gruyeresuisse

03/03/2020

Bertien van Manen : "noblesse" oblige

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Bertien van Manen par ses photographies fait planer l’aigre et le doux. Enraciné dans le reportage photo social classique dans un noir et blanc simple - qui jusque dans les années 1980 était un genre important - avec les photos de ses proches, elle a développé une forme personnelle et poétique de photographie noir et blanc ou couleur qui révèle ses relations les plus profondes.

 

Van Manen.jpgL’exposition propose aussi les différentes séries produites par Van Manen depuis les années 1970, à partir de son travail autobiographique au sens large. Elles passent de sa première série à Budapest dans les années 1970, la série en noir et blanc des religieuses dans les années 1980, et les histoires de Russes et de Chinois aux prises avec les changements de société. Mais aussi et surtout sa série documentant les photos de famille d’autres personnes et les photos sensibles (paysage) prises après la perte de son mari en 2010.

Van Manen 2.jpgCette exposition la première grande rétrospective sur l'œuvre de la photographe dans le monde. En étroite liaison avec la créatrice, cette présentation et pour chacune de ses séries présente le travail d’un autre photographe dont Nan Goldin, Boris Mikhailov et Rineke Dijkstra. Cela fournit un contrepoint au travail de Van Manen,  en propose un contexte, un contraste ou un contrepoint. L’artiste néerlandaise cultive au besoin les discontinuités, des éboulis. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe à l'improbabilité d'un centre ou d'un tréfonds qui interdit la romance. Restent des reliquats où les idées grouillent comme dans les coulisses du monde en une vérité de noblesse particulière face au fade et au frelaté.

Jean-Paul Gavard-Perret

Bertien van Manen,"Beyond the Image: Bertien van Manen & Friends", Stedelijk Museum Amsterdam, du 29 février du 9 aout 2020.

 

 

02/03/2020

Barrage près du Pacifique et forêt des songes : Jacqueline Merville

Merville.jpgReliés - dans ce livre-bilan - l'Orient et l'Occident ne restent plus séparés. S'y ressent une fois de plus l'ombre tutélaire et bienveillante d'Antoniette Fouque. Elle comprit l'auteure et peintre en en devenant une sorte de bergère qui la guida sur le chemin de sa langue et sa musique. Au sein de la forêt de bambous et ses communautés féminines Alice aura appris à chasser la douleur et à aller dans un silence complice qui prend ici une architecture nouvelle. Pour un temps rien n'aura eu lieu que ce lieu.

 

Merville 2.pngJacqueline Merville se devait de l'écrire. D'où ce texte aussi impressionnant que naturel, sans la moindre emphase inutile. A sa manière il représente une sorte de barrage près du Pacifique. Alice y apprend que "détruire n'est pas une consolation". Le livre est donc bien à ce titre un livre de femme - ce qui n'empêche en rien l'amante d'aimer celui qui l'accompagne.

Merville 3.jpgEcrire un tel récit fut, est et restera capital par et pour la grâce qui en émane. S'y vivent des événements extraordinaires dans la chair et l' âme. La forêt de bambous où peuvent se peser les âmes demeure un lieu essentiellement libre et bienfaisant, sans violence. L'auteure n'en est donc pas la rescapée mais la sur-vivance plus que la survivante. La langue aussi pudique qu'audacieuse rappelle ce passage du temps et cette transformation : deux mondes se reconnectent et la vie de la créatrice prend son sens et un apaisement.

Jacqueline Merville, "Le Voyage d'Alice Sandair", Editions des femmes - Antoinette Fouque, 272 p., 16 E., 2020. Parution le 19 mars.

Claire Guanella : le regard de l'aube

Guanella.jpgClaire Guanella, galerie Hostetter, Fribourg, du 6 mars au 4 avril 2020.

 

Dans ses travaux de préparation - voir, contempler, remarquer, photographier dans sa tête - Claire Guanella entame son processus créatif avant de les réaliser dans ses différents ateliers : deux en ville, un en France voisine. 

 

 

Guanella 3.pngMais - et tout autant -  dans son lit pendant ses insomnies, entre rêves, cauchemars et éveil, elle cherche déjà des thèmes, échafaude ses projets, en cherche couleurs, formes et angles. Au besoin elle décompose des images de ses travaux réalisés et de nouvelles possibilités apparaissent. Jour venu elle peint et imagine. Et ce afin que "L'usage du monde" cher à Nicolas Bouvier prenne un nouveau sens à travers ce qu'elle transforme.

Guanella 2.pngL'apparent se dissout en un chant plastique qui s'adresse au visible : la peinture résonne dans son espace et s'y établit comme un "objet" concret, tangible même si elle reste pourtant et théoriquement plus indicible  que le réel. Le tout en des chemins sapientiaux et sensoriels qui allaitent les translations dans des opérations où la force apparemment superficielle de la peinture appelle la projection du songe pour des vision désobstruées et afin de créer un regard de l'aube.

Jean-Paul Gavard-Perret