gruyeresuisse

21/11/2018

Thomas Demand : visions d'ensemble et revue de détails

Demand bon.jpgPar tailles, découpes du réel et emprises sur le temps Thomas Demand crée des architectures poétiques et improbables. Les objets deviennent moins des prétextes que des puits sans fond. De là où « ça bringuebale » jaillissent des structures aussi impeccables que drôles  mais de manière insidieuse. Les carcasses de notre univers permet des chorégraphies colorées et vertigineuses.

Demand 2.jpgLes éléments du quotidien sont astucieusement scénarisés de manière minimaliste et subtile : éponge sur le bord d’une baignoire, gobelet coincé dans un grillage - mais ce ne sont là qu’une petite partie d’une œuvre protéiforme qui se caractérise par un style ou plutôt un langage totalement identifiable dans sa beauté particulière dénuée de toute affectation.

Demand 3.jpgCe qui est de l’ordre de la perte ou du reste permet à l’artiste de créer un monde en bascule entre réalisme et une forme d'onirisme du quotidien. En conséquence Thomas Demand est un des créateurs les plus saisissants de notre époque. La vie paradoxalement s’engouffre en ce travail non sans mystère et trouble. Et par exemple, la décantation des maquettes dépasse une simple expérience de pure reconstruction. Elle déplace le réel dans lequel l’humanité bascule pas à pas, pied à pied.

 Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Demand, « The Complete Papers », Mack Editions, Londres, 2018, 560 p., 60E...

 

16:25 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

20/11/2018

André Kasper : farces et attrapes

Kasper.JPGAndré Kasper, « peinture fraîche », Galerie Humus, Lausanne, du 30 novembre 2018 au 18 février 2019

André Kasper ne renonce en rien à ses longues déambulations. Mais pour son exposition chez Humus il a créé de petits formats : « ça me change, et en fait il est très stimulant de mettre en place une scène en quelques coups de brosse, sans ces heures d'enduit » voire d’ennui. Bref l’artiste feint le quasi-dilettantisme.

 

 

 

Kasper 2.JPGQu’on ne s’y trompe pas toutefois : Kasper retient et détourne l’essence des narrations picturales. Plutôt que de redéfinir ou de faire le point sur l’état de la peinture il le réinvente en des sortes de voyages mémoriels mais où l’histoire de l’art possède bien des trous (que le peintre est prêt à combler). A l’aide d’œuvres anciennes et de « choses vues » il dresse une symbiose entre son langage et divers contextes.

Kasper 3.JPGL’humour est là. Mais c’est chaque fois pour un double effet pervers : montrer ce que la peinture feint de cacher sous feinte de chasteté. Pour autant Kasper n’en fait pas une doxa. Nulle prétention dans ses revues de détails qui remettent non « les » mais « la » chose à sa place centrale. Qu’on le veuille ou non, elle permet au discours et à la vie de la peinture de se poursuivre au sein de ce qui est pris pour un labyrinthe optique mais qui permet de s’inscrire en faux contre l’idée que « l’art d’aimer reste introuvable ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Dewey Nicks : roue libre des froufrous

Nicks.jpgLe photographe américain Dewey Nicks a créé (pour des magazines de mode Vogue, Vanity Fair, etc) des photos énergisantes, libres, aux frontières de l'obscène mais sans les déborder. Son portfolio est riche des stars qui se sont prêtés à son jeu ; Cindy Crawford, Natalie Portman, Sofia Coppola, Patricia Arquette, Shalom Harlow et Cher entre autres.

 

 

Nicks 2.jpgRécemment il a sorti de ses archives (à savoir des boîtes à chaussures...) des centaines de polaroids qui étaient des préludes à ses travaux publicitaires ou de simples portraits de l'intime. Nicks y est donc plus libre que jamais. Il a choisi une centaine de ces oeuvres pour ce livre conçu avec son collaborateur et éditeur Ton Adler. Ces images parfois chimiquement ou techniquement imparfaites sont d'un naturel et d'une spontanéité rares.

Nicks 3.jpg

 

Il s'agit bien moins d'un mémoire du temps passé que d'un véritable "best of" du photographe. Les polaroids prouvent qu'il n'a jamais péché par excès de conformisme...Tout dans l’œuvre joue entre suspens et équilibre, renvoie le langage photographique à ses lisières. D’où la création d’une «archéologie» : l’énigme est reportée à une antériorité froufroutante. Elle confère une sorte d'innocence primitive au delà l'érotisme là où tout est rythme, jeu et fantaisie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Edité par T. Adler Books, Santa Barbara