gruyeresuisse

13/04/2020

En attendant l'été : Anna Zerdib

Zerdib.jpgPour présenter son livre Anna Zerdib écrit : « C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens". Et d'ajouter une peu plus loin : " Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans."

Et soudain, aux heures de confinement que nous vivons, ce roman plein d'émotions est encore plus prégnant. S'y mêle la disparition, la mort (d'une mère), mais aussi l'amour, ses fantasmes, ses désillusions qui servent de" petits arrangements avec le réel" en des ruses nécessaires pour tenir et attendre l'été. C'est donc l'"ostinato" d'une sortie en attendant que la glace de neige qui recouvrait le corps finisse par disparaître.

Zerdib 2.jpgIl s'agit de savoir comment remarche la vie et de reprendre la route un temps arrêtée. Il faut déclore la chair, redonner de l'élasticité à la peau de nouveau poreuse à la caresse. Ce qui demeure dans le moment qu'Anna Erdib décrit reste plus le trajet et le but. Celui-ci sera révisé plus tard. Pour l'heure l'objectif est de ne plus rester prisonnier de la saumure morbide. Il faut donner à l'âme son élan, rester rebelle aux harcèlements de temps puis attendre les hirondelles. Pas à pas. Corps à corps. Elles arrivent

Jean-Paul Gavard-Perret

Anna Zerdib, "Les après-midi d'hiver", Collection Blanche, Gallimard, Paris, 176 p., 2020.

Alec Soth et la complainte humaine

Soth.jpgAlec Soth est un des plus important photographe de l'époque. Sa première publication "Sleeping By the Mississippi" reste un des livres majeurs de l'histoire de l'édition de telles publications. Il créa son livre le long du fleuve mythique entre 1999 et 2002 du Nord au Sud à partir du Minnesota où il vit juqu'au Delta.

Le créateur montre le monde tel qu'il est. Il y a là la religion, le sexe, la mort. Ses portraits traduisent souvent les espoirs et les peurs, l'amour et la solitude d'êtres perdus dans leurs rêves ou leurs illusions en une sélection de paysages et de scènes d'intérieur.

Soth 3.pngSe dégage une vérité de l'Amérique profonde loin des conventions. Il ne s'agit jamais de flatter celles et ceux qu'il saisit. Mais la tendresse est là pour montrer des perdants magnifiques ou non. Ce travail reste fascinant par l'ambiguité que chaque portrait suggère là où se sent la sincérité d'un artiste pris par la vérité de ses "modèles" dans des sentiers de feuilles, les bars de village, les rangs d'église dans les décombres des dimanches près de bayous coassants.

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Alec Soth, Huxley-Parlour, Londres, 2020

09:50 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

12/04/2020

Manon Wertenbroek : miroir vous avez-dit miroir ?

Marion.pngManon Wertenbroek née en Hollande est devenue Vaudoise. Elle travaille à la limite de divers médiums : photographie, sculpture, vidéo et peinture. Sa forte identité visuelle révèle la fragilité de ses créations sculpturales. Ses photographies  jouent de la proximité et de la distance, de l’éphémère et de ce qui pourrait durer. Adepte des couleurs fortes dont le bleu qu'elle définit "comme une couleur mystérieuse dans laquelle on pourrait presque se perdre" elle exploite et explore la question de l'identité et comment celle-ci varie en fonction du contexte social.

Marion 2.jpgLe thème du reflet est souvent exploité par la créatrice. Elle le figure en différentes étapes d'élaboration pour créer de grands formats, parfois imprimés sur du papier métallisé, sur lesquels elle réfléchit des couleurs au moyen de son ordinateur, avant d’immortaliser le tout au moyen de la photographie. Elle crée ainsi du portrait dans le portrait là où le miroir prend le rôle de symbole. La photographie devient un murmure flottant, un chemin d’air. Il permet de prendre le reflet de la lune pour traverser le Léman . Avec le risque de s’y noyer ou pas. Le tout est de savoir bâtir une respiration. L'artiste le permet.

Jean-Paul Gavard-Perret