gruyeresuisse

23/06/2018

« Percorpsions » d’Anne Sylvie Henchoz

Henchoz 2.jpgAnne Sylvie Henchoz , « Don’t forget to touch me », TSAR Editions, Vevey, 2018.

Ce livre scénarisé habilement par Marietta Eugster rassemble une suite d’invitations et de scénarios pour de futures performances. Celle qui donne le titre du livre est elle-même un corpus de corps pour des pièces chorégraphiées. Danseurs et musiciens en sont les instruments de percussion puisqu’ils utilisent les corps des uns et des autres afin de produire des rythmes aux sonorités dures ou douces créées par la chair ou les os. L’ensemble devient une forme de cérémonial sonore et optique.

Henchoz.pngAnne-Sylvie Henchoz crée un body-art d’une nouvelle facture : le corps n’est plus seulement objet mais sujet. Il trouve dans un tel rituel une forme d’accomplissement quasi spirituel. Se créent des variations autour d'un thème pictural et sonore qui se développent entre continuité et variation. Par ce jeu physique le "réalisme" se transforme en un univers fabuleux. Il s'ouvre même jusque dans son "épaisseur" à une fonction onirique afin d'atteindre la musique des éthers. Elle donne une éternité provisoire à la langue plastique en court-circuitant les chemins habituels de l'instrumentation.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/06/2018

Johanna Simon-Deblon : autoportraits (enfin presque)

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Photographe de mode indépendante, Johanna Simon-Deblon poursuit en parallèle des séries plus intimes. « 13 » en fait partie et se compose en majorité d’autoportraits d’un genre particulier car partiellement cachés : l’identité et la féminité y sont interrogées dans le passage de l’adolescence vers l’âge adulte.

 

 

 

 

 

johanna-simon-deblon 2.jpgL’artiste propose pour suggérer l’ambiguïté et l’incertitude de l’accession à soi une symbolique (fleur/femme, images claires / images sombres) où tout s’organise entre tension et douceur. Existent à la fois humour et gravité, légèreté et profondeur.

 

 

johanna-simon-deblon 3.jpgDans la suite de la série « Split » ; « 13 » prolonge le jeu entre ce qui se donne et ce qui demeure caché. L’autofiction prend l’aspect du dédoublement de la propre image de l’artiste. Preuve que le « je » peut-être aussi un autre. Fixant l’intime de la post puberté l’artiste joue aussi sur le passage des saisons afin de renouer avec la question du cycle féminin - visualisé parfois sous l’angle du sang ou de sa couleur qui tranche sur une pâleur habilement programmée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Johanna Simon-Deblon, Abbaye de Tonnerre, du 22 juin au 30 juillet 2018.

21/06/2018

Just Loomis : derrière le rideau

Loomis 2.pngNé en 1957 au Nevada, Just Loomis a commencé sa carrière à Milan en 1983. L’éditeur et galeriste Sozzani lui confie sa première histoire de la mode pour « Vogue Sposa ». L’artiste découvre le monde du « back stage » et la révélation des secrets de la beauté. Il saisit les modèles non en pose mais lorsqu’elles se préparent afin de capter la beauté en "fermentation".

Loomis.pngLoomis quitte ensuite l’Italie pour New York où il travaille de manière régulière pour « Harper’s Bazaar » et « New York Times magazine ». En parallèle il poursuit un travail personnel. Ce nouveau livre (impressionnant) devient une sorte de monographie de ses travaux majeurs. Le monde de la mode se transforme soudain en secrets aux couleurs intenses venues d'un surgissement intempestif. L'image crée un seuil visuel particulier et permet de franchir un miroir. Des flammes restent de glace mais des neiges se transforment en brasier. Des fragments d’éphémère permettent d’imaginer. Beaucoup.

Jean-Paul Gavard-Perret

Just Loomis, « Backstage », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 28 p., 50 E.