gruyeresuisse

22/06/2019

Corinne Lovera Vitali met le paquet

Lovera bon.pngCorinne Lovera Vitali, Ronette et Modine, éditions Abrüpt, Zürich, 2019, 72 pages, 7,50 €.

 

 

 

Lovera.jpgLibre, indomptable, imprévisible et véloce Corinne Lovera Vitali dit son fait à la pensée phallique. Ecrit en "fronçais toutàtrac" son livre dépote et met devant leurs méfaits aux "grands hommes" du XIXème siècle, artistes ou écrivains (Hugo, Rodin et bien d'autres). Et soudain tout vacille : "Abrupt le mot se disperse dans l’obscur, et il ne nous reste plus que des / livres à jeter au monde pour / pour manifester rêves et hurlements." Nous voici soumis à la pression de textes qui s’agitent et se révoltent dans un trafic où le verbe anticipe le réel sans doute espéré.

Lovera 3.jpgLes "cons sacrés de la fronce", les machistes qui étouffent femmes, concubines notoires ou non et maîtresses du même tabac dans leurs vies de mâles dominants en prennent pour leur grade : d'où la présence des Hugo, Rodin, Manet et l'attention portée à leurs victimes Camille Doncieux, Alice Hoschedé, Camille Claudel. Mais et c'est bien là le problème rien n'a véritablement changé. En dépit de la lutte des femmes tout suit son cours que bien, que mal.

Lovera bon 2.pngL'histoire de l'auteure en témoigne dans ses labyrinthes et son langage volontairement inadéquat : « je ne sais plus quand ni comment ça a commencé la contre pèterie la con traction la psus qui s’est déshinibée dans ma bouche qui parle comme qui écrit et elle embrasse aussi avec sa manière à elle de tout téter ». Dans tous les cas il s’agit de réenchanter la solitude et partager quelques gouttes de rosée. En ce but, Corinne Lovera Vitali poursuit son nécessaire jeu de massacre entre dématérialisation, négation  mais aussi saturation du jeu de nécessaires pulsions entre vibrations aiguës et graves, "gorge nouée mais chemisier entr’ouvert" (pour un usage privatif).

Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2019

Big Bandes de Mathieu Dafflon

Daflon.jpgMathieu Dafflon, "Amateur", Collectif Rats, Indiana, Vevey, à partir du 28 juin 2019.

 

Spécialiste de reprises et recyclages des méthodes de production, des formes du design industriel et du graphisme, Mathieu Dafflon conçoit chacun de ses tableaux par ordinateur. Les motifs qu’il utilise sont puisés dans le répertoire décoratif de la stylistique contemporaine.

Dafflon 2.pngLa force de telles propositions est évidente. L'immédiateté visuelle et les formes colorées sont surprenantes. Se dégageant de l’Op-Art, elles jouent d'une forme d’abstraction revisitée qui éloigne de nos attendus automatiques, de nos procédures de programmation habituelle des images. Ici, rien de forcément flatteur mais l'épaisseur d'une attente dans des jeux de plis, collages et  refontes. Nous croyons connaître de telles oeuvres mais elles surprennent toujours tant Dafflon sait empêcher les lapalissades en ses précarités d'éléments plus ou moins défaits.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:23 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

19/06/2019

Shirin Neshat : la photographe et la diva

Neshat 3.jpgShirin Neshat est née en 1957 à Qazvin en Iran. Elle vit et travaille à New York. Le Musée de l’Elysée dévoile son oeuvre inédite lors de la Nuit des images puis intra muros jusqu’au 25 août et ce deux ans après son film "Looking for Oum Kulthum". Le tout sous forme de huit photographies et deux vidéos. Ces oeuvres ont été conçues séparément au film. Elles racontent l’histoire de Mitra, une réalisatrice iranienne en exil, qui réalise son rêve en produisant un film sur la légendaire chanteuse et diva égyptienne.

 

Neshat 2.jpgLes huit photographies sont traitées dans le style des affiches de film typiques des années 50 en Égypte, mettant en scène les actrices du film dans des portraits d’Oum Kulthum. Ces images sont frontales et grands format. Elles portent chacune le titre d'une chanson de la diva. La vidéo est plus onirique et retrace un portrait d'où se dégage le côté mystique de la chanteuse.

Neshat.jpgLa photographe dans les deux cas cherche à faire sentir l'intimité, la grâce et la solitude d'une telle artiste dans son face à face avec son public et dans sa lutte entre célébrité et désir d’affranchissement. La vidéo capte le pouvoir mystique de la musique face à un public transcendé par une telle présence anxieuse et angoissée mais capable de provoquer l'extase.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 © Shirin Neshat, courtesy Noirmontartproduction, Paris.