gruyeresuisse

25/11/2019

Juan Uslé et la musique des silences

JUslé.jpguan Uslé est un des peintres les plus discrets. Il regarde, lit, observe beaucoup afin de créer une œuvre aussi abstraite qu’expressionniste. Pour lui la peinture est une aventure intérieure liée à l'évolution du monde. Mais sa lecture est une métaphore abstraite là où tout passe par les filtres et les fibres qui vont du noir le plus profond aux couleurs les plus vives.

 

 

 

 

Uslé 2.jpgIl sait par ailleurs que les lois d’harmonie de la peinture répondent à celle de la musique. Il tend chaque toile jusqu’à en faire un support musical, un «pad» pour que les sonorités rebondissent et que la vibration symbole de vie soit favorisée. Et il aime à citer la phrase de Gauguin : « Pensez à la part musicale que prendra désormais la couleur dans la peinture moderne. La couleur qui est sa vibration est à même d’atteindre ce qu’il y a de plus général dans la nature : sa force intérieure. »

Uslé 3.jpgL’accent est donc mis par Uslé sur la partition émotionnelle de la couleur identique à la fonction sensible de la musique. Elle se retrouve dans la suite de tableaux que le peintre décline depuis plusieurs années. Il les peint la nuit en alignant des suites des touches sombres au rythme des battements du cœur. Cherchant un monde unifié, il utilise le mouvement, la fluidité pour s’en approcher au sein de couches géologiques qui se déplacent, se touchent, se mélangent dans le mouvement qui déplace les lignes et crée des horizons.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Juan Uslé, "Lines & Horizons", Lelong & Co, Paris, du 21 novembre au 18 janvier 2020.

24/11/2019

Arabesques et cambrures : Juliette Pailler

Cailler 2.pngBretonne d'origine,  Juliette Pailler vit dans les Alpes depuis longtemps et vient d'ouvrir une galerie à Chambéry. Elle y propose ses bijoux : pièces multiples ou pièces uniques. Ces dernières sont des broches formées au marteau avec la technique de la dinanderie et illuminées par l’application de feuille d’or, d’argent ou de laque.

Pailler.pngTous ses bijoux, de forme organique ou architecturale, accordent à l’éros un destin particulier et subtil. L'artiste orfèvre en pertube l'économie par le minimalisme de son travail des surfaces et des tiges. Chaque pièce sort de l’instrumentalisation décorative. L'artiste la modifie en simplifiant les «informations » visuelles.

Pailler 3.pngL’apparence, ses feintes et vraisemblances sont remplacées par ce qui tient du spectral ou du symbolique. L'artiste revient aux formes primales. Portées, ces oeuvres s'animent tout en atténuant ce qui inutile. Le bijou n'est plus seulement une arme de séduction ou un fétiche. Il peut se porter sur une peau nue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Pailler Galerie, Rue Basse du Chateau, Chambéry.

Rinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond : de l'obscur à la lumière

Gremaud 1.jpgRinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond, "Splendide", galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 30 novembre 2019 au 11 janvier 2020

«Comment savoir quand nos sens doivent se reposer ? À partir de quand en a-t-on marre de voir, d’entendre, de sentir ?» Telles sont les questions sur lesquelles s’arriment Rinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond dans leurs mises en scène ou en abîme. Elles prouvent que lorsque  "le mal de l'image est fait" il est toujours possible de rebondir. Et les deux artistes proposent des moyens de faire redémarrer leur système.

Gremaud 2.jpgIls l’activent au nom de connaissances et de souvenirs. Celui par exemple d'un vieux pin. "Chaque année, je disais à mon frère : « Dis donc, il penche de plus en plus cet arbre. »"  Il a fini par tomber. Dans sa chute il a ouvert un trou de plusieurs mètres. Et par de tels anthrax il arrive que s'ouvre un imaginaire. Si bien que pour les deux artistes chaque objet devient l'objet d'une fuite dans le cosmos par tout un jeu de lumière impressionniste et expressionniste. Il y a là des collines et des galaxies où le regard se perd.

Gremaud 3.jpgC'est une manière de remonter l'espace entre les temps anciens et les avatars et aventures de la technologie moderne. Des objets anodins dans des parures d'étoiles créent un espace où temps et lieux se mêlent en des déflagrations poétiques optiques. Les plasticiens inventent leur propre ordre dans l’attente d’une assomption ou de la cassure. Et, après tout, qu’importe le sens ? Nulle direction à prévoir : il s’agit de réagir à l’instinct avec le peu qu’on sait et que le temps accumule à mesure qu’il accélère jusqu’au moment où sa sédimentation est emportée avec le vivant. Cela n’a rien de « farcesque » (Montaigne) mais devient la preuve que l’obscur crée la lumière

Jean-Paul Gavard-Perret

10:05 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)