gruyeresuisse

15/04/2020

Les villes de grandes solitudes d’Allen Wheatcroft

Wheat.jpgQuoi de plus simple en apparence que les clichés d’Allen Wheatcroft ? Pour explorer le monde comme il le fait dans "Body Language" il semble suffire de placer un appareil dans la rue et de shooter ce qui s'y passe. C'est du moins ce que les prétendus photographes dénués de regard estiment. Allen Wheatcroft à l'inverse cherche toujours à réaliser juste quelques images signifiantes.

Wheatn3.jpgLes acteurs des étranges cités sont captés entre équilibre et déséquilibre, le haut et le bas, la connexion et la séparation, l'isolement ou la tension. Mais de ces "modèles" improvisés le photographe comme le regardeur ne les connaissent que par leurs gestes et les sentiments supposés qui les animent : douleurs, plaisirs, ambitions etc..

Wheat 2.jpgDans ce but entre 2014 et 2018 Allen Wheatcroft a pacouru Chicago, Los Angeles, Berlin, Paris et Stockholm pour saisir ce langage des gestes et des attitudes. Il est donc transposé dans celui de la photo curieusement narrative. Chacun est amené à se demander "l'histoire" qui sous-tend les gestes de quidams indifférents à tous les autres. Cela semble le fruit des civilisations sans exclusivité mais  demanderait un approfondissement.

Jean-Paul Gavard-Perret

Allen Wheatcroft, "Body Language", texte de Jeff Mermelstein, ed. Damiani, 2020

13/04/2020

En attendant l'été : Anna Zerdib

Zerdib.jpgPour présenter son livre Anna Zerdib écrit : « C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens". Et d'ajouter une peu plus loin : " Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans."

Et soudain, aux heures de confinement que nous vivons, ce roman plein d'émotions est encore plus prégnant. S'y mêle la disparition, la mort (d'une mère), mais aussi l'amour, ses fantasmes, ses désillusions qui servent de" petits arrangements avec le réel" en des ruses nécessaires pour tenir et attendre l'été. C'est donc l'"ostinato" d'une sortie en attendant que la glace de neige qui recouvrait le corps finisse par disparaître.

Zerdib 2.jpgIl s'agit de savoir comment remarche la vie et de reprendre la route un temps arrêtée. Il faut déclore la chair, redonner de l'élasticité à la peau de nouveau poreuse à la caresse. Ce qui demeure dans le moment qu'Anna Erdib décrit reste plus le trajet et le but. Celui-ci sera révisé plus tard. Pour l'heure l'objectif est de ne plus rester prisonnier de la saumure morbide. Il faut donner à l'âme son élan, rester rebelle aux harcèlements de temps puis attendre les hirondelles. Pas à pas. Corps à corps. Elles arrivent

Jean-Paul Gavard-Perret

Anna Zerdib, "Les après-midi d'hiver", Collection Blanche, Gallimard, Paris, 176 p., 2020.

Alec Soth et la complainte humaine

Soth.jpgAlec Soth est un des plus important photographe de l'époque. Sa première publication "Sleeping By the Mississippi" reste un des livres majeurs de l'histoire de l'édition de telles publications. Il créa son livre le long du fleuve mythique entre 1999 et 2002 du Nord au Sud à partir du Minnesota où il vit juqu'au Delta.

Le créateur montre le monde tel qu'il est. Il y a là la religion, le sexe, la mort. Ses portraits traduisent souvent les espoirs et les peurs, l'amour et la solitude d'êtres perdus dans leurs rêves ou leurs illusions en une sélection de paysages et de scènes d'intérieur.

Soth 3.pngSe dégage une vérité de l'Amérique profonde loin des conventions. Il ne s'agit jamais de flatter celles et ceux qu'il saisit. Mais la tendresse est là pour montrer des perdants magnifiques ou non. Ce travail reste fascinant par l'ambiguité que chaque portrait suggère là où se sent la sincérité d'un artiste pris par la vérité de ses "modèles" dans des sentiers de feuilles, les bars de village, les rangs d'église dans les décombres des dimanches près de bayous coassants.

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Alec Soth, Huxley-Parlour, Londres, 2020

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