gruyeresuisse

02/07/2018

Clara Abi Nader : décalages et pas de côté

Nader.jpgLa libanaise Clara Abi Nader, par décalage géographique et culturel, en aménageant à Paris a trouvé un espace libre et plurivoque que traduisent ses images sur la matière brute de la réalité où les inserts phrastique ne traduisent pas directement ce qui est montré. C’est comme si une voix off perturbait le propos iconique.

Nader 2.jpgLa créatrice assujettie au guet, à l'inconstance de temps, se faufile à l'instinct dans la ville : rapide et lente, toujours sur le fil du rasoir elle garde un regard empreint de légèreté et de drôlerie. Son geste de prise n'approche rien d'établi, il mise sur l'occasionnel qui sert de tigelle de l'esprit et de l'affect.

Nader 3.jpgLe monde est pour elle un terrain de jeu mais de quête Si bien que l’effet de voyeurisme s’ouvre à une autre circulation : « Clara dans la rue » est donc l’état que l’auteur nomme « une collection de brèves de rue, fictives mais tirées du réel ». Existe donc un balancement perpétuel entre ces deux champs.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.instagram.com/claradanslarue/
La créatrice double sa série de petits tirages tamponnés avec le hashtag #claradanslarue, dans les parcs, bus, métro. Histoire de poursuivre ses histoires là même où elles ont été saisies.

01/07/2018

Drôles d’oiseaux mais pas que – Ruven Afanador

Afanor 2.jpgRuven Afanador explore de manière ludique et érotique un monde hispanisant eavec un humour qui fluidifie une certaine brutalité et pimente l’innocence (jouée) des Dulcinée du Toboso et d’hidalgos ambigus passablement toréadors. Surgit un monde onirique aux effigies et poses mystérieuses. Le corps est le dénominateur commun de scènes chorégraphiques. Celui des hommes devient une fleur, celui des femmes un volatile.

 

Afanor 3.jpgCela permet de présenter des images à la fois les plus anciennes et les plus neuves à travers certains outrages agencés de manière subtilement perverse. L’artiste rappelle ce qui unit et désunit le corps en refusant d’effacer ce que la vie sécrète et ce que la mort pourrait dissoudre au moment des corridas. Il faut donc accepter la confrontation avec la proximité outrageuse des tels oiseaux et fleurs. Reste leur « Passion » au sens christique mais détournée du terme.

Afanor.jpgEven Afanador ouvre à la béance oculaire. Les deux orbites "disent" la prise du spectateur dans un regard qui devient le confident d’opérations les plus secrètes soumises à des stéréotypes soudain sont renversés. Parfois au sein de la drôlerie une mélancolie transcendentale s'exprime. Elle semble de nature à traverser la vision du spectateur jusqu'à atteindre un arrière-oeil, un arrière monde : peut-être celui du royaume des légendes où comme Don Quichotte nous devenons chevaliers errants.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/06/2018

Alice de Kruijs ou le charme perturbant du portrait

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Alice de Kruijs ne cesse de chercher la beauté en dehors des canons classiques. Passionnée par l’Afrique elle construit un monde imaginaire à la fois conceptuel et symbolique où le féminin se démultiplie. Initiée par son père à la photographie, puis après avoir étudié la mode à la Fashion Academie d’Amsterdam et travaillé 10 ans dans ce domaine, elle a choisi de naviguer en solitaire.

 

 

 

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Le corps d’une femme aux forces obscures semble issu d’archétypes fétichistes pour se moquer de ceux que les hommes ont inventés pour elles de peur de n’être qu’un souffle provisoire, un courant d’air dans leur boîte crânienne et jusqu’aux orteils. La créatrice ne cesse donc de jouer des figurations qui dopent l’esprit en des images faussement votives.

 

 

 

 

Kruijs 3.jpgAlice de Kruijs transforme en gouffre optique sa déesse au crâne rasé. Nul folklore néanmoins en cet arsenal. Surgissent d'étranges icônes de notre civilisation occidentale. Fondées sur l'insolite chaque photographie permet d’entrer dans le domaine de l'insondable. Complexes et composites les portraits tiennent de l’histoire des Mystères du Moyen-âge comme de l’aventure plastique postmoderne. Se conjuguent diverses combinaisons et agglomérats de signes en leurs juxtapositions insolites qui mettent au défi les attentes visuelles.

Jean-Paul Gavard-Perret