gruyeresuisse

27/04/2018

Katharina Mayer : familles je vous aime - enfin presque

Mayer 3.jpgKatharina Mayer, “Familienbande”, Fotohof, Salzburg, 151 p., 2018.

Katharina Mayer cultive une appétence pour les grandes familles. Elle ne cesse de les présenter en groupes et sur une ligne subtile entre document et photo d’art. La frontière est volontairement floue. Il existe là un humour corrosif sous l’apparente impeccabilité. Positions, postures, perspectives sont inhabituelles. Et la présence du décor et des accessoires n’a rien d’anodine.

Mayer 2.jpgChaque cliché devient une mise en scène aussi réaliste qu’énigmatique voire parfois surréaliste. Enracinées mais voulant se priver de re-pères et de mère glaise ces photos dans leur fixité troublent l’espace « officiel » afin de prouver combien il « ment ». Elles nous font de l’œil en nous transformant un voyeur de ce qui échappe à des modèles consentants apparemment fiers et rassurés (ou complices) d’être ainsi exhibés.

Mayer.jpgChaque portrait propose des routes innombrables là où sous le manteau la photographe semble dire : « Famille je vous ai, famille je vous hais ». Les corps en témoignent. L’homme est là, phallique ou en embuscade. La femme doit remonter à l’air libre pour n’être plus noyée. Katharina Mayer saisit le suspens de telles théâtralités. Elle y introduit le doute par ce qu’elle colonise en sa recomposition et sa narration.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/04/2018

Ray Mendoza : du renouveau métaphorique

Mendoza 3.jpgPrises à la « plage pour chiens » du Fort DeSoto Park à St-Petersburg (Floride), les photographies de la série « Dog Beach » font partie de "Cats and Dogs". Dans cette exposition présentée par le photographe, Tony Mendoza a transformé son Teckel Bob en star au milieu d’autres « acteurs » improvisés.

mendoza 2.jpgAfin de jouer les intellos nous dirons que de tels toutous renvoient à une sorte de premier temps de la métaphore: à savoir lorsqu'elle devient "l’acte d’instauration du sujet" selon Lacan… Mais - et plus sérieusement - le photographe sort la plage, ses plaisirs et ses dangers du jeu de la représentation traditionnelle en créant un imaginaire qui écarte d'une jouissance du réel telle qu'habituellement elle est proposée.

Mendoza.jpgAux vues de plages avec naïades affriolantes et Adam aux corps d'éphèbes Tony Mendoza préfère ce renouveau métaphorique avec - incidemment - des modulations "érotiques" et drôles. La magie impeccable du langage des images donne aux émois canins une vision grotesque ou iconoclaste non de qui ils sont mais de quoi nous sommes "faits". Sous le joug bienfaiteur de l’humour les dérives océanes prennent des allures de romans courtois ou de films d’épouvantes au sein d’une chienne de vie et de ses os à ronger.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tony Mendoza, “Cats and Dogs”, Lee Marks Fine Art, Shelbyville, Indiana. Du 16 mars au 10 juin 2018

25/04/2018

Théâtralités et curiosités esthétiques de Guillaume Pilet

Pillet.jpgGuillaume Pilet, « My Life as a Parade », Galerie Joy de Rouvre, Genève et « I was born to be dramatic », Editions du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2017

Guillaume Pilet est un artiste multi-médiums qui explore à travers eux les potentialités de l’abstraction comme des formes plus anciennes (avec des références à l’art populaire, primitif ou brut), de reprises en reprises. Néanmoins la peinture demeure au centre de sa pratique car plus qu’ailleurs il est question ici du retour à l’essentiel : se confronter à la surface la plus simple afin de l’animer par la fixité de la matière.

pILLET 2.pngUn tel geste apparemment simple est toujours à reprendre. L’installation, la performance, la céramique, la vidéo sont un moyen de prolonger ce geste par delà la figuration en deux dimensions. Mais l’artiste revient toujours au geste fondamental en dépit d'envies et d'intérêts primesautiers.

D’année en année, le travail devient de plus en plus ambitieux. L’humour perdure car c’est là le moyen de créer une distance naturelle avec une pratique et d’en proposer une critique en acte à mesure que les formes qui se précisent créent en une remise en question des processus de création. Mêlant ce qu’on nomme hâtivement le beau et le laid, la haute peinture et l’art vernaculaire Pilet crée des décalages, ouvre des portes - au besoin en trompe l’œil – si bien que  lorsqu’on croit les franchir, on va droit dans le mur. A chaque regardeur toutefois de trouver son chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18:07 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)