gruyeresuisse

29/03/2021

Lévitations de Mayumi Hosokura

Hosokura 2.jpgPour la photographe Mayumi Hosokura l’acte photographique est éminemment musical. Pour preuve et selon elle, Irma Blank "chante"  un alphabet de couleurs et Yves Klein composait une symphonie monotone. Ce  langage chromatique qui est celui de l'émotion pour Hosokura passe ici par une base bleue en accord avec Kyoto, ville spirituelle pour la créatrice.
 
Hosokura.jpgD'où cette déambulation là où temples et rites se fondent aux avenues illuminées. Il y a de beaux visages féminins, des textures, les pétales blancs sur l’eau, des ombres dansent et miroitent sur les murs, des feuillages, des poissons créent des confusions poétiques. Comme chez Baudelaire les sons et les parfums se répondent dans des harmonies du soir.
 
 
Hosokura3.jpgPour les clichés suspendus et comme en lévitation de la photographe japonaise, l'association de deux qualités de papier crée la légèreté et l'intimité du livre. Construit sur une courte palette se dégage une forme d’aura. Face à l’agitation d’une ville saisie comme à rebours de ses convulsions, en de telles compositions silencieuses  le bleu devient une symphonie.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Mayumi Hosokura, "Kyoto", coll « Fashion Eye »; Éditions Louis Vuitton, 2021.

28/03/2021

Las Vegas Parano - Vicky Martin

Vicky 2.jpgCette série conceptuelle de photographies  est inspirée par Alice au Pays des Merveilles. Immergée dans un monde imaginaire, l'héroïne montrait son courage et sa force en étant capable de naviguer avec succès à travers un pays fantastique.  Mais dans le Nevada et plus particulièrement à Las Vegas  - des magies inspirées par Carroll il ne reste que des machineries dérisoires. Le pays des merveilles moderne est donc un ersatz.
 
 
Vicky.jpgLa photographe s'est identifiée  au thème de la non-appartenance qui figure en bonne place dans le récit d’Alice. Alice, est  ici  accompagnée du lapin blanc de Lewis Carroll. Il permet à Alice de se faire passer pour deux personnes. L’idée d’Alice projetant certaines de ses propres pensées et sentiments sur une autre personne est donc la base du jeu entre les deux héroïnes de Martin. et ce  pour qu'à la fin Alice trouve le courage de devenir elle-même.
 
Vicky 3.jpgCertes l'aujourd'hui des oripeaux de Las Vegas ne sont plus là que pour offrir des Paques amnésiques mais la dulie séculière se hâte d'enlacer à sa plainte une autre musique là où Alice et le lapin blanc reflètent le conflit qu’un individu ressent lorsqu’il quitte la sécurité et le confort de l’enfance pour la pression et à l’angoisse d’être un adulte.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Vicky Martin,  "Curiouser and Curiouser", 2021, L'oeil de la Photographie.
 

26/03/2021

Antoine Martin : éther-nité

Martin.jpgAntoine Martin, "Flugzeug" Xippas, Genève,  du 18 mars au 10 avril 2021.
 
Les pièces d’Antoine Martin faites de câble, de toiles sous-tendues par des structures de bois contreplaqué restent toujours un appel à un envol, à une sorte d'éther-nité. Tout se joue dans un dégradé et des camaïeux de blanc ou plutôt de ce que l'anglais nomme le "blank - à savoir une absence de couleur.
 
Existe dans cette architecture  le souvenir du père de l'artiste , passionné d’aéronefs et rescapé d’une grave chute avec son planeur. Le critique Joseph Farine y voit un rapprochement avec l'oeuvre de Beuys induite elle aussi  à l'origine par un accident. Mais avec Antoine Martin  la volonté de rédemption dans le souvenir paternel, est bien plus efficiente que celle de l'Allemand dont le radicalisme d'origine a fini par se perdre dans les pages désormais tournées de l'histoire de l'art. Chez Martin l'oeuvre tient, se tend non sans la volonté d'une beauté nouvelle qui permet au rêve d'ouvrir ses ailes sans tourner le dos à la réalité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret