gruyeresuisse

02/01/2019

Rêveries du promeneur non solitaire : Alain Nahum

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La fascination de Nahum pour la notion de trace dans "le coeur de la ville" (Baudelaire) est révélatrice de son travail. Le promeneur ne rêve pas, il est attentif à tout ce qui fait signe, revient éventuellement sur ses pas, capte avec son appareil photo moins pour montrer que pour nous apprendre à voir. C'est lors d’un voyage en 2014 qu'il découvre Tokyo. Il est fasciné par la beauté énigmatique des visages et l’élégance des corps, il observe les passants qui demeurent pour lui impénétrables, énigmatiques.

Nahum 3.jpgPour saisir ce « peuple-photographe » et faire ressurgir son mystère il se veut ni spectateur, ni témoin mais créateur de regards croisés entre deux continents. Se mêlant à la foule il choisit de photographier "à hauteur des visages" sans " jamais cadrer en mettant l’œil dans le viseur" afin de rester en contact avec le regard de l'autre.

Nahum 2.jpgL’arrêt sur image est remplacé par un "arrêt par l’image" à l'instant de la rencontre avec l'inattendu qui devient une évidence. Jaillit chaque fois de l'insolite là où ce qui reste hors cadre devient une diégèse. Elle nourrit l'évidence. Une émotion soudaine frappe soudain. Nahum fait passer de l’ordre du dehors  au désordre du dedans et vice-versa. Ce qui s’inscrit n’est plus de l’ordre de la représentation mais de la présentation à laquelle il faut se confronter avec empathie afin de comprendre ce que ça cache.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alain Nahum, "Tokyo Eyes" avec les Firebox de Richer Meier, Halle Saint Pierre, janvier 2019.

 

Personnages en quête d'hauteur - David LaChapelle

LaChapelle 3.jpgDepuis les premières commandes pour Andy Warhol en tant que photographe portraitiste pour son magazine "Interview", LaChapelle représente souvent des personnalités de la culture contemporaine. L'exposition révèle la dernière séance avec Andy Warhol et une anthologie hybride de stars tels que Elton John, David Bowie , Faye Dunaway, Dolly Parton, Amy Winehouse, Michael Jackson, Hillary Clinton.

 

LaChapelle2.jpgLes photographies sélectionnées montrent à la fois les célébrités à des moments précis de leur carrière et nourrissent notre curiosité de voyeur face aux personnages médiatiques. LaChapelle devient l'archiviste d'une histoire médiatique qui n'existe que de manière iconoclaste. Chaque star est livrée à la réinterprétation de l'artiste et souvent de manière corrosive.

 

 

 

 

LaChapelle.jpgSous la mise en scène monte l'apparition d'une vérité que les modèles ne voulaient pas forcément donner mais qu'ils ont accepté eu égard à la notoriété de l'artiste. Rien de forcément flatteur à travers des figures emblématiques détournées ou trafiquées (sauf Warhol le mentor). La signification de chaque portrait devient celle d’un anti-monument. Il n'est pas monté sur une stèle qui viendrait célébrer une histoire définitive. Si bien que de telles images de modèles disparates semblent avoir été créées à l'insu de leur plein gré.

Jean-Paul Gavard-Perret

David LaChapelle, "M’aimeras-tu encore demain?", Statey Wise Gallery,N-Y, jusqu'au 2 mars 2019.

01/01/2019

Maïa Mazaurette : sans y toucher - enfin presque

Mazaurette.jpgEtre seulement créatrice de tendance à la mode, Maïa Mazaurette - journaliste, blogueuse er romancière - ne s'en contente pas. Son job c'est pas de déshabiller seulement les corps mais de les faire désirer et jouir comme il faut. Coeur avec. L'objectif reste aussi  de secouer le cerveau, de démonter des gueule à l'amour, pour apprendre un peu plus d'égoïsme chez les femmes et un plus d'attention au plaisir de sa partenaire chez les hommes Et pas seulement les jours de fête.

Mazaurette 3.jpgChacun y gagnera. Jusqu'à la planète elle-même. A sa manière l'auteure impertinente est une Anaïs Nin. Elle se moque des tabous, joue des stéréotypes, les exhibants pour rebondir dessus. Elle rappelle que le désir se traverse et que l'amour lui même n'existe que s'il devient "l'âme à tiers" (Lacan)?  Bref, avec un peu de sagesse nous pouvons nous affranchir de tout - pour peu que l'amour soit sale et non un sale amour.

Mazaurette 2.jpgMaïa Mazaurette fait préférer le salace de fruits verts ou mûrs aux salages des interdits. Elle fait briller le dessous des carapaces: chacun chacune lui en rendent grâce et rêvent de se retrouver phagocytés par des baisers empoisonnés qu'une goutte de Chanel fait instiller avant de redevenir poussière et foutre désséché. L'amazone est plus déesse que sorcière. S'affranhissant de tout et avec le temps, elle sait que le plus important dans la vie ( avec le sexe et la tomate mozzarella ) demeure  d'assumer tout et d'être bienveillant avec toutes. Ce qui demande néanmoins un peu de technique kinesthésique.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Voir ses différents blogs sur Internet)