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25/01/2018

Camille Sanson : maternité

Sanson.jpgLa femme dans l’œuvre de Camille Sanson est ouverte à la mort, au supplice, mais aussi à la joie et la vie dont elle est la porteuse. Douloureuse et heureuse elle paraît ici dans une lumière voilée presque « divine ». Mais son immense alléluia semble se perdre dans le silence sans fin. La photographe néo-zélandaise basée à Londres a travaillé dans les domaines de la photographie de mode, du portrait et de la nature morte. Mais sa série « Absolution » devient un moment important.

Sanson 2.jpgElle crée un mouvement de balancier entre la vie et la mort au moment où l’artiste était enceinte puis mère lorsqu’elle créa sa série. Elle y met en images les affres, les peurs et le lâcher prise qu'elle-même vécut comme beaucoup de nouvelles mères. L’artiste s’est approchée au plus près de ses affects pour mettre à nue « la douleur collective à la source du féminin ». La maternité « expose » donc la part obscure de l’être lié à la gestation et la naissance.

Sanson 3.jpgL’artiste en figure divers état selon des visions aimantées par un objectif : « inspirer les femmes souffrant de problèmes de santé mentale à chercher à guérir en abordant leurs peurs subconscientes et en approfondissant le lien avec leurs zones d’ombre. » Et Camille Sanson d’ajouter : « c’est essentiel si nous voulons savoir une vie plus heureuse lorsque nous amenons de nouvelles âmes dans ce monde, afin d'éviter de transmettre nos propres problèmes à nos enfants et de perpétuer en eux des schémas inconscients. » A ce titre les mâles eux-mêmes peuvent y découvrir des mystères et faire un progrès dans leur rapport à leur compagne, à eux-mêmes et leurs progénitures.

Jean-Paul Gavard-Perret

Camille Sanson, « Absolution », Herrick Gallery, Londres du 29 janvier au 3 février 2018

 

24/01/2018

Leah Schrager : l’ « extime » de l’intime

Schrager.jpgReine de Tumblr et d’Instagram, star de la webcam, Leah Schrager se revendique comme artiste et modèle d’une réalité revisitée par la modification qu’elle opère sur l’exhibitionniste ambiant. Dans l’exposition intitulée « Women artists 2.0 », elle renverse et questionne les stéréotypes de l’éros avec son point de vue sur la sexualité et l’identité féminine à l’heure du numérique.

Schrager 2.jpgAvec humour, drôlerie et fausse ostentation, Leah Schrager se joue du regard masculin : la séduction du corps féminin est caviardée selon divers processus de découpes et de recouvrements: la feinte d’exhibition ouvre à un autre regard. L’artiste reprend numériquement et plastiquement des images d’elle-même diffusées en ligne. Le selfie s’y transfigure de manière ludique et s’oppose à l’attente des hommes qu’ils soient producteurs ou consommateurs d’images.

Schrager 3.jpgC’est une manière de reconsidérer l’intime qui, selon Saint Augustin, est si consubstantiel à soi qu’il n’est connu que par Dieu et donc inaccessible. La créatrice s’en empare et devient déesse à la place de ce dieu (construction masculine). La pratique de soi appartient soudain non au confessionnal d’une femme qui aurait (depuis Eve la première d’entre elles) une faute à expier. L’artiste n’est ni soumise ni offerte au désir masculin. Sa chambre intime prend ainsi une autre figure. Elle ne répond plus(ou mal) à l’attente masculine.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leah Schrager, « Virtual Normality : Women Net Artists 2.0 », Museum der bildenden Künste, Leipzig, du 12 janvier au 8 avril 2018

23/01/2018

Des noirs desseins aux dessins noirs : Martial Leiter

Leiter bon.jpgMartial Leiter, « Vertiges »,  (exposition et catalogue), Espace Nicolas Schilling et Galerie, Neuchatel, 27 janvier au 23 mars 2018.

 

Né en 1952 dans le canton de Neuchâtel Martial Leiter est touché - pour ce qui va devenir son art (le dessin) - par le journal Pilote et les reproductions d’art du Grand Larousse. Il est attiré par les gravures de Picasso et Chagall pour leur «côté sombre et charbonneux». Ses premières œuvres vont s’en ressentir : « sa » Joconde ne sourit plus du tout. Derrière masque à gaz; elle est perdue en un fouillis de traits noirs. Tout en suivant un cours de dessin par correspondance, le jeune homme fait donc une formation de dessinateur de machines. Mais il se consacre peu à peu à son œuvre. Elle évolue progressivement mais le chaos n’est jamais loin. Le dessin demeure sombre et ténébreux.

Leiter 3.jpgDans sa jeunesse ses dessins publiés dans des journaux suisses ne sont pas toujours du goût (euphémisme) des politiques et des rédacteurs en chef. Comme par exemple lorsqu’il transforme les militaires helvétiques sous forme d’une foule de mouches saluant la tapette à mouche. En France il est mieux reçu et il tient longtemps une tribune hebdomadaire dans Le Monde sur l’actualité économique traitée en un mode comique sans concession moins loin de la simple caricature. Les dessins en noir sont deviennent l'écho de desseins noirs. 

Leiter 2.jpgLe monde Selon Leiter devient une trame de treillis, filets, toiles d’araignée qui mettent le monde sous cage. A côté des dessins de presse, l’artiste développe un autre versant qui va prendre presque toute la place. Le souffle de la nature vient délivrer le monde glauque dans un art proche de la peinture chinoise. Mais ces deux pans ne sont pas forcément antagonistes. La relation est subtile : l’artiste voue un culte aux ombres et fantômes qui hantent les lieux, les rendent vivants et impriment «la grande peur de la montagne » chère à Ramuz. L’Eiger est souvent présent dans cette œuvre des plus originales. On est aussi éloigné des petits « miquets » que des « beaux-arts ». L’œuvre à sa manière devient de la poésie pure par son étanchéité aux genres et écoles.

Jean-Paul Gavard-Perret