gruyeresuisse

11/04/2019

Barbara Polla et les femmes en mouvement

Polla shaun_gladwell.jpgLa galeriste française Magda Danysz et la Suissesse Barbara Polla (Analix Forever, Genève) sont complices depuis longtemps. La seconde est  curatrice de la nouvelle exposition de la galerie Danysz où est présentée une série de vidéos en hommage - et quel hommage ! - aux femmes. Avec « Fucking Beautiful » (2017) la galerie réunissait six artistes femmes vidéastes. "Moving Women" élargit le propos : 4 femmes (Dana Hoey, Clare Langan, Yapci Ramos et Lee Yanor), et 4 hommes (Laurent Fiévet, Shaun Gladwell, Erwin Olaf, Mario Rizzi) créent des visions de femmes en mouvements : parfois sûres d'elles parfois soumises au doute eu égard à leur position en divers eaux troubles ou tours  d'écrou.

Polla Dana_hoey_danysz.jpgL'ensemble crée beaucoup d'émotions de nombreux registres. Dans la vidéo de Shaun Gladwell, de l'océan dépasse un visage de femme casquée en aviatrice. Il s'agit de celui d'une célèbre pilote ("double psychique" du vidéaste) partie à la recherche de son mentor disparu en mer. Le même esprit préside à la vidéo de Clare Langan où une mère et sa fille s’embrassent, nagent, fusionnent à la surface de l’eau. Parfois néanmoins le portrait de la femme est plus violent ou douloureux mais toujours nourri de réel : aux boxeuses, fières, invincibles de Dana Hoey font place des femmes hantées ou engluées en des situations plus difficiles (camp de réfugiés, en Jordanie chez Mario Rizzi).

Polla lee_yanor_.jpgChaque film est d'une beauté perturbante et ouvre bien des portes. La convergence de diverses luttes passe par la poésie visuelle où s'inscrivent divers parcours et un appel à l'amour loin des tartes à la crème des leçons de conduite. Le féminisme devient un humanisme au sens profond du terme ; il est à la fois existentiel et politique, le tout avec élégance et loin des enfumoirs brumeux. L'engagement n'a rien de claironnant : il passe par le corps des femmes et les droits qui leur reviennent  au sein de diverses situations. Celles-ci produisent des chroniques vertigineuses mais tout autant accessibles là où les "embarquements" intensifient l'espace et élargissent l'aura des femmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, "Moving Women", Galerie Danysz, Paris, du 13 avril au 16 mai 2019.

Quand la lune est l'autre

Lune.pngEntre science et création artistique et au moment où se fête les 50 ans des premiers pas de l'homme sur la lune, l'exposition tente de tout embrasser sans rien de lunatique mais peut être de manière trop ambitieuse ou paresseuse parfois (les couvertures des albums de Tintin). Le tout sans que le sens à accorder à la lune soit précisée bien que l'astre nocturne soit un poncif ou un pilier des structures de l'imaginaire.

 

Lune 2.jpgHors parcours chronologique et en 5 parties se mêlent instruments scientifiques, cartographies et documents d'archives d'avant hier et d'aujourd'hui et oeuvres d'artistes contemporains (Philippe Fleury, Man Ray, Hergé, Turrell, Ange Leccia) sans oublier des œuvres plus anciennes  - du  romantisme notamment dont ce fut un éclairage et un miroir de la vie revêtue de songes.

 

Lune 3.pngIl existe là de beaux moments là où la création contemporaine est présente de manière heurtée mais réussie. Certaines oeuvres semblent mal ou peu justifiées, mais d'autres sont étonnantes. Côté peinture reste un effet d'accumulation parfois étrange entre Dali, Boudin, Manet, Philippe de Champaigne et bien d'autres encore. Le clair de lune se cache parfois derrière certaines croutes. Mais au delà de surfaces arides jaillissent de petits trésors entre science et poésie mais au sein de cohérences trop défaites pour faire réellement rêver  comme "dark side of the moon" de Pink Floyd le permet.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"'La lune : du voyage réel au voyage imaginaire", Le Grand Palais,Paris, jusqu'au 22 juillet 2019.

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10/04/2019

Saul Leiter : éros énergumène discret


Leiter 2.pngSaul Leiter dans ses photographies d'intérieur crée des compositions aux angles complexes qui tranchent avec ses photos de rue. Il se fait même parfois peintre, joue de divers effets de distance et reflets. Il y inclut au besoin des éléments abstraits pour troubler l'image où se mêlent du flou ou d'un  vide. Ses peintures comme certains clichés de nus, l'artiste refusa longtemps de les montrer.

 

Les couches de peinture se combinent en un mélange de lignes volatiles en hommage à Bonnard un des "maîtres" de Leiter. Celui-ci a par ailleurs pris des milliers de photos de femmes nues (amies et amantes). Ce choix de proches donnent à ses prise une légereté et un érostisme particulier là où certaines sont les plus osées (masturbation) par exemple.

 

 

Leiter 1.jpgLes clichés  "maximalistes" inclus dans cette exposition ont donc rarement été montrés. Entre autre la série de photographies prises en 1958 dans un chalet d’été à Lanesville. Ce sont les seules images nues que Leiter réalisa en couleur. Et s'y révèle tout l'art de la composition. Tout un aspect méconnu et parfois inédit de l'oeuvre est ainsi offert au regardeur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Saul Leiter: East 10th Street", galerie Fifty One, Anvers, du 7 mai au 29 juin 2019

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