gruyeresuisse

02/12/2019

François Burland et les innocents

Burland.jpgFrançois Burland - "oeuvres sur papier", Galerie LigneTreize, Genève Carouge, du 7 au 22 décembre 2019.

 

Influencé par les fresques de Giotto, Fra Angelico comme par le  «Massacre des Innocents» de Poussin, François Burland a choisi le collage en découpant des images des grands maîtres comme d'une certaine actualité afin de les recomposer : des aéronefs planent au milieu des anges et le premier cosmonaute (Youri Gagarine) - au besoin - protège l’enfant Jésus.

Burland 2.pngLes symboles communistes jouxtent Captain America. De telles références,  on s’en doute,  sembleront à plus d’un intempestives. Mais c’est le moyen de secouer autant le monde des images que les consciences. C'est aussi une manière de sacrifier les images naïves de l’évènement à une vision plus coruscante et à la violence sourde adaptée à un monde en bouleversements.

 

Burland 3.pngLes créations ne sont pas de simples fenêtres ouvertes sur le monde. Leur découpe renvoie à une obscurité par la luminosité et aussi un humour certain. La création devient même le lieu d’un rite de passage où tout s’inverse. Les œuvres sont des fables de situations anachroniques qui - reprises - brisent notre façon de voir et de penser. Elles sont ni le propre ni le figuré mais une zone où l'émotion crée moins le songe que la méditation. Là où les apparences sont mangées jaillit une poésie plastique forte en émulsions critiques.

Jean-Paul Gavard-Perret

Le ductile et le délicat : Isabelle Battolla

Battolla.pngLa céramique peu devenir la musique du silence. Que se passe-t-il dans l'état d'union de ces deux éléments ? Y a-t-il une vie en gestation ? Comment peut-on la qualifier ? Le volume est uni à la surface par l'enduit qui le recouvre. Pourquoi les séparer ou pourquoi les unir ? Un peu comme dans les Romances sans paroles de Mendelssohn où les sons restent parfois porteurs de douceur qu'ils retiennent, mais parfois forts, comme des pointes dont l’intensité accapare, déborde.

 

Battolla 2.pngIsabelle Battolla propose une insistance et une délicatesse : la première sert afin que la seconde ait tous ses attributs qui permettent de répondre à la question : Pourquoi la ligne vole ? Mais chez la créatrice elle ne s'érige pas comme chez Chagall qui - lui - voulait tout renvoyer à une mystique évanescente. La matière ramène ici au domaine physique même si elle nourrit des voyages mystérieux de l'imaginaire.

Battolla 3.pngL'image invente une autre emprise mais tout aussi opposée à celle qui se passe dans le domaine sexuel - même si ce dernier n'est pas totalement absent d'un tel univers des formes. Attente et espérance sont proches l'une de l'autre. Avec des volumes gorgés de secrets. La Genevoise en reste l'ordonnatrice. Il faudrait la saisir en ces moments préparatoires pour voir comment tout cela se fabrique. Mais que verrait-on au juste ? Les formes ondulent parfois pour fermer, retenir. Mais pour ouvrir aussi. Cela donne la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Battolla, espace Ruine, Genève, 11-15 décembre 2019.

 

30/11/2019

Karine Bauzin : une certaine légèreté des êtres

Bauzin.pngEntre l’idéal et le réel, entre l’imagination et la sensation, Karine Bauzin crée comme unique point de jonction du monde des morceaux de réalité qui deviennent symboles et substances non sans alacrité là où surgit l'exaltation de l'éphémère. Il se savoure par découpes selon des capitonnages et beaucoup d'humour.

Bauzin 2.pngPhotographe de presse, depuis plusieurs années la créatrice collabore à divers magazines suisses et internationaux. Elle a publié deux ouvrages : avec Thierry Ott "Un jour, tout bascule…" (Editions du Tricorne) et avec Marie-Claire Lescaze: "Portraits-ge.ch" ( Editions Slatkine).  Sa rencontre avec  Raymond Depardon la poussa vers la presse et le reportage social. Mais elle ne se contente pas de témoigner : elle cherche toujours à repérer les signes d’absurdité ou de poésie dans la vie quotidienne.

Bauzin 3.jpgDe telles narrations restent toujours enjouées dans divers univers et avec des formats souvent originaux. Ils décalent la réalité vers un ailleurs, mais ici-même. Karine Buzin prouve qu'une simple image n'est jamais simple. Avec précision elle s’en amuse néanmoins en scénarisant et en inventant un nouveau moyen de la faire. Le corps s’élève dans des images qui semblent fuir. Familier - a priori - le corps reste étrange et étranger dans les interstices et les obstacles que l’artiste propose. Les coïncidences se défont mais les rêves s’enfilent dans des règles du jeu qui enjambent le mystère.

Jean-Paul Gavard-Perret