gruyeresuisse

28/03/2021

Las Vegas Parano - Vicky Martin

Vicky 2.jpgCette série conceptuelle de photographies  est inspirée par Alice au Pays des Merveilles. Immergée dans un monde imaginaire, l'héroïne montrait son courage et sa force en étant capable de naviguer avec succès à travers un pays fantastique.  Mais dans le Nevada et plus particulièrement à Las Vegas  - des magies inspirées par Carroll il ne reste que des machineries dérisoires. Le pays des merveilles moderne est donc un ersatz.
 
 
Vicky.jpgLa photographe s'est identifiée  au thème de la non-appartenance qui figure en bonne place dans le récit d’Alice. Alice, est  ici  accompagnée du lapin blanc de Lewis Carroll. Il permet à Alice de se faire passer pour deux personnes. L’idée d’Alice projetant certaines de ses propres pensées et sentiments sur une autre personne est donc la base du jeu entre les deux héroïnes de Martin. et ce  pour qu'à la fin Alice trouve le courage de devenir elle-même.
 
Vicky 3.jpgCertes l'aujourd'hui des oripeaux de Las Vegas ne sont plus là que pour offrir des Paques amnésiques mais la dulie séculière se hâte d'enlacer à sa plainte une autre musique là où Alice et le lapin blanc reflètent le conflit qu’un individu ressent lorsqu’il quitte la sécurité et le confort de l’enfance pour la pression et à l’angoisse d’être un adulte.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Vicky Martin,  "Curiouser and Curiouser", 2021, L'oeil de la Photographie.
 

26/03/2021

Antoine Martin : éther-nité

Martin.jpgAntoine Martin, "Flugzeug" Xippas, Genève,  du 18 mars au 10 avril 2021.
 
Les pièces d’Antoine Martin faites de câble, de toiles sous-tendues par des structures de bois contreplaqué restent toujours un appel à un envol, à une sorte d'éther-nité. Tout se joue dans un dégradé et des camaïeux de blanc ou plutôt de ce que l'anglais nomme le "blank - à savoir une absence de couleur.
 
Existe dans cette architecture  le souvenir du père de l'artiste , passionné d’aéronefs et rescapé d’une grave chute avec son planeur. Le critique Joseph Farine y voit un rapprochement avec l'oeuvre de Beuys induite elle aussi  à l'origine par un accident. Mais avec Antoine Martin  la volonté de rédemption dans le souvenir paternel, est bien plus efficiente que celle de l'Allemand dont le radicalisme d'origine a fini par se perdre dans les pages désormais tournées de l'histoire de l'art. Chez Martin l'oeuvre tient, se tend non sans la volonté d'une beauté nouvelle qui permet au rêve d'ouvrir ses ailes sans tourner le dos à la réalité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

24/03/2021

Les variations de Thomas Hauri

Hauri.pngThomas Hauri, "k", Espace d'art contemporain ( les halles ) Porrentruy, mars 2021.

 
L’œuvre de Thomas Hauri échappe aux classements et aux protocoles communs. Il existe de nouvelles « annonciations ». Elles appellent des « incarnations » plus pressenties que données. Le regardeur ne doit pas chercher un mètre-étalon pour l’estimer. Il doit se laisser aller à une démesure par les relations minimalistes que l’artiste propose et peut s’éloigner ou se rapprocher des œuvres pour les envisager de manière globale ou pièce par pièce.
 
Hauri 2.jpgLa saisie morphologique se réalise par différents mouvements de « prise ». Chaque œuvre reste un territoire d’hypothèses. De très larges feuilles de papier sont devenues le support principal de l’artiste Thomas Hauri depuis son changement de médium pictural. Malgré une spécialisation en peinture classique, à l’huile, il se tourne vers la pratique de l’aquarelle lors d’un séjour à Berlin,
 
Hauri 3.jpgCette technique plus directe et spontanée - qu’il considérait jusque-là comme secondaire - devient son champ d’expérimentation afin de représenter des formes architecturales (hall, esplanade, porte et fenêtre) dans des perspectives partiellement abstraites où le motif demeure plus ou moins identifiable. Existe une tension permanente en un processus dynamique au sein des traversées qui proposent un dépassement de la pure contemplation. L’image s’ouvre par des « abandons » successifs que Hauri fomente par sa méthode de création.  L’image est donc soumise à divers systèmes de variations. Elle nous fait face sans qu’il faille chercher forcément à collecter l’authentification de ce qui est présenté.

Jean-Paul Gavard-Perret