gruyeresuisse

09/11/2020

Emilie Gafner : parti-pris des lieux

Gafner.jpgEmilie Gafner, après un diplôme en arts visuels (ECAV, EDHEA) la Suissesse s'est installée à Paris où elle travailla comme assistante mise en scène en cinéma tout en menant un travail artistique en photographie. A travers les années, elle a développé ses projets dans le domaine de l’image. Depuis 2017, elle vit à nouveau en Suisse.

Gafner2.jpgLa créatrice possède une manière particulière de consommer la lumière par l'art de l'ensemble et du détail.  Et ses éclairements ne sont évidemment pas de l’éclairage. La lumière «physique» est le signe d’une lumière intérieure. C’est inséparable, comme la forme spatiale qui n’est pas forme tout en étant une le demeure. Le regard est saisi par des jaillissements et tensions.

Gafner 3.jpgPar les propagations d’atmosphère nous percevons - même par fragments - l'étendue d'un espace. La notion de milieu devient perceptible. S’ensuit un plaisir intérieur d’être dans l’élément spatial. La relation au monde en est métamorphosée . Le regard devient comme l’espace: agent d’unité. Même si les lieux sont souvent rendus à leurs doutes. Ces derniers font partie du projet car ils éveillent le contact.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/11/2020

Christophe Maradan : La Notte

Marandon.jpgSensuelles, hantées, parfois festives (même si la soirée semble terminée) les images nocturnes de Christophe Maradan deviennent le fruit d'une mémoire troublée d'ambiances brumeuses dont on se souvient mal. De la nuit à la chambre obscure il n'y a qu'un pas. Il  permet à l'artiste de photographier en noir et blanc, et en argentique. "Ce n’est pas une question d’esthétisme, ni de qualité, encore moins une revendication. C’est ce que j’aime faire." écrit Maradan.


Marandon 2.jpgLa photographie est pour lui une question de composition, de lumière, d’émotions, et aussi une question de temps. Rapide pour la prise mais plus long ensuite. Car choisir le bon cliché ne suffit pas. Il faut lui donner son univers. C'est pourquoi le tirage photographique représente l’aboutissement du travail. Par lui se crée une vision, une interprétation là où la nuit remue.

Marandon 3.jpgCe processus est  de lenteur reste surtout un approfondissement. Là où la photographie ne cherche pas à singer la réalité entre sublimation et trash. Au sein d'ambiances plus noires que blanches et en s'approchant de celles qu'il saisit, l'artiste suisse crée un éloignement car rien n'est donné instantanément. Au voyeur de trouver la bonne distance. Là où l'objet du désir n'est pas à consommer. Il s'agit bien plus de comprendre ou d'imaginer ce qui lui arrive dans l'arbitraire des propositions érotisées du créateur. 

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.christophemaradan.ch/

 

06/11/2020

Antoine d'Agata et Francis Bacon : errance et persécution

dagata2.jpg"La première exposition de peintre que j’ai visitée est une rétrospective de Bacon au MoMA en 1989. Ce fut un choc dont je ne me suis toujours pas remis." écrit Antoine d'Agata. Et cette éditions rassemble 27 de ses photographies et 25 œuvres graphiques de Francis Bacon en un double livre qui établit un écho et un parallèle entre les deux. Ils peuvent ainsi se regarder en face à face pour créer un parfait dialogue.

dagata3.jpgChez Bacon, le corps est toujours souffrant dans sa viande torturée qui parfois est remplacée par celle de la bête soumis au martyr le tout entre horreur et compassion.

dagata.jpgEt d'Agata s'est immergé dans cet univers pour l'érotiser - même s'il l'était déjà - afin de le pousser à bout là où les êtres tentent seuls ou à deux de sacraliser non sans violence les affres de l'amour ou de la solitude.

Une certaine animalité des rapports sexuels est présente selon le "devenir chien" dont parlait Deleuze à propos de Bacon. Les partenaires semblent en lutte pour exister entre abus et consentement plus ou moins forcés et que souligne le texte de Perrine Le Querrec. Elle retrouve là des artistes qui lui sont chers ainsi que  des thèmes de prédilection : errance, marginalité; violence envers les femmes et prostitution.

Jean-Paul Gavard-Perret

The Eyes Publishing : Francis Bacon / Antoine d’Agata, Édition de Vincent Marcilhacy et Véronique Prugnaud, The Eyes Puvlishing, testes de Perrine Le Querrec et Léa Bismuth,, 2020, 96 p, 45 E.