gruyeresuisse

18/02/2021

Les petites amoureuses de Sophie Lucie Meier

Skimau bon.jpgSophie Lucie Meier s'amuse avec l'espace du livre - mais pas seulement - dans tout un jeu de positions et propositions. En instaurant l'instance du plaisir comme principe premier, les primesautières s'en donnent à corps joie. L’imaginaire plastique ne prêche pas forcément pour l'amour courtois mais pour une gymnastique qui déplace non seulement les lignes mais l'espace d'un livre qui en sa banquise ne laisse pas de glace.
 
Skimau 2.jpgEmerge l'impossibilité de l'improbable en des espaces vides ou des promontoires pour mieux percevoir les fantaisies qui s'y engagent. Mis en scène dans l'intimité de variations de jeux sexuels ou non, le corps se dresse sur son piédestal ou plonge, isolé ou à deux (c'est généralement plus agréable...) dans chaque page.
 
Skimau.jpgLa créatrice isole uniquement les personnages car la diégétique serait inutile voire superfétatoire. La blancheur devient l'abri de fortune à sinon un amour du moins un désir qui brûle comme des lunes.  Dans le glacier des pages s'instruit une chanson plastique bien douce de jeux et fragrances. Les découpes permettent de voyager dans l'espace qui annonce une sur-vie plus qu'une survivance.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
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Sophie Lucie Meier, Squimau, Voix Editions, 2021, non paginé.

Exercices d'ignorance de Richard Meier

Meier bon.jpgRichard Meier a beaucoup roulé sa bosse, il a beaucoup écrit et dessiné. Bref il a forcément appris. Mais si nous le croyons et là où le bat blesse, il n'aurait rien appris et rien retenu. L'avancement d'un tel leporello brouille les cartes dans ce que l'auteur nomme sa "traversée du Rubicon" qui permet "de visiter une berge que je tente d'atteindre".
 
Meier 2.jpgExiste un jeu entre le dehors et le dedans, avant que tout finisse dit l'auteur "à entrer en vous" pour que les mémoires finissent à "se retrouver  vierge comme un nouveau jour".  Ainsi le monde avance. Et l'oeuvre aussi.  Car plus le temps presse,  "le doute n'est pas de mise". C'est comme un "merde alors" adressé aux percolateurs de néant. Ici, la lettre prend racine dans l'image. L'inverse est vrai aussi. Il s'agit de faire sourdre ce qui fut, ce qui est, ce qui reste et même dans les possibilité d'erreur entre l'oeil et la bouche, les mots et les dessins.
 
Meier 3.jpgExistent du visuel et du lisible loin des messes câlines. Meier se plait à se perdre en ses jeux de dés et les dalles  de ses pages. Il devient le sale « ghost». Non sans malice tout dépote un maximum dans un tel jardin d’Eden du pote âgé dont les mots et les images ont des saveurs acides et colorées. Face aux gerbes zizaniques et aux outrages cathartiques il est demandé aux amateurs de romans noués à l’ancienne de passer outre. Il y a là du Raymond Roussel, du Michaux dans la folie chez celui qui propose au lecteur et regardeur de se perdre dans une abondance de notes et de  tablatures en tant que schémas forts.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Richard Meier, "Beaucoup entendu - rien compris", Editions Voix - Richard Meier, Leporello, février 2021.

17/02/2021

Quand le rideau se lève  - Claude Louis Combet

Combet bon.jpgSur "la lumière des tripes", Nomah lève le voile. Celui qui fut d'abord chirurgien, en entrant dans la peinture, a créé d'autres opérations - entendez ouvertures. Il s'est enfoncé en passant du rouge sang à "la blanche ouverture de l'être qui préside aux enfantements et aux figurations" pour de nouveaux accouchements.

 
Sans prétendre épuiser l'indistinction et le chaos, il accorde à l'"informe" ce que Louis-Combet nomme  "l'infinité des compositions de la vie" et ce pour permettre de rentrer davantage dans le rêve comme dans la profusion de la nuit originaire de l'être qui enveloppe la création et la protège.
 
Combet bon 2.jpgLa main de l'artiste prolonge celle du chirurgien pour compresser, ouvrir et mettre à nu l'énigme irrésolue de la vie.  Sortant de la fente, de l'interstice de l'horizon de chaque toile émane des "étendues plus sombres, moins éclatantes" qui laissent entendre néanmoins que l'existence l'emporte. Et c'est "comme tirer une âme de la constellation des organes" dans une reconquête. Que demander de plus à l'art ?
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Claude Louis-Combet, "Aube des chairs et viscères", Illustrations de Nomah, coll. Scalps, Fata Morgana, 2021, 56 p., 14 E.