gruyeresuisse

03/01/2021

Les unes et les autres ou le furtif et le fuyant - Axakadam

Axa 2.jpgAxakadam possède l'immense mérite de revivifier l'art du nu et de l'érotisme. D'abord par une ironie toujours discrète au moyen des  poses ou mimiques complices de ses modèles. Mais aussi par les décalages optiques qu'il entreprend afin de donner à la photographie un aspect pictural et vintage. Ce qui ne l’empêche pas bien au contraire de se référer aux oeuvres décadentes et romantiques - Anne-Louis Girodet compris.
 
Axakadam.jpgL'objet reste d'animer le furtif et le fuyant, le sérieux aussi -  en le déconcertant. L’artiste navigue entre des préoccupations classiques : espace presque (le presque est important) tracé au nombre d’or, présence du spirituel mais aussi d'un réel S.M. bien vivant. Le tout en des effets - et suivant les cas - de nimbes, de transparence ou d'opacité. Les femmes sont apparemment plutôt froides (frigides çà non, certainement pas) là où n'est esquissée que la moitié de leur geste.
 
Axa.jpgMais  Axakadam trouble des apparences. Il cultive les surimpressions et en conséquence  le doute existentiel en une succession de moments farces là où habituellement le voyeur vient se rincer l'oeil. Et l'artiste en adressant à lui de parodier Queneau depuis "Bourgeville sur Marmotte" comme du Chelsea Hotel en lançant son "si tu t'imagines xava xava durer toujours". Plutôt que d'allonger ses égéries il met le quidam dans de beaux draps. Néanmoins dans la pièce d'â-coté des tables sont dressées pour un festin de fête.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/01/2021

Benoit Caudoux : portrait du poète en Alexandre du mat.

Cadiux.pngBenoit Caudoux, "Drapeaux droits", Editions Héros Limite, Genève,  2020, 120 pages, 16.00 € 22.40 chf
 
Benoît Caudoux est auteur et professeur agrégé en philosophie. Ses travaux portent sur l’écriture, la modernité, ses origines, les changements éthiques et linguistiques, l’évolution des rapports entre philosophie et littérature, le devenir de la rationalité et l'importance du design dans la modernité.  Il a publié plusieurs livres d’artistes ainsi que plusieurs textes poétiques ont celui-ci devient une suite caractéristique et un résumé des épisodes antérieurs.
 
Cadiux bon.jpgLe titre «drapeaux droits» désigne - plus que le simple alignement des compositions métriques traditionnelles - l'attention  portée à la dimension visuelle des poèmes. Chacun devient un étendard. Il laisse flotter la fin de ses vers dans le vide de la page. Chaque texte dénoue de la sorte  puis renoue les fils de l’existence, de la perception et de la pensée abstraite. Il y a là,  face aux insaisissables syllabes des étés (ou avoir été) des  affaires d'âmes et des manières "d'entendre" ce qui se passe entre mysticisme et blagues d'une sorte d'oméga de la pasternakité.
 
Cad 3.jpgLe tout en sorte de mats d'épigrammes sur  lesquels l'auteur cultive le jeu de mot ou le trait d’esprit. Les textes sont souvent  humoristiques, légers, d’autres plus profonds et radicaux. Ils deviennent comme le précise l'auteur  "autotéliques ou évidents" en semblant n'exister que pour eux-mêmes dans une sorte de "poésie pure" afin d'enjoliver notre purgatoire lorsque le soleil n'est pas trop plombant et que subsiste un peu de vent . Mais  d’autres célèbrent ou  accusent la présence d'un monde réel proche ou perdu, rappelé ou nié au sein d'un flot de réflexions et d’idées étonnantes. Résonne dans l'air une turbulence et une énergie entre microcosme et macrocosme, fixité et mouvement.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

29/12/2020

Jacquie Barral : la diablesse est dans les détails

Barral BON.jpg

 

Grâce à Jacquie Barral les farces animalières d'Eric Chevillard et les pensées spéculatives de Pierre Bergougnioux se révèlent par le biais d’une ponctuation esthétique d'un ordre caché du monde que les mots n’ont pas réussi à épuiser. Repoussant l’ordonnancement classique des images, la plasticienne vestale chevauche bien des césures pour éluder ce qui reste empreint des mesures du logos

 
 
 
Barral.jpgDès lors, en avant la musique. Dans sa diversité l'oeuvre est toujours vive, incisive, prégnante. Soudain par de telles interventions, poussent des ailes au langage parfois diluvien. L'artiste les greffe sur son omoplate ou en plein coeur à croire que l'amour à  peine chrétien des textes nécessite plus qu'une seule vulgate d'imagerie pour rendre aux mots de chaque tribu  une consistante qu'ils n'auront jamais.
 
Barral 2.jpgJacquie Barral ne fait pas de ses interventions de simples symboles parmi les symboles. Elle sait jouer de glaçantes épures comme des lueurs d'incendie. Soit pour atténuer certaines éruptions volcaniques d'âmes aigres,  soit pour réchauffer des "paroles gelées" chère à Rabelais. Libre le dessin encercle les murailles du dire par un jeu graphique où semble s'entendre des voix soudain prises de vertige grâce aux élancements plastiques d'une créatrice qui met au besoin le bas en haut et la diablesse dans ses détails.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Jacquie Barral, "Zoologiques" avec des illustrations de Philippe Favier et texte d'Eric Chevillard, "Le corps de la lettre", texte de Pierre Bergougnioux. Les deux chez Fata Morgana.