gruyeresuisse

05/03/2020

Non juste un dessin mais un dessin juste : Konrad Klapheck

Klapheck.jpgKonrad Klapheck, "Dessins (1974-2014)", Lelong & Co., du 12 mars au 30 avril 2020

 

 

 

 

 

Klapheck 3.jpgLes titres des dessins de Konrad Klapheck jouent toujours un rôle important en navigant entre l'aporie, la profondeur un un certain humour : Sèche cheveux et sac d'"Avant le départ", la clé enpapaoutée de "L'Apôtre entravé" prouvent comment une idée est traitée par un dessinateur - qui a regénéré un art premier s'il en est - selon des contraintes géométrico formelles rigoureuses qui amènent à une stylisation, une simplification, voire une déformation délibérée des objets, espaces et personnages.

Klapheck 2.jpgSous effet d'apparence de réalité jaillit une forme de réalisme magique même lorsque tout possède le plus mauvais des genres - à savoir le genre humain. Mais chaque image est traitée de manière distanciée et symbolique qui évite toute lourdeur.

L'objet ou le sujet résiste toujours à la représentation basique au profit d'une image capable de désapprendre à voir pour réamorcer un visible qui nous dépasse et n'est pas forcément donné. Pour un tel créateur le dessin s'il est "une chose délectable"  »fait le vide d’un certain "théâtre" du réel afin de lui accorder une autre profondeur. Il s'agit d'éclairer l’esprit dans une fixité particulière où demeure toujours l’impression qu’un mouvement opère.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aks Misyuta : "un murmure à l'oreille"

Aks.jpgAks Misyuta, "Constant Instant",Galerie Sébastien Bertrand, Genève du 21 février au 24 avril 2020.

 

Les femmes et plus généralement les biomorphismes de l'artiste d'origine russe Aks Misyuta possèdent un caractère charnel très imposant et c'est peu dire. Inspirés par les êtres qui l'entourent l'artiste crée néanmoins des formes d'autoportraits diffractés et très particuliers. L’apparence « gonflable » des corps est là pour souligner paradoxalement la nature très vulnérable des êtres : il suffirait d'une piqûre d'épingle pour que de tels corps disparaissent.

 

Aks 2.jpgCe sont comme des ballons de chair qui flottent ou volent dans leur propre monde. Les idées floues prennent des formes incompressibles du moins en apparence là où il s'agit de détruire une certaine idée de la "belle" peinture. Solitaire, l'artiste travaille entre l'illustration et la peinture soit à l'aide d'ordinateurs soit directement sur le support. Et souvent elle mixe les deux process dans des techniques sophitiquées où se joignent l'angoisse et le désir.

Aks 3.jpgL'artiste aime toujours repartir de zéro pour dessiner, peindre (en bleu ou rose), graver là où tout est conçu à partir certes d'un travail consommé mais où tout repose sur un geste spontané et l'intuition (souvent avec une brosse propre humide et toujours sans croquis) mais aussi à partir d'une méditation sur la nature humaine. Le romantisme figural prend des formes épaisses. Elles montrent combien la femme reste prise dans une situation inconfortable en nos sociétés encore patriarcales. L'artiste se veut une rebelle tranquille. Elle ne cherche pas à prouver mais faire de chacune de ses oeuvres ce qu'elle nomme "un murmure à l’oreille"

 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/03/2020

Memphis et après : Nathalie Du Pasquier

Du Pasquier.jpgNathalie Du Pasquier, Pace, Quai des Bergues, Genève, du 20 janvier au 18 mars 2020

Nathalie Du Pasquier s’installa à Milan en 1979 où elle devint un des membres fondateurs du groupe de designers Memphis avec Ettore Sottsass. Durant ces années, elle dessine de nombreux textiles, tapis, motifs, objets et meubles, puis dix ans plus tard elle se tourne presque uniquement ver la peinture. Elle reprend les objets de design du quotidien qui ont fait sa fortune pendant l'époque Memphis dans des compositions minimales et des modules géométriques.

Du Pasquier BON.pngAttachée au travail de la ligne, de la couleur et de la forme, toute son oeuvre semble naviguer entre 2 D et 3 D par effet de trompe l'oeil. La créatrice circule entre les formes et les pratiques, de l'abstraction à une sorte de "réalisme". Son oeuvre longtemps boudée ou considérée comme secondaire - quoique appréciée par tout un public - est rédecouverte peu à peu, ses motifs "post-Memphis" revenant à la mode.

Du Pasquier 2.jpgSon travail se fonde toujours sur divers types d'assemblages de formes ou d'objets sur toile, papier, textile ou en volume. Toute une architecture transforme le réel comme l'abstraction. Les natures mortes, les paysages domestiques deviennent de jeux de structures et deviennent la  preuve d'une liberté et d'un don instinctif de la construction et de la couleur.

Jean-Paul Gavard-Perret