gruyeresuisse

07/11/2019

Marion Baruch l'attentive

Baruch.jpgMarion Baruch, "Résonances", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 16 novembre 2019 au 11 janvier 2020.

Pour sa seconde exposition personnelle à la galerie Laurence Bernard, Marion Baruch ouvre toujours son travail de poésie et d'interrogation dans une forme d'appréhension du vide par effets de subtils rehauts.

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C'est une manière d'aborder l'inconnu de l'ici même et de l'ici bas et leurs rivages que l'artiste aborde comme une exploratrice qui aperçoit une terra incognita. Elle cerne des horizons mystérieux, des "côtes" farouches mais parfois avenantes et hospitalières.

 

 

Baruch 3.pngL'artiste les atteint par penchant et par inspiration en une forme de sympathie avec tout ce qui reste. La découverte est au rendez-vous. Preuve que Marion Baruch reste une curieuse qui attend quelque chose sans raison raisonnable voire qui se jette dans le vide vers des ondes profondes et leurs échos accueillants.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/11/2019

Nathalie Bourdreux : l'oeil miroir

Boudreux.jpgDans la saisie - du et par le tableau - de l'oeil quelque chose se produit qui n'est pas de l'ordre du simple point de vue mais constitue une sorte de mise en abîme du regard et du rébus qui l'habite. Il se cherche en lui comme on disait autrefois que l'âme se cherche dans les miroirs. Se concentrant sur l'oeil, Nathalie Bourdreux crée une paradoxale ouverture du champ. Avec en plus un effet de réflexion : le regard s'apprend face à un oeil qui ici n'est plus virevoltant et pressé mais lesté du poids de la mélancolie et de la mort.

Bourdeux 3.jpgDans cette polarité oeil/regard et reprenant des réflexions de Lacan comme des travaux de Hundertwasser ou Klee; l'artiste replace les questions de la vision et de ce que fait l'image au centre de son travail. La mélancolie transcendantale qui s'exprime là semble de nature à traverser la perception du spectateur jusqu'à atteindre un arrière-oeil, un au-delà non désignable mais pourtant déjà appréhendé et qui pourrait être - peut-être - le royaume des morts que l'artiste a cotoyé dans ses oeuvres antérieures comme dans son métier alimentaire de gardienne de cimetière.

Boudreux 2.jpgA la révélation romantique plus ou moins féerique succède en conséquence le désir de rapatrier l'œil dans le regard et la chose dans l'objet peint pour témoigner d'une sur-vie dans le paysage de l'oeil. Une telle circulation, offre au voyeur moins une béance qu'un troisième œil - à la manière de ce que proposent certaines cosmogonies asiatiques - afin de se retrouver à travers la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nathalie Bourdreux, "Orbes, Fata Morgana, Fontrfroide le haut, 2019, 24 p..

Lador et Baladi Day chez HumuS

Lador.jpgAlex Baladi et Pierre Yves Lador "Course", Helices Helas, Vevey, 2019, 80 p.. Et le "9 novembre 2019 c'est LADOR DAY" à la librairie HumuS, Lausanne

A l’origine, de " Course" il y eut une exposition d’Alex Baladi à L’Atelier 20 de Vevey. L'artiste y proposait un ensemble de personnages et motifs (le teckel, le cow-boy, le ballon, l’os, la fuite, etc.,). Pierre-Yves Lador l'éclectique a rebondi dessus pour proposer à travers ces vignettes un récit en contrepoint. L'auteur dit son fait au monde et comment par exemple le cow-boy devient le parangon de notre société mondialisé et en écroulement.

SLador 2.jpgon récit est aussi ouvert, cryptique qu'impitoyable là où le jeu des ellipses du dessin permet à Lador d'offrir des échos profonds dans ce qui devient une "bande dessinée" d'un genre particulier. L'arrogance nécessaire du discours percute les dessins plus "sages" de Baladi.

 

 

 

 

Lador 3.jpgLe livre devient un étrange pandémonium. Tout fonctionne sur des plans particuliers où les époques sont convoquées. Preuve que Lador aime regarder le "spectacle" de la rue comme celui de la nature et de l’intime qu'offre l'artiste afin de les métamorphoser dans ses mises en abyme à prises multiples et accouplements temporels. Les miroirs se brisent, le monde tel qu’il est perd ses repères dans ce pont suspendu au dessus du vide (le nôtre) entre textes et images. Et ce dans l’espoir qu'ils remontent ce que les hommes gâchent et cassent.

Jean-Paul Gavard-Perret