gruyeresuisse

24/10/2021

Le poignard et l'amore

Jack.jpgKiller contemple la terre, voit au plus profond  de l'âme, devant lui le "je suis" d'âge en âge qui chuchote à voix basse telle une auréole de plus en plus rare. Il voit aussi des visages finS comme des flammes et aussi ceux d'en bas en mal d'aube et qui ne résistent pas. Brille le bombement de leurs cuisses cuirasses qui font lever un certain doigt. Aucun cri n'ajoute à la cruauté de la scène. Les filles de joie deviennent saintes aux longs cheveux, les yeux tournés vers la lumière. Elles s'abandonnent même lorsque leurs seins sont coupés par une lame tranchante.  Jack 2 bon.jpgDans un coin, des sœurs agenouillées récitent des prières. Et un secret s'apprête à rompre l'histoire sainte. C'est un saut vers l'autre monde par celui qui effectue celui de l'ange. Hors des flancs du melon les pépins sont ruisselants. Killer donne ainsi sa leçon de peinture qui chasse la vertu et combat l'insoumission des têtes indociles.  Beau sang coule à la nuit. File ainsi la sagesse quittant le secret abri de la fleur, jolie vraie fille de musique.  Au pinceau de silence, l'autre silence, figure de l'ouvert.  Longuement le Killer reste ensuite face à la mère. De son canotier il salue un marin qui passe sur elle et rentre son poignard que la besace embrasse, le sortant de la lumière qui aveugle. A la nuit de dedans murmure des mots perlés et les beaux secrets de l'invisible. Rien n'abrège l'espérance et l'orgueil. Vivre, se dit Killer, c'est un peu de bruit et de fureur histoire de nous regarder passer en noumènes et en exécuteur des heures.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

(Killer, suite) Oeuvres de Jacques Cauda.

23/10/2021

Que fait la peinture ?

Cauda bon 2.jpgDans le ciel d'orage de sa tête, Killer bute sur des ombres lascives, voluptueuses, obscènes. De tels fruits de la passion voguent en plumes de cabaret. Leurs ongles au rouge Chanel griffent celui qui sans craindre rien, trouble les silences, les peints en rouge et noir - avant ou après avoir rendue aux rondeurs les honneurs qui leur sont dues. Killer joue l' as assassin mais ses prétendues victimes rigolent bien.  Derrière la pose altière du sombre minotaure qui renverse les beautés sur des rocs, son acier trempé s'il a l'éclat du verre n'est fait que pour la gloire du ciel de lit des fleurs égarées au col rose sous manteau noir. Pour autant le magnanime, jambes lourdes, mains abimées par ses mises en abyme, invente en ses tableaux des apophtegmes persévérants. Preuve que l'art permet une vie singulière rythmée d'aiguilles d'horloges. Elles cliquètent aux fièvres des maisons closes ou ce qui en tient lien. Nul ne sait si l'on change les draps après, mais sur les toiles du Killer il s'agit de dessiner au-dessus des décombres des nuits visibles et de l'invisible mort. Chaque fois se dit l'artiste : "allez, encore un effort", là où sa carotte cuit au dedans de celles qui sentent en cette mouture monter non la moutarde au nez mais une joie promise. De telles natures rendent l'existence vive et le peintre en son humble bure de peau vive rend à de tels émois d'immortels échos. Ombres, velours et moires : tout est prêt pour un strip-tease qui n'est pas que de l'âme. Cauda bon.jpgCar dès que Killer s'installe la vie n'est pas ailleurs et des pipes se taillent. Elles rendent forcément toute parole improbable sauf à de quelques interjections en "oh" et "ah". Mais la main de Killer s'active, au fusain ou avec pinceaux et tubes. Il y a là un peu du bleu silence du Greco mais surtout des chairs roses en ces endroits où la chose se passe jusqu'au petit trépas. Devant les femmes le peintre et poète - hanté du poison doux de l'antre, jamais las du son des couleuvres qui s'avalent dans la pénombre, besogne. Des servantes au grand coeur dont il n'est pas jaloux, il déguste leurs volumineuses légumineuses et s'agrippe à leurs flancs de mercure. Rien ne peut s'écailler de peur ou d'inquiétude en ce qu'il crée. Le bel ouvrage ajoute au monde un dessein de cruelle beauté.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
(Killer, suite) Oeuvres de Jacques Cauda.

Abstraction et avant-garde - Hans Jörg Glattfelder

glatt.jpgH. J. Glattfelder , "Amarcord", Galerie St-Hilaire, Fribourg, du 6 novembre au 4 décembre 2021.
 
Né à Zurich,  Hans Jörg Glattfelder choisit d'interrompre ses études de droit, histoire de l'art et archéologie pour rejoindre en Sicile le centre du réformateur et militant non-violent Danilo Dolci, avant de s'établir à Florence en 1963. Il y débute sa carrière artistique dans la lignée des "Concrets Zürichois".  Ses "Reliefs à pyramides", oeuvres emblématiques associant art construit et Op Art l'inscrivent dans le mouvement artistique "nove tendencije". 1977 marque le début d'un nouveau processus créatif et la recherche par l'artiste d'un langage formel innovateur lié à ses réflexions sur  les notions d'espace-courbe et de géométrie non-euclidienne.
 
Glatt 2.jpgLe titre de l'exposition fait référence au film de Fellini "Amarcord" récit qui convoque souvenirs d'adolescence et fantaisies imaginaires du cinéaste italien. À l'époque où ce film est diffusé, Glattfelder vit et fait carrière en Italie et cinquante ans plus tard, la paroi murale créée à partir des combinaisons des "Permutazioni" et exécutée en 1970 à Rimini, est au cœur de l'exposition d'aujourd'hui. Elle rappelle un moment intense de son implication en tant qu'artiste dans une société en marche.
 
Glatt 3.jpegEn 1969, Glattfelder fait imprimer sur un papier volontairement ordinaire une série de feuilles carrées  toutes différentes et  divisées en 3 surfaces par une bande diagonale. Appliquées et collées directement sur le mur, niant par leur matérialité et leurs multiples combinaisons  la notion d'"œuvre d'art unique", ces feuilles se veulent à l'image d'une société sans hiérarchie.  Elles sont présentées dans l'exposition Amarcord avec l'esprit d'origine avec une série de dessins à la gouache sur papier sur des variations offertes par le motif de la grille. Sont visibles aussi un "relief à pyramides", caractéristiques des oeuvres de l'artiste  et une série de tableaux où l'artiste poursuit ses recherches de représentations et perceptions spatiales dans la lignée de ses "métaphores non-euclidiennes".
 
Jean-Paul Gavard-Perret