gruyeresuisse

23/12/2021

Chappatte et les irrévérences notoires

Chappatte 3.jpgChappatte, "Gare aux dessins", Le Commun, Genève, du 24 décembre 2021 au 20 février 2022
 
Chappatte prouve le pouvoir de la caricature politique au moment où elle cristallise à nouveau de nombreuses questions. La grande permissivité à la "Charlie Hebdo" de l'origine semble difficile tant la liberté d’expression des dessinateurs se réduit.  C'est pourquoi le dessinateur défend la satire graphique dans un tel contexte. Car même les démocraties occidentales sont concernées.
 
Chapatte.jpgL'exposition - en collaboration avec la Ville de Genève et la Freedom Cartoonists Foundation - illustre le pouvoir de l'ironie politique. Sont présentes les œuvres marquantes de la carrière de Chappatte. Ce corpus est complété par les dessins du syro-palestinien Hani Abbas,  une suite d'oeuvres polémiques de plusieurs dessinateurs et dessinatrices et un espace dédié à la thématique du COVID dans la presse.
 
Chapatte 2.jpgFaussement chafouin, Chapatte défend cette sorte d’excroissance quasi incongrue que sont de tels dessins. Ils écornent l'Histoire et diverses cultures. Ils sont donc les nécessaires parasites qui rendent les pouvoirs étrangers à ce qu'ils prétendent. Cela fait un bien fou au peu que nous représentons à leurs yeux en nous insérant dans une confraternité particulière. Et ce,  là où certains rideaux se lèvent plutôt que de mettre des voiles.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Sylvie Fleury et la théorie du Porridge

Fleury 2.jpgSylvie Fleury, "Night in White Satin", Galerie Mezzanin, Genève,  du 6 novembre au 18 décembre 2021
 
Renonçant ici à tout arty déceptif et dans une sorte de blancheur immaculée, Sylvie Fleury joue astucieusement avec les atours qui sont sensés - à juste titre - rendre la femme femme - mais non sans ironie à plusieurs étages pour berner les voyeurs.
 
 
Fleury.jpgSylvie Fleury fait parfois référence aux tissus que Chanel avait elle-même appelé "porridge". Ce sont ces assemblages de couleurs que l'on ne reconnaît pas bien. Mais ici de cette masse de couleurs qui se distinguent mal entre elles, l'artiste crée des scènes dans ce qui pourrait sembler des vitrines ou des décorations mais qui sont le contraire.
 
Fleury 3.jpgExiste chez Sylvie Fleury tout un travail de ruptures dans des images iconoclastes et presque dadaïstes mais où tout joue sur le classieux et l'élégance. Rien n'a lieu que le lieu là où se crée un formalisme inédit à la pureté aussi évidente que perverse. Et dans le genre c'est parfait.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Angeletti : sensations visuelles

Angeletti 2.jpgMarie Angeletti, "Ram", Centre d'Edition Contemporaine, Geneve, du 26 novembre 2021 au 4 février 2022.
 
Cette exposition a pour but de prouver comment une image est toujours en train de se faire ici et maintenant. La créatrice  y joue avec le temps et la lumière. La lumière du soleil change le corpus du spectacle. Et si l’intérieur de la galerie est impossible à voir de la rue pendant la journée, lorsque le soleil se couche, l’intérieur devient visible, l’extérieur est un reflet. C'est à partir de là qu'a commencé la préparation de ce travail.
 
Dans cette perspective Marie Angeletti a poli des centaines de boules de métal jusqu’à ce qu’elles deviennent des miroirs. Selon le métal, les résultats de polissage n’étaient pas les mêmes. Mais de cette matière ainsi "émancipé" la vie vit dans un travail de "tournage" jusqu'à épuisement.
 
An.jpgEt le frottement des mains pour ce travail pouvait ramener à un massage sexuel. C'est comme si les regardeurs étaient offert à - dit l'artiste - une "masturbation de groupe, une attraction de masse". C'est pour l'artiste une manière de fusionner dans le présent là où l'énergie cinétique s'est concentrée dans ce travail de polissage. L'artiste propose cette vision à partir d’endroits dispersés, conditionnés par la lumière et l’incapacité d’arriver dans le lieu initial. Il s'agit aussi pour elle "d'inverser les années" et de souligner "ce qui se joue dans les silences".
 
Jean-Paul Gavard-Perret