gruyeresuisse

06/11/2019

Lador et Baladi Day chez HumuS

Lador.jpgAlex Baladi et Pierre Yves Lador "Course", Helices Helas, Vevey, 2019, 80 p.. Et le "9 novembre 2019 c'est LADOR DAY" à la librairie HumuS, Lausanne

A l’origine, de " Course" il y eut une exposition d’Alex Baladi à L’Atelier 20 de Vevey. L'artiste y proposait un ensemble de personnages et motifs (le teckel, le cow-boy, le ballon, l’os, la fuite, etc.,). Pierre-Yves Lador l'éclectique a rebondi dessus pour proposer à travers ces vignettes un récit en contrepoint. L'auteur dit son fait au monde et comment par exemple le cow-boy devient le parangon de notre société mondialisé et en écroulement.

SLador 2.jpgon récit est aussi ouvert, cryptique qu'impitoyable là où le jeu des ellipses du dessin permet à Lador d'offrir des échos profonds dans ce qui devient une "bande dessinée" d'un genre particulier. L'arrogance nécessaire du discours percute les dessins plus "sages" de Baladi.

 

 

 

 

Lador 3.jpgLe livre devient un étrange pandémonium. Tout fonctionne sur des plans particuliers où les époques sont convoquées. Preuve que Lador aime regarder le "spectacle" de la rue comme celui de la nature et de l’intime qu'offre l'artiste afin de les métamorphoser dans ses mises en abyme à prises multiples et accouplements temporels. Les miroirs se brisent, le monde tel qu’il est perd ses repères dans ce pont suspendu au dessus du vide (le nôtre) entre textes et images. Et ce dans l’espoir qu'ils remontent ce que les hommes gâchent et cassent.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/11/2019

Le radicalisme de Sarah Kaliski

Kaliski bon.pngL'artiste belge Sarah Kaliski a connu bien des hauts et des bas dans sa vie marquée dès l'origine par la guerre et la déportation de son père à Auschwitz. Il y eut encore bien d'autres blessures intimes. A partir de là elle a developpé un art particulier qui rappelle parfois celui de Wolinski. Comme lui, mais en plus profond et plus tragique, elle pourfend bien des ordres en cultivant envers l'homme une double présence : celui d'un totem-père-puissance-pouvoir mais  celui aussi d'objet ou sujet d'impiété dont il faut venir parfois à bout des assauts de la barbarie  individuelle ou collective par la propre barbarie de son langage plastique fait de silhouettes en actes et commentées.

 

Kaliski.jpgFace au mâle qui attife de ses hardes la femme, celle-ci lui rappelle, par ses larmes d'encre, que ses démons elle les exècre. Elle donne à voir autant son propre amour que l’obscénité des âmes qu'elle greffe parfois avec le corps à un abdomen couvert de poils afin que, de chien ou bouc, l'homme revienne à lui-même tant il oublie le sexe des femmes au profit du sien, pain long ou énième version de celui - statufié - de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise.

 

Kaliski 2.jpgLa force des perdant(e)s est là, en transit parfois - à la fin de sa vie - sur des supports humbles (barquettes alimentaires, boîtes de sardines, sous-bocks, feuilles d’arbres, boîtes de camembert, cailloux, écorces d’avocat). Comme chez Kiki Smith, Louise Bourgeois ou Nancy Spero la femme se rebiffe là où les inadvertances ou plutôt les exubérances du coeur et ses couleurs jaillissent de manière viscérale et intense. Rarement les pulsations de la vie ont été dessinées d'une telle façon. C'est aussi clair que mystérieux là où le regardeur ne peut que ressortir abasourdi est sonné.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sarah Kaliski, Exposition, Loeve & Co, Paris du 7 au 21 novembre 2019

Tania Franco Klein : les solitaires absolues

Klein 2.pngTania Franco Klein mêle les éléments de sa psyché personnelle au quotidien d'une société (américaine) qu'elle revisite loin d'un brouet dispendieux qui ramènerait l'image à de l'autofiction. Se pénètre un monde de solitude absolue dans un monde où en théorie tout est fait pour le plaisir.

 

Klein.pngEn conséquence l’érotisme se transforme en un ésotérisme fractal. Il donne à l’intimité une face nouvelle. A travers elle la photographe ouvre des interrogations là où elle feint d’offrir que des états de constatation. L'artiste scénarise des instants qui ramène à un présent collectif et comme privé d'avenir dans lequel la question de l’identité reste une énigme.

Klein 3.pngNe sortant jamais du contexte de la quotidienneté le livre dans sa propension onirique devient une spéculation. Il permet de retrouver l’être profond voué à une attente perpétuelle. Se saisit ce qui se dérobe, se suspend voire se détruit là où n'existe même plus d’appel à l’autre comme complément de l'identité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Tania Franco Klein, "Positive Disintegration", (Limited Edition 500 copies), 2019, 240 E., voir site de l'artiste