gruyeresuisse

11/01/2021

Solange Kowalewski : l'instantané et l'intemporel

Kowalevski.jpgLe travail photographique de Solange Kowalewski est constitué de séquences documentaires qui deviennent des sortes de fictions. En découle une poussée poétique gage d’un imprévisible tout en créant un resserrement du sens. Le tout selon une mécanique qui crée tout un jeu de bascule dans l’esprit et le regard.

Kowalewski 2.jpgSur une base commune, la plasticienne exprime de qu'elle ressent face aux "paysages" dans ce qui devient possiblement étrange. L'oeuvre met donc en abîme autant l'image que le réel selon des "notules" visuelles » qui pourraient ressembler à celles d’un journal intime mental tissé visant non à recopier du réel mais le réinventer en un ordre d’autonomisation, de suspension, de résistance. Plutôt que de se figer devant l'immuable le plus souvent Solange Kowalewski s'oppose à l'inexorable déni du temps.. 

Kowalewski  3.jpgEn mettant la notion de littéralité au premier plan, de manière certaine mais pas uniquement, la saisie brute du réel, le témoignage concret se transforment. La distance fait partie de ce travail qui se refuse autant à l'auto-représentation qu'à la présence de l'humain. Et si ce royaume reste sans reines ni rois, l'artiste est bien présente là où out est affaire à la fois de proximité et de distance. Et cette double postulation accentue le plaisir l’attention et la surprise. 

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.solangekowalewski.com/

09/01/2021

Caroline Smyrliadis et Sébastien Brideau : quelque chose de Hennesy

Brideau.jpgCaroline Smyrliadis et Sébastien Brideau, "Spectral", Lausanne.

 
Avec leurs mises en scène descriptives, décalées et poétiques, Caroline Smyrliadis et Sébastien Brideau font moutonner le monde de personnages mais aussi d'objets qu'ils ont pour but de promouvoir. S'agrandissent parfois des interstices entre des parois creusées d'alvéoles. De cette forêt des sens s'éveillent des objets. Mais tout se tient. Le visible vise un certain art de vivre selon différents axes.
 
Brideau 2.jpgAdeptes de gageures figurales les deux créateurs animent des carrelages d'images. Ils obligent à accepter de franchir une limite en créant le saut vers ce qui échappera toujours au cerclage de la  raison. En joignant l'abstrait et le concret ils ne se contentent pas de l’exploitation anecdotique des matériaux. Leur écriture plastique redouble l’histoire des apparences par des inventions formelles  saisissantes.
 
Brideau 3.jpgPar le montage des pièces, des hypothèses abondent en divers types d'émulsions  pour discerner des détails selon une géologie et une généalogie de traces et des signes par éclairages du trou noir des choses  pour des panoramas d'étoiles, des ombres projetées et des pics de volupté au moment où les objets retrouvent une âme et les êtres un coeur. Le tout en  diverses surfaces de réparation qui  s'abstraient parfois d'un unique  cadrage.
 

Jean-Paul Gavard-Perret 

08/01/2021

Jean-Luc Godard : du bon usages des objets filmiques

Godard Bon.pngLimiter Godard  à sa maîtrise technique serait la meilleure excuse pour ignorer l'essentiel :  son don de regard capable de donner au monde par l'image en mouvement une poésie particulière. Néanmoins la passer sous silence serait ignorer tout ce que Godard a apporté au cinéma. Elle lui a permis - entre autres par sa connaissance et son intérêt pour des objets techniques nouveaux - de gagner son autonomie et de  créer bien  des innovations. De petites caméras, le numérique, le téléphone (dont il se sert dans " Film Socialisme ") lui permettent de devenir le créateur  dégagé des contraintes économiques qui entravent trop la liberté des cinéastes.
 
Godard 3.jpgCe livre étudie les usages des objets techniques filmés, les tables de mixage pour les " Histoires du cinéma ",  et tout ce qui échappe aux  simples effets de mode et donc  au vieillissement imposé  par les impératifs de la production. Ces objets entrent totalement dans la création du film. Néanmoins l'écriture cinématographique ne se laisse pas phagocyter  par ces prothèses. Les films de Godard interrogent et critiquent  les outils nécessaires à la réalisation en passant d'une création personnelle à parfois une création collective. Perpétuel éveilleur éveillé Godard même s'il ne filme presque plus se confronte toujours aux objets artificiels qui permettent de montrer plus en montrant autrement. Le tout dans un point de vue qui échappe à l'attraction des formes récurrentes.
 
Godard 2.jpgLe numérique lui donne la possibilité, depuis " Éloge de l'amour ",  et en reprenant son langage de presque toujours , d'accorder au "film" un sens plus extensif par l'exposition de diverses réalités dans le même cadre. Godard y ajoute les échos des mots, des timbres des voix,  etc. Le tout dans les évolutions réciproques des histoires et de la forme, de la théorie et de la pratique sans se limiter à de simples dialectiques. Si bien que  le "juste une image" devient plus qu'ailleurs non seulement une image juste mais belle. Et c'est ce qu'on peut reprocher à un tel livre : ne pas appuyer suffisamment sur ce point essentiel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

"Godard / Machines",  sous la direction d'Antoine de Baecque et Gilles Mouëllic Yellow Now, Côté cinéma, 2020, 253 p., 24 €.