gruyeresuisse

19/02/2021

Silvana Reggiardo : rien - pas plus

Reggiardo 2.jpgAprès s'être intéressée à l’apparente banalité de l’intimité d'appartements vides où ne restaient que des traces de coercition et de solitude, Silvana Reggiardo sort de tels lieux  clos et se dirige vers l’espace urbain. Elle s’attarde sur les empreintes fugitives de la lumière sur les surfaces brillantes. La photographe n’est  plus une chasseuse d’icônes, une chercheuse de trophées imaginaires mais une "dépeupleuse".
 
Reggiardo 3.jpgElle trame d’autres voies. A notre propre chaos livré à l’énigme d’images célibataires elle propose une redistribution de leurs « cartes » et de leur « peau ». S'inscrit le presque rien qui suggère sans doute  un hors-champ mais il  reste énigmatique. Demeurent des espaces donnés non comme volume mais surface plate. Dans des constellations structurelles les lignes droites ne  la font plus bouger.
 
Reggiardo.jpgCette démarche novatrice est animée par l’idée que les formulations visuelles de jeux logiques du langage plastique ouvrent les questions fondamentales de l’écart entre savoir et voir.  Silvana Reggiardo pose un regard doux sur de tels espaces en observatrice minutieuse par des prises dont les lignes hypnotiques  à la clarté du jour  créent l’amour des béances par effet de variations de divers types  de fermetures ou d'interstices. Rien n'a lieu que le lieu. Et son vide.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

Mélissa Boucher, Silvana Reggiardo, Laure Vasconi : "Sortie d’Atelier", Regard Sud Galerie, 1/3 rue des Pierres Plantées, Lyon, du 20 février au 27 mars 2021

18/02/2021

Les petites amoureuses de Sophie Lucie Meier

Skimau bon.jpgSophie Lucie Meier s'amuse avec l'espace du livre - mais pas seulement - dans tout un jeu de positions et propositions. En instaurant l'instance du plaisir comme principe premier, les primesautières s'en donnent à corps joie. L’imaginaire plastique ne prêche pas forcément pour l'amour courtois mais pour une gymnastique qui déplace non seulement les lignes mais l'espace d'un livre qui en sa banquise ne laisse pas de glace.
 
Skimau 2.jpgEmerge l'impossibilité de l'improbable en des espaces vides ou des promontoires pour mieux percevoir les fantaisies qui s'y engagent. Mis en scène dans l'intimité de variations de jeux sexuels ou non, le corps se dresse sur son piédestal ou plonge, isolé ou à deux (c'est généralement plus agréable...) dans chaque page.
 
Skimau.jpgLa créatrice isole uniquement les personnages car la diégétique serait inutile voire superfétatoire. La blancheur devient l'abri de fortune à sinon un amour du moins un désir qui brûle comme des lunes.  Dans le glacier des pages s'instruit une chanson plastique bien douce de jeux et fragrances. Les découpes permettent de voyager dans l'espace qui annonce une sur-vie plus qu'une survivance.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
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Sophie Lucie Meier, Squimau, Voix Editions, 2021, non paginé.

Exercices d'ignorance de Richard Meier

Meier bon.jpgRichard Meier a beaucoup roulé sa bosse, il a beaucoup écrit et dessiné. Bref il a forcément appris. Mais si nous le croyons et là où le bat blesse, il n'aurait rien appris et rien retenu. L'avancement d'un tel leporello brouille les cartes dans ce que l'auteur nomme sa "traversée du Rubicon" qui permet "de visiter une berge que je tente d'atteindre".
 
Meier 2.jpgExiste un jeu entre le dehors et le dedans, avant que tout finisse dit l'auteur "à entrer en vous" pour que les mémoires finissent à "se retrouver  vierge comme un nouveau jour".  Ainsi le monde avance. Et l'oeuvre aussi.  Car plus le temps presse,  "le doute n'est pas de mise". C'est comme un "merde alors" adressé aux percolateurs de néant. Ici, la lettre prend racine dans l'image. L'inverse est vrai aussi. Il s'agit de faire sourdre ce qui fut, ce qui est, ce qui reste et même dans les possibilité d'erreur entre l'oeil et la bouche, les mots et les dessins.
 
Meier 3.jpgExistent du visuel et du lisible loin des messes câlines. Meier se plait à se perdre en ses jeux de dés et les dalles  de ses pages. Il devient le sale « ghost». Non sans malice tout dépote un maximum dans un tel jardin d’Eden du pote âgé dont les mots et les images ont des saveurs acides et colorées. Face aux gerbes zizaniques et aux outrages cathartiques il est demandé aux amateurs de romans noués à l’ancienne de passer outre. Il y a là du Raymond Roussel, du Michaux dans la folie chez celui qui propose au lecteur et regardeur de se perdre dans une abondance de notes et de  tablatures en tant que schémas forts.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Richard Meier, "Beaucoup entendu - rien compris", Editions Voix - Richard Meier, Leporello, février 2021.