gruyeresuisse

03/12/2018

Helmut Newton ou le "caliente" décalé

Newton 2.jpgHelmut Newton restera - qu'on le veuille ou non - le maître du nu. Non seulement il le "met à nu" mais en renverse les perspectives par ce qui tient de l'évidence et de la plongée en abîme. Subtiles et provocatrices, impudiques les photographies introduisent du "jeu" dans la nudité en multipliant des jubilations qui révèlent la puissance du féminin et de sa spécificité.

 

 

 

 

Newton 3.jpgLe photographe entraîne par ses prises et mises en scène dans et de l'inconnu(e) entre le vide et l'évidence. L’immobilité saisie est la résultante de tous les dépôts de vagues successives. Elles créent une suspension, un point d'équilibre. Elles éclairent ou  brouillent, moins pour la sensation que l’émotion, les cartes du tendre.

 

 

 

 

 

 

Newton.jpgL'œuvre prouve l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions. Celui d'un œil en mue perpétuelle et aussi obsessionnel qu'ironique. Il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces visibles et invisibles. Le corps s'ouvre et se referme. D'autres paupières se soulèvent dans la mémoire. La femme s'expose comme énigme. Une pulsation reste ce qui sourd du plus profond mangé d'ombres et de lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Saul Leiter. David Lynch. Helmut Newton: Nus, Fondation Helmut Newton, Berlin, du 1er décembre 2018 au 19 mai 2019.

29/11/2018

Guillaume Varone : Visages-paysages

;Varone bonbon.jpgGuillaume Varone, "Début", Analix Forever, Genève, 2018.

 

Né à Lausanne, Varone est devenu photographe "professionnel" presque par accident. Néanmoins, appartenant à la section très restreinte des artistes sans égo et quoique étant photographe depuis toujours (comme Godard est cinéaste depuis ce temps) il possède un sens inné de l'image. Ce qui ne l'empêche en rien de travailler ses prises.

Varone bonbon3.jpgSa modestie éclate par exemple lorsqu'il écrit à propose de son livre sur la Slovénie : "Klavdij Sluban m’a donné quelques clés pour progresser et sortir de la simple illustration : mettre de l’émotion et du mouvement dans les images, faire des photos habitées, avec de la tension et sans être descriptif. Son workshop m’a ouvert les yeux et c’est ce que je cherche désormais à mettre dans mes photos". De fait il avait déjà en lui tout ce qu'll fallait afin de photographier ce pays comme - dans d'autres séries - l'intimité des femmes.

 

 

Varone bonbon2.jpgDans les deux cas le photographe saisit l'intensité et l'émotion : le visage devient paysage, le paysage un visage. Un "corps" quelqu'en soit la nature parle d'un même langage. Varone cherche une vérité d'appartenance et d'incorporation. Exit le voyeurisme. L'artiste ne perce l'intime qu'avec bienveillance et partage. C'est une affaire de "donnant-donnant" bref de confiance et d'attention. D'où la singularité d'une oeuvre qui sans le moindre effet laisse apparaître des sentiments cachés autant chez le photographe que chez le sujet de ses prisess. Rares sont donc les oeuvres aussi justes et tout simplement belles et qui laissent au regardeur sa faculté d'interpétation.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/11/2018

Proust "Forever" - Conrad Bakker

Bakker bon.jpgLa Genevoise Barbara Polla ( directrice d'Analix Forever) présente une exposition originale de l’artiste canadien Conrad Bakker. Son "objet" : Marcel Proust. L'artiste, - après avoir réalisé une « librairie » entière de livres de poches des années 1960-1970 à Genève, travaillé sur la bibliothèque de Robert Smithson puis sur les multiples éditions des "Choses" de Perec - crée un pas de plus dans ses actions commémoratives?

Bakker.jpgChaque fois il reproduit en bois sculpté et peint les livres pour les sublimer par la force de cette transposition. Mais avec Proust il va plus loin encore. L’univers de l'auteur est retracé à travers d'autres "madeleines" : il a réuni sous forme numérique tous ceux qui lisent, commentent l'oeuvre ou en deviennent des bibliophiles. Il rassemble aussi celles et ceux qui le lisent sur tablettes et portables, qui annotent l'oeuvre sur Internet et enfin qui se retrouvent sur la tombe  de l'auteur de la "Recherche" à Paris pour y déposer divers objets en signe de témoignage.

canada 2.jpgCette pierre tombale du Père Lachaise devient dans l'exposition une plateforme numérique bleue sur laquelle les visiteurs peuvent déposer un tweet. Ils peuvent aussi apporter des objets fétiches, discuter avec l'artiste ou le curateur (Paul Ardenne) le 1er décembre ou encore manger les madeleines d’Analix Forever (nul de sait si Barbara Polla les cuisine...). Existe ainsi une célébration aussi mystique que terrestre d'une oeuvre majeure. L’art devient non un simple médium mais une méditation, hors lieu précis. La contextualisation géographique y demeure secondaire. Tout s’organise selon d’étranges mariages où le rêve spirituel et sensuel demeure encore possible. Il concrétise le désir de l'artiste de toucher par l’image la "réalité" cachée de l'écriture.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Conrad Bakker, "UNTITLED PROJECT: IN SEARCH OF LOST TIME", Analix Forever, Paris, Genève. A partir du 29 novembre au Carreau du Temple, Paris