gruyeresuisse

23/09/2019

L'image reste la même - Paul Graham

Mack.jpgA travers la seule image de sa mère Paul Graham explore la fin de vie et les lents ravages du temps. Ces portraits montrent la figure maternelle endormie, yeux clos dans presque chaque photo. Au coeur de ce travail l'enfant et sa parente voient leurs rôles inversés : ce n'est plus elle qui veille sur lui, mais lui sur elle et celui qui fut créé devient le créateur.

 

 

 

Mack 2.jpgElle est toujours asssise sur la même chaise et la lumière l'enveloppe à travers la fenêtre. De telles poses révèlent une tendresse pudique et presque ineffable en dépit d'une vision frontale pleine de résonnances subtiles au sein de détails où les émotions sont juste caressées.

AMack 3.jpgvec une rigueur géométrique et un rythme emprunté au silence les photographies invitent en leurs camaïeux de couleurs grises et bleues à une méditation par l’entremise des rais lumineux. Rien n’est dit. Mais certaines images valent mieux que mille mots.

Jean-Paul Gavard-Perret

Paul Graham, « Mother », Mack, Londres, 2016, 60 p., 40,50 £.

22/09/2019

Jochen Raiss : peau de l'ours et chimères

Raiss.jpgCollectionneur de photographies Jochen Raiss plonge dans la crevasse des souvenirs collectifs. Sous les flocons du temps, ici, certains ours - ou leurs ersatzs - vont et posent afin de donner des frissons aux belles du XXème siècle.

 

 

 

 

 

 

Reiss 4.jpgAutres et lointains, différents mais voisins ces ours deviennent les témoins d'un temps et d'une fantaisie perdus en laissant leurs traces dans les congères de la mémoire. Dressés sur leurs deux pattes postérieures ils deviennent des prétextes ludiques. Eloignés de leurs forêts ils sont entourés de femmes à croquer.

 

 

 

 

 

 

Raiss 2.jpgChacun laisse son empreinte sur leurs épaules. Ils peuvent être pris comme métaphores et miroirs de la nature humaine comme de celles qui se laissent docilement alpaguées. Ils mettent de la sauvagerie comique dans la civilisation policée et sont les pléonasmes de son évolution. Ces ours bonhomme font remonter sans risques des peurs ancestrales.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jochen Raiss, "Polar Bears", Hatje Cantz, Berlin, 2019, 112 p., 16 E..

21/09/2019

Transports de Fanny Gagliardini

Gagliardini bon.jpgFanny Gagliardini, "Dedans Dehors Dehors Dedans", Orangerie du Chateau de Voltaire, Ferney-Voltaire, du 26 au 28 septembre 2019.

 

N'ayant pas - et à juste titre - décroché de certaines avancées du siècle dernier (comme celle de "support/surface"), Fanny Gagliardini crée  des féeries impressionnantes selon une forme d'abstraction qui n'est pas forcément au service d'une métaphysique mais à la recherche de formes géométriques.

Fanny Gagliardini 2.pngL’anonymat est décliné sous aspects de structures en pans, fragments voire parfois coupures.  Les oeuvres créent une énergie paradoxalement festive à la fois dans ce que l'artiste nomme "un opéra de lumière" ce qui n'empêche en rien à cet art de "penser".

 

 

Gagliardini 3.jpgLa puissance immobile, épurée est chargée de silence. Tout suggère un équilibre où le jeu du lointain fait celui de la proximité. L'oeuvre est dégagée de facticité aguicheuse ou de pure « façade ». L’imaginaire graphique permet de franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. Masses et ruptures de plans font que les structures et leur contexte se regardent et se complètent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

Jean-Paul Gavard-Perret