gruyeresuisse

14/07/2019

Steve Davis pom-pom girls et orchidées vagabondes

Davis bon.jpg"Pride in America" est une série réalisée entre le milieu des années 1970 et celui des années 1980 en Idaho par un photographe en herbe soucieux de créer une libre chronique de sa jeunesse. S'estimant "à tord ou à raison" comme il le dit lui-même "pionniers du punk de l’Idaho", le photographe précise que "l’impulsion initiale de cette série n’était pas autre chose que de partager certains des sujets abordés" et d'ajouter : j’espère que d’autres pourront se rapporter au peuple et à l’époque que je présente dans cet ouvrage".

Davis 2.jpgApparemment le photographe voulait créer une ode à son pays. Mais le photographe est doué : si bien que son témoignage et éloge connaît un "twist" (comme on dit aujourd'hui) ou un tour particulier. Les filles des paroisses ne sont pas forcément angéliques et les coeurs et les corps s'enflamment sous des enjoliveurs qui ne protègent pas forcément les roux de divers tourments.

Davis 3.jpgLes fleurs vivaces jaillissent et éclatent des bourgeons qui n'ont rien de mélancoliques. En se mêlant des affaires de ses ami(e)s Steve Davis plonge au plus profond de la vie telle qu'elle était. Les éclats nous poursuivent par delà les années. Et l'aspect vintage reste tout compte fait secondaire dans ce que le photographe a saisi d'éternel - ou presque.

Jean-Paul Gavard-Perret

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13/07/2019

Etti Abergel : révisions des images

Abergel bon.pngEtti Abergel, "Decodage", Galerie Mezzanin, Genève, du 13 septembre au 11 novembre 2019

Toute l'oeuvre de Etti Abergel navigue entre solitude et appartenance, déracinement et ré-enracinement. L'artiste crée des images mythiques mais tout autant "réalistes" (dans une révision de l'art abstractif et conceptuel). Le tout à la jonction de deux mondes - d'un côté, celui de sa propre solitude et, de l'autre, de la communauté d'appartenance nouvelle. Afin d'y parvenir, elle trouve un nouveau langage indépendant nourri de ses expériences, de ses études, de sa mémoire intime et collective et de ses mythes - judaïques en l'occurrence.

Abergel.pngPar ce qu'elle a vécu et appris l'artiste invente un langage visuel subjectif et transgressif. Il s'agit de reprendre diverses approches afin de rectifier le réel tel qu'il est par une vision expérimentale. Celle-ci  ne manque jamais de grâce, de majesté, de force même lorsque le réel tel qu'il est semble pris à la gorge.

 

Aberegel 2.pngA travers des sédiments de différents niveaux (textes, images, objets, etc.) Etti Abergel ouvre une narration personnelle mais à caractère général. Tout est construit afin de créer une monstration plurivoque qui se veut une lutte contre divers traumatismes là où les différentes déconstructions deviennent la voie d'une création où le mythe est renouvelé en érections intempestives.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/07/2019

Hreinn Friðfinnsson : l'image rôdeuse et fille perdue

Frofinsson.jpgHreinn Friðfinnsson, "To Catch a Fish with a Song: 1964–Today", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 24 mai au 25 aout 2019.

Hreinn Friðfinnsson est à sa manière un paysagiste créateur d’un régime figural particulier. De plongée en plongée, d'émergence en émergence et par la profusion des médiums - photographie, dessin, tracé, vidéo, installation, texte ready-made - et des sujets, il crée de multiples manières des "objets" mais aussi une conceptualisation qui, par une économie de moyens associée à un langage poétique, fait surgir un monde insaisissable et parfois humoristique.

Frofinsson 3.jpgLe paysage lui-même est un visage et le visage un paysage. Quittant tout souci de narration, à travers des thèmes ou objets récurrents (divers types de récipients par exemple) le plasticien invente le lien du matériel et du spirituel, de l’intime et de l’universel par la mise en jeu d'une idiosyncrasie en une sorte de conceptualisme romantique décalé là où la dématérialisation de l'art est liée aux phénomènes matériels, au paysage lui-même et à la beauté. Celle-ci acquiert une nouvelle dimension.

Frofinsson 2.jpgNé en 1943 à Baer Dölum, en Islande, l'artiste vit à Amsterdam depuis 1971. Les 70 œuvres réunies dans "To Catch a Fish with a Song: 1964 - Today" mettent en évidence l'importance de cet artiste trop méconnu. Avec lui, l'image - rôdeuse et fille perdue - recouvre de son fluide guérisseur et de son apparition la trace des passages. Il n'y a plus qu'à se laisser entrainer là où une langue visuelle aussi poétique que sèche crée un spectaculaire très particulier. La couleur et la matière jouent un rôle particulier là où le sensible est conceptualisé de manière à créer des scènes particulières et pas forcément narratives.

Jean-Paul Gavard-Perret