gruyeresuisse

11/04/2020

Zoé Menthonnex et la matière des songes

Ment.pngLa Vaudoise Zoé Menthonnex affectionne les images éthérées. Sa terre vaudoise lui permet néanmoins de ne pas perdre pieds. Toutefois Léman et forêts, vignobles et montagnes ont fait germé en elle une sorte de sensualité de la nature. L'artiste capte aussi celle des corps.Mais tout chez elle prend une dimension onirique.

 

 

Ment 2.jpgSi bien que l'ailleurs est dans l'ici-même comme l'absence dans la présence. La photo dérive, glisse vers une sorte d'abstraction en esquisse mystique. La nudité vaporeuse se fait chant imprégné de douceur en diverses dérives.

Ment 3.jpgLe geste de lumière efface l’obscur. Paysages et corps subissent ou plutôt jouissent d'une métamorphose en un envol multiple des sens. Entre le monde et elle-même Zoé Menthonnex crée un miroir qui ne reflète aucun des deux côtés mais devient chemin pour se couvrir d'images poétiques et pour lesquels le mot plaisir serait trop réducteur. Car il s’agit de chercher le flot de la vie et en découvrir de nouvelles courbures  et plasticité. Sans débordement mais pour la magie même si l'ensorcellement des corps reste toujours provisoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/04/2020

Tania Franco Klein : l'épreuve du quotidien

Tania 3.pngL’artiste mexicaine Tania Franco Klein a commencé sa pratique de la photographie à Mexico City puis à l’Université des Arts de Londres. Sa série la plus célèbre est "Our Life In The Shadows". Elle est influencée par la poursuite du mode de vie du rêve américain et les pratiques occidentales contemporaines : loisirs,  consommation, "stimulation" des médias et les séquelles névrotiques qui en découlent.

Tania 2.jpgTania Franco Klein souligne une atmosphère d’isolement, de désespoir de confinement (avant la lettre) et d’anxiété, à travers des images fragmentées et souvent décadrées. Elles semblent naviguer entre le rêve (ou le cauchemar) et la réalité. De telles narrations présentent des états d’épuisement et de fatigue en des intérieurs à la Edward Hopper : salon et autres pièces vides où la télé parfois est restée allumée.

 

 

Tania.jpgLes prises sont marquées chez les protagonistes anonymes. Les femmes cherchent à se fondre dans les lieux tout en regardant vers le dehors pour chercher une forme d'évasion mentale qui paraît impossible. Les photos couleurs soulignent l'aspect sobrement dramatique des prises qui fascinent. La vie domestique, la solitude la passivité sont là au sein de couleurs tièdes et une ambiance autant vintage que de vertige. Surgit la beauté de cette humanité délaissée prise dans un vide existentiel. La vie semble absente car plus rien n'est possible qu'une passivité programmée par la société. Mais nul mélo en de telles monstrations : l'angoisse domine là où la psychologisation s'exclut astucieusement : les visages cachés donnent plus de valeur mythologique aux prises.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/04/2020

Guillaume de Sardes : de Tanger à Genève

Sardes 3.pngAnalix Forever - promotion du travail de Guillaume de Sardes par Barbara Polla,  Genève, du 13 au 17 avril 2020;

Tout le travail de l'écrivain-photographe, réalisateur et commissaire d'exposition Guillaume de Sardes reste une variation autour de l'errance. Pour lui elle  retient la vie plus qu'elle ne la dissipe. Photographies, vidéos, livres répondent à ce que Céline demandait au créateur et que l'auteur se plaît à répéter : « Si on ne met pas sa peau sur la table, on n’a rien ».  Dès lors même dans la théâtralité de ses photos et de ses films rien n'est artificiel. Les situations évoquées ont été vécues ou inspirées par une personne réelle.

Sardes.pngMais l'imaginaire est là et intervient comme supremus d'un état de réalité. Adepte de la photographie érotique, dans ce champ aussi le créateur dissipe bien des ambiguïtés : rien de purement formel ou - et à l'inverse - réaliste. D'autant que pour le créateur l’amour reste la grande question. On l'oppose souvent à la pornographie. Mais De Sardes précise : "Où se situe la frontière ? Car il y a dans l’amour une part de pornographie qu’on ne peut pas éluder". Et le passage du réel dans la fiction peut sans doute ouvrir une solution.

Sardes 2.jpgRelisant les écrits de Jean Genet l'auteur est revenu sur ses traces de fin de vie dans "Genet à Tanger", court métrage écho de son livre. Existe entre le créateur et sa créature incarnée par Philippe Torreton "L’incroyable (qui) est parfois vrai" comme l'écrit Barbara Polla. Genet y aime la poésie de Rimbaud et Mallarmé et on l'entend les réciter face à la plage : la lumière se joue des corps d'adolescents ils deviennent des mirages là où - pour une dernière fois - l'auteur fuit parmi des ombres inconnues. Elles paraissent, se découpant sur la mer, monter entre grâces démoniaques et pesanteur des éthers trop vagues pour qu'on puisse y croire.

Jean-Paul Gavard-Perret