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07/09/2019

Hugo Schüwer Boss : théâtre/roman

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Hugo Schüwer Boss, "Roman", Galerie Joy de Rouvre, Genève, de 13 septembre au 2 novembre 2019.

 

Hugo Schüwer Boss transforme l'art et ses histoires en créant des liens entre son aventure intemporelle et les nouvelles technologies. Au fil des monstrations du créateur le paysage devient étrange. Il en va de même de ses narrations : d'où le titre ironique de cette exposition puisqu'existe là un lâcher-prise par rapport à ce que la peinture "dit". "L'abstraction" ouvre les aventures picturales à d'immenses vides colorés. Ils donnent à réfléchir sur la conceptualisation de l’art.

 

Schuwer 2.pngLe créateur permet sans cesse de passer du plus petit au plus grand, de l'architecture au décor dans divers jeux d'échelle et de mises en abîmes. Par son expérimentation, l'oeuvre est une subversion des codes selon une dimension dialogique et polyphonique. Et l'exposition permet d'entrer dans ce processus de création unique. Le créateur fait preuve d'un sens de l'espace et de la narration inédit.

 

Schuwer 3.jpgNéanmoins Hugo Schüwer Boss n'a rien d'un artiste pour les artistes : il ouvre une représentation existentielle qu'il a soin de ne jamais fermer. L'oeuvre dans la dureté et la solitude devient un évènement plastique d'une rare intensité. La question de la "re-présentation "y est centrale. Tout est séduisant dans ce théâtre qui dérange et où l'artiste fait implicitement de l'art un roman bien étrange.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/09/2019

Inez & Vinoodh : falballas, comédie et dépouillement

Ines bon.jpgSous un certain baroque ludique le duo d’artistes néerlandais, Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin (connu sous le nom Inez & Vinoodh) cherche l'extrême simplicité sous la sophistication. De même que la volonté presque enfantine de casser les codes et de les confondre. Avec ce duo l’oeil devient veuf de ce qu’il espère mais de cette désillusion, naît autre chose qui nous interroge ou rien du tout sinon le déphasage amusé.

Ines 3.jpgLes deux artistes restent sur le fil du rasoir et ne sont pas loin d’une certaine plénitude dans le domaine de l’expression. Galopant sur la croupe de la fantaisie ils créent des images déterminées par celles ceux qui se trouvent devant leurs appareils. En perpétuelle transformation leurs images cherchent "une tension entre le beau et le grotesque, le spirituel et le mondain, la haute couture et la mode basse" (Vinoodh). Elégance et réalisme, fashion et monstruosité proposent une esthétisation particulière dont des grandes marques ou des stars profitent (Christian Dior, Yves Saint Laurent, Chanel, Kate Moss, Lady Gaga, Rihanna, Paul McCartney entre autres).

Ines 2.jpgMais leurs travaux dépassent largement la mode. Ils sont présents dans les galeries et musées importants du monde : Stedelijk d'Amsterdam, Whitney à New York,  Fotografiska à Stockholm, etc.. Les  deux créateurs projettent des visions d'universalité ancrées dans un territoire parfois ouvert, parfois fermé. Elles marquent une obsession, une hantise de la lumière et de ses effets sur la matière en des configurations narratives particulière aussi drôles qu'étranges.

Jean-Paul Gavard-Perret

Inez & Vinoodh, "I See You in Everything", galerie Ravestijn, Amstrerdam, du 7 septembre au 19 octobre 2019.

04/09/2019

Lorsque Louise Nevelson scannait le monde

Nevelson.jpgLouise Nevelson, Cortesi Gallery, Lugano.

Leah Berliawsky (aka Louise Nevelson) est née à Kiev en 1899 et décédée à New York en 1988. Sa famille juive dut émigrer aux USA en 1905 pour fuir les pogroms. L'artiste a grandi dans le Maine. Elle revint plus tard en Europe et fut assistante de Diego Rivera. En 1941 elle présente sa première exposition solo et souvent ses oeuvres s'affichent aux cimaises de l'exposition annuelle du Whitney Museum. En 1962 elle représente les USA à la Biennale de Venise et présente ses oeuvres dans le monde entier ( Moderna Museet de Stockholm, Walker Art Center de Minneapolis, Whitney Museum, Guggenheim Museum et MOMA à New York, Palazzo delle Esposizioni de Rome, Centre Pompidou de Paris entre autres).

Nevelson 3.jpgLa plasticienne demeure néanmoins scandaleusement oubliée. Ses oeuvres sont pourtant des écrins à hantises aux propriétés troublantes. Tout semble entrer dans le silence par bribes. Des traits s'y dissolvent, le temps est suspendu. L’apparentement laisse entrevoir des profondeurs plus ou moins énigmatiques dans un jeu de distances et de rapprochements diffractés. Le monde devient étoffe dans sa diaphanéité pour un paradoxal effacement dans un jeu de zones chromatiques propres à créer des déphasages dans une narrativité fluctuante. Il y a comme une buée soufflée sur la face du miroir pour de subtils halos au sein d’apparitions au bord de l’extinction, au bord aussi d’une renaissance.

Nevelson 2.pngRéalisés sur du bois ou du papier ses collages prouvent l'attention à la perspective et au chromatisme. Pour de tels "assemblages" l'artiste recueillait des morceaux de bois ou de métal dans les rues de New York. Dans ses sculptures il est possible de reconnaître de tels objets, mais l'artiste les transforme pour donner naissance à une forme particulière d'abstraction qui la fit reconnaître comme une post dadaïste influencée aussi par l'art pré-colombien. En dépit de telles références, l'oeuvre reste profondément originale. De telles images médusent. Le regardeur est traversé par une telle grammaire aussi élémentaire que sophitiquée. Preuve qu'une telle oeuvre ne peut se quitter.

 

Jean-Paul Gavard-Perret