gruyeresuisse

15/12/2019

Manon Boyer dans les coulisses

Boyer.jpgLes portraits des enfantes de la balle de Manon Boyer possèdent un potentiel métaphorique complexe et puissant. Chacune de leur photographie soulève de nombreuses questions au sujet de la féminité et de sa représentation. L'artiste met en évidence certes les strass mais aussi celles qui se cachent dans des cabines aux volets clos avant de vivre dans un espace lumineux.

 

 

 

 

 

Boyer 2.jpgDerrière la fête et au cours de sa préparation, le spectacle est tout autre. L'artiste ne cherche pas à faire beau : elle témoigne. La base de sa création est le corps avec ses morceaux de Lucifer et d’Ange. Il se prépare à l’espace de la rencontre. Il ne se complait pas en lui-même. La clarté espérée est encore en attente et en absence.

 

 

 

 

 

 

 

Boyer 3.jpgLa photographe fait entrer des flux d’existence. Dès lors les «Eve» de tout âge obligent à chercher où est le corps, le «vrai», où sont sa sensibilité, son être. D’où la densité émotionnelle de l'œuvre. Elle joue des références culturelles, populaires mais les métamorphose. L’art devient une activité qui montre ce dont le corps est plein sans en chasser l’esprit afin que femme de spectacle ne vive plus sans exister.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition novembre : Corridor-Elephant, Paris, voir le site.

14/12/2019

Bastiaan Woudt : souffler sans respirer

Woudt.jpgBastiaan Woudt, "Hidden", Bildhalle, Zurich, jusqu’au 25 janvier 2020.

Le photographe néerlandais Bastiaan Woudt connu une ascension fulgurante dans le monde de la photographie contemporaine. Autodidacte il a commencé la photographie il y a à peine cinq ans, sans expérience ni formation formelle. Mais cela lui a permis de créer un style original et abstrait attacché aux détails.

Wouudt 2.jpgIl a appris très vite l'histoire de la photographie à travers livres et musées. Il aime les sujets classiques (portraits, nus) et par ses prises il revisite la photo surréaliste, celle de la mode ou du reportage. Mais son travail avec les techniques photographiques numériques et la  post-production donne à l'oeuvre un aspect immédiatement repérable par son graphisme et son grain.

 

 

woudt 2.jpgInspiré par Irving Penn, Richard Avedon, Man Ray, Bill Brandt, il cherche toujours dans ses oeuvres le dynamisme, le mouvement. Mais aussi l'"imperfection" qui les crée afin de produire des sensations exogènes propres à donner à voir ce qu'il nomme "un petit monde de rêve" mais qui ne l'est pas forcément.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/12/2019

L’escargot dans sa coquille : Pierre Alechinsky

Alechinsky.jpgMaintes et maintes fois Pierre Alechinsky se retrouve sur les rives de la peinture. Plutôt que d'y plonger corps et âme, il la longe tout en s'y enroulant. Son livre permet d'en donner diverses sinon clés du moins pratiques. Dans un travail toujours inventif et incessant il invente un monde rebelle aux figurations du temps mais qui néanmoins ont tendance à devenir une nouvelle doxa.

L'artiste œuvre désormais plus par allongements, étendues que réceptacles et coquillages ouverts. Le monde l'a rattrapé bien que les formes qu'il invente ne cessent de roue-couler sans nostalgie des ailleurs puisqu'il les propose  en évitant des explications : «À  la question : "Expliquez-moi votre peinture!", je lance : "Si je pouvais le dire, je ne le peindrais pas." Développerais-je, aussitôt mon tableau deviendrait la poupée du ventriloque. Mais la peinture ne couvre pas tout".

Ale 2.jpgL'œuvre qui était déjà une frontière en peinture et écriture entame ici un pas de plus vers l'écriture. Cet ouvrage devient un livre officiel où les formes jadis étranges et sauvages sont désormais domestiquées par le public : elles ont même fait leur entrée au Palais de l'Elysée. Ce qui ne les empêche pas de tenter de vagabonder sur de tels murs. Mais si l'artiste est alimenté par sa liberté, peu à peu son langage ressemble à ce que furent ceux de Buffet puis Folon en leur temps.

Ale.jpgMurailles en fragments, en jeu de l'oie  semblent peu à peu se répéter là  où jadis le peintre inversait ses données initiales ou les creusait entre encombrements graphiques et désencombrements plastiques. Il faudrait que l'ambidextre trouve désormais  une troisième mains pour quitter ses ivresses souveraines/souvenirs pour accomplir un virage plus marqué qui le dégagerait de sa route désormais balisée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Alechinsky, "Ambidextre, "coll. Blanche, Gallimard, Paris, 2019, 472 p..