gruyeresuisse

04/11/2021

Pablo Reinoso : torsions

Reinoso.jpgPablo Reinoso, Trames, Xippas, Genève, du 6 novembre au 23 décembre 2021L
 
Sculpteur et designer argentin Pablo Reinoso est connu pour ses Bancs Spaghetti. Il réinvente l’objet quotidien avec humour et légèreté. Son œuvre dissimule un parti pris éthique – le respect de la nature et des matériaux – et une remise en cause des démarches dépourvues de sens d’un certain « design » contemporain.
 
Sous un aspect aérien et ludique le plasticien ranime l'espace de manière intempestive. La monumentalité y prend un aspect particulier. Reinoso 2.jpgAvec une simplicité enjouée et poétique la sculpture devient une métaphore de l'existence.
 
Face à l’anthropocentrisme apparaissent bien des découvertes avec un sens du paroxysme jouissif et des envolées. Elles semblent ne pas donner à voir où elles finissent et où elles commencent. Mais s'il s'agit de toujours rapprocher les deux bouts d'une telle chaîne en liberté.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

03/11/2021

Florence Grivel : la vie est ailleurs

Grivel.jpgSous forme de divagations autour de sa formation artistique, Florence Grivel fait de son livre moins une autobiographie qu'un "conte alchimique, un récit initiatique où la narratrice passe - selon la structure classique du genre - d’une quête de ses besoins vers celle de son désir.". Ouverte au dialogue avec elle-même la talentueuse narratrice prend diverses casquettes et ce pour explorer les moindres détails (Comment choisir son vinaigre Balsamique ou pomme non-filtrée) dans cette enquête "sur la vie bonne dans un récit de voyage aux couleurs italiennes."
 
Grivel 2.jpgS'y succèdent des vignettes enrichies : preuve qu'une telle aventurière est aussi abasourdie par son bagage d’historienne de l’art que sonnée (avant de se reprendre) par des rencontres imprévues qui la guident où elle n'avait pas prévu. L'énergie qu'elle cherche dans l'art est peut-être bien ailleurs. Pour preuve ce pont d'achoppement d'un tel récit et sa clé : une reproduction de la Joconde  se retourne pour offrir son verso monochrome vierge qui s'enroule pour devenir le récipient de l'élixir qui pourrait enivrer ou calmer la vie de la narratrice.
 
Grivel 3.jpgCelle-ci, au sein d'une écriture primesautière  s’échappe des salles de musée vers les collines toscanes, flâne au marché et plonge dans les eaux vivifiantes d’une plage. Néanmoins elle reste fidèle à ses basiques et n'oublie pas de prendre des nouvelles de Vermeer et de Duchamp,  de Rosemarie Castoro et d’Yves Klein.Mais de l'Italie, Peccato ! elle ne verra pas la Joconde et son point de fixation diffractée..
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Florence Grivel, "Sfumato. Je n’ai jamais vu la Joconde en vrai", coll. ShushLarry, Art&fiction, Lausanne, 2021, CHF14.90. et "Je n’ai jamais vu la Joconde en vrai, soirée le 6 novembre 2021", chez l'éditeur.

De viande et d'encre

Cauda Top.jpgDe l'adéquation des mots à l'être Killer connaît l'écart.  Il reste ainsi étranger aux idiomes qui refusent un authentique enracinement dans la viande. Sans cela leur encre ne tatoue que la peau et ne sont tout compte fait qu'une vue de l'esprit . Toutefois si nous ne sommes pas que des âmes nous ne ressemblons pour autant à des arbres. La littérature trop souvent l'oublie et pratique  amputations et coupes auxquelles le Killer répond dans une écriture qui ne refuse pas l'étal de la boucherie. Ces coups de hachoir remplacent sans cesse la question  du "qui je suis" par "en quoi je suis".  C'est alors que les mots déplacent les lignes. Ils ne sont plus des abstractions pures. Et les livres du Killer s'ils ne sont en rien dispensateurs d'absolu, ne sont plus des mensonges car au lieu de tronquer ils démembrent.  C'est peu diront certains :  néanmoins écrire de la sorte évite de contourner l'obstacle du corps, ses propriétés physiques,  son feu, sa chaleur et sa brûlure. Killer ne rate donc pas le coche. Cauda top 2.jpgA chaque répartie de ses mots s'inscrit une expérience extatique, exorbitante.  Au texte succède un autre texte dans un mouvement de volute ou de cercle vicieux. Chacun de ceux-là devient un rond d'aile magique. Et ce afin que dans les chairs se produise le déchirement d'un voile pieux pour montrer ce qui se cache derrière : ce que l'aura nie - et pas seulement en Algérie.  De tel mots  Killer les reprend.  Sans cesse et plus sourdement pour retrouver l'image la plus naïve, la plus intenable et sourde afin que nous transpirions dans sa chaleur. Un tel viatique nous porte jusqu'au silence que la nuit éternelle finira de psalmodier. Une femme y chantera l'amour amore en un dernier adieu. Elle sourira à ce sommeil et aura toujours des seins si mal caressés tant on était là près d'elle. Elle adressera néanmoins son A Dieu. C'est exagéré. Comme tout le monde Killer se serait contenté de moins.  Mais il écrit pour ça, pour elle.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(Killer, suite). Oeuvre de Jacques Cauda