal à figer chacune de ses modèles de manière définitive. La manifestation de la féminité prend chez elle un grain particulier. La sensualité reçoit un aspect intime par effet de surface dans le gris, parfois un monocolore rouge abstractif ou encore les couleurs.

Pfeiffer.jpgLa photographie dans une telle approche ne se cache plus derrière un sujet qui par excellence la vampirise. Mais Julie Peiffer maintient le féminin dans une ambiguïté. Aux effets de lumière s’ajoute une qualité particulière des poses : elles jouent parfois de l’audace, parfois de la pudeur. Surgit une étrange matérialité de l’impression qui reste « sourde » au simple fantasme.

Pfeiffer 3.jpgIl s'agit de questionner autant le féminin que son rapport à l’autre. Néanmoins une certaine solitude perdure. L’artiste indique une sorte de frontière là où surgit des insinuations particulières allusives. La femme prend une valeur d’icône conjuguée au quotidien. La visée psychologique disparaît. Les femmes restent perdues ou anonymes dans leur décor. La complexité et la complicité des prises les saisissent au sein de la fixité ou du mouvement. Tout reste sous-jacent pour mieux avancer. Mais comme sur des œufs. Il ne faut rien briser.

Jean-Paul Gavard-Perret

Œuvres visibles à la Paul Steward Gallery, Paris.

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Anaëlle Clot et Simon de Castro : parade amoureuse

Castro.jpgAnaëlle Clot et Simon de Castro, Espace Eeeeh! La Grenette, Place du Marché 2, Nyon. Du 8 au 23 juin 2018.

Pour dire les mots de l’amour en « repons » et afin d’éviter les contresens Anaëlle Clot et Simon de Castro (qui collaborent depuis des années sur des projets parallèles dont la revue « Aristide » qu’ils ont créée) ont usé du langage plastique en conservant leur propre thématique. Les sept mots choisis par chacun (Collision, effort, métamorphose, rencontre, rythme, souvenirs, camouflage, songe, solitude, structure, apparaître-disparaître, danse, repos, effervescence) sont devenus la base de ce travail.

Castro 2.jpgAnaëlle Clot dessine toujours une nature dense, Simon de Castro un univers moins souple, plus rigoureux. Mais cette opposition offre une complémentarité agissante. Là où soudain les deux amoureux créent incidemment une sorte d’abstraction qui les rapproche : preuve que l’amour permet une confrontation agissante. L’éros de la double psyché se dissipe pour atteindre d’autres voies comme s’il passait par deux fenêtres qui se font face.

 

 

 

Castro 3.jpgDifférentes formes d’espaliers se construisent. L’exposition devient donc un lieu d’expérience. Les visiteurs ont l’occasion de « vivre » une histoire d’amour selon un cadre qui préserve son vécu de manière indirecte là où les émotions et les sensations sans devenir cosa mentale sont finalisées par les images. Entre activité et passivité, séduction et retrait, une conquête et une quête se poursuivent : chacun dans ce duo répond à l’autre par son propre chant des lignes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/05/2018

Anna Bambou et les bouts de monde

Bambou 2.jpgAnna Bambou (deux femmes se cachent sous ce nom) signale dans cette exposition que le temps passe sans vraiment passer. Une quête perpétuelle suit son cours comme si les deux créatrices étaient terrifiées par l’opération même de voir et qui pourrait jeter en face d’elle le regard qu’elle continue de chercher.

Bambou Bon.jpg

 

 

Pour autant elle poursuit et jette un regard envoûtant sur le visible là où voir et être vu se rencontrent à mi-distance dans des lieux anonymes de villes presque improbables et sur le rebord de la fenêtre étroite des évènements.

 

 

Bambou.jpgToute une activité qui peut se nommer d’amoureuse - en activité et passivité - suit son cours. Au regard médusant répond la nuit d’une aussi longue absence. Mais Anna Bambou contraint le regardeur à voir ce qui est tout en n’étant pas. Celui-ci attend le regard d’une Diane traquée depuis longtemps par ses deux chasseresses qui transforment le voyeur lui-même en cerf d’une forêt des songes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Anna Bambou, « L’effet d’hiver », Festival photo dans Lerpt, du 2 au 10 juin 2018.