gruyeresuisse

16/03/2022

Ariane Blanc-Quenon : haute couture

Blanc Quenon 3.jpgD'origine belge, née à Kinshasa. Ariane Blanc-Quenon s'est installée définitivement il y a très longtemps à Baulmes (Suisse). Elle suivit une formation professionnelle aux Beaux-Arts et au Conservatoire de Genève. Passionnée du travail graphique sur papier calque, elle pratique dessin, écriture et se révèle graveur d'exception.
 
 
 
Blanc Quenon.jpgElle illustre de façon poétique une ivresse horticole en métamorphosant les herbes folles selon un arrangement adéquat. Se dégage, à la frontière des images et du dialogue le jeu des formes selon les conventions de la créatrice en ses imbrications ingénieuses, drôles, pénétrantes, capables de suggérer le trouble des apparences d’un monde en dentelle.  .
 
 
Blanc Quenon 2.jpgLes visions jouent sur l’ambiguïté des fleurs,  fantômes bien vivants à l'incontournable présence. Le statique des "poses" catalyse une force et un mouvement des lignes. Isolées ou en groupes de telles fleurs hantent le monde des vivants non sans facétie et malice.  L'artiste a compris que la gravure lorsqu'elle est poussée comme ici à sa perfection permet d'obtenir l'œuvre idéale comparable à celle du tailleur de Beckett. Devant ce client qui se plaignait de sa lenteur, le couturier lui répliqua : « Tu as vu le monde ? Et regarde ton pantalon ».
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Bave, harde, âge

Mel Donohoe.jpgToute joie de vivre tient dans le jeu intérieur entre un mal et un bien. Les deux se résument à n’être que cela :  à savoir d'être humain. Entre maladie et guérison l'objectif consiste à aller toujours au-delà, en avant et dans le plaisir d'une langue qui apaise et aiguise la peur de l'inconnu. Il faut qu'elle dépasse notre entendement, qu'elle nous prenne de vitesse. Au besoin qu'elle nous fasse honte. Il est bon d'y rougir en humble laboureur. Et qu'au bout du champ nous soyons désœuvrés et contraints par une mixture triturée, tiraillée avec cette impression de se sentir étranger à ce que nous venons d'écrire. Non ce ne peut-être plus nous, nous nous dépossédons avec la satisfaction de nous livrer une sorte de folie. Qu'importe la mansuétude des compréhensifs et de ceux qui n'y entravent pas grand chose. Il n'y a rien à revendiquer mais il faut que ça s’écrive pour l’au-delà et l’en-deçà de la vie. La voici traversée par la jouissance d’un dire qui ne peut déboucher que sur le manque ou le vide au fil d’une narration qui ne cesse de partir à vau-l’eau. La longue marche de l'écriture se nourrit de la perte des repères psychiques en fixant les cailloux du sol  jusqu’à ce qu’ils s’animent. Trop peu encore atteignent cet effarement. Si nous l'atteignons un jour comment nous plaindre du reste ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Photo Mel Donohoe

15/03/2022

Quentin Lefranc : situations

Lefranc.jpgQuentin Lefranc, "Amorce(s)", Galerie Joy de Rouvre, Genève, du 25 mars au 7 mai 2022

Conçue comme un lieu d’étude, l’architecture sert de cadre, de territoire, de terrain de jeu aux propositions de Quentin Lefranc. Son travail est avant tout tourné vers une pensée de l’espace, sur ce qu’il le définit et sur ce qu’il détermine. L’histoire de ces formes, à travers la sculpture, la peinture, l’architecture, lui permet d’entremêler les scénarios et de questionner certaines situations.

Lefranc 2.jpgLa matérialité n’est pour Quentin Lefranc importante que dans la mesure où elle s’inscrit en regard de l’espace qui la reçoit et avec laquelle elle fonctionne. L’essentiel est comment la pièce travaille avec son environnement, par des jeux de reflet qui créent des obstacles, en perturbe la circulation.

Lefranc 3.jpgCe développement autour de l’œuvre emmène le créateur à jouer avec ces limites et d’être au-delà de l’objet de l’œuvre. Le tout à travers un travail préparatif de  maquette qui prélude aux installations. Certaines formes sont récurrentes dans une pratique qui relève d’un réseau. Le tout inspiré par les prestations de Claude Rutault, Peter Downsbrough et Martha Wilson. Le créateur sait que la pertinence de l’œuvre installée dans l’espace ne tient finalement pas à grand-chose et tolère peu  de compromis. 

Jean-Paul Gavard-Perret