gruyeresuisse

09/04/2019

Douglas Kirkland : un grand besoin d’amour

Kirkland.jpgPhotographe légendaire d'Hollywood (mais pas seulement), Kirkland a choisi les 60 photos de cette exposition qui couvrent ces 60 ans de carrière. L'une a plus de 12 mètres de haut (Marylin Monroe). L'artiste a commencé très jeune dans "Look Magazine" puis "Life Magazine" son travail au moment de l'apogée du photojournalisme puis il étend ses collaborations à de nombreux magazines. Il se retrouve sur plus de 2 000 projets dont de nombreux plateaux de tournage ("The Sound of Music", "2001 : Odyssée de l'espace", "Butch Cassidy et le Kid") et capta plus de 600 célébrités.

 

Kirkland 3.jpgLe photographe raconte l'histoire hollywoodienne mais avec beaucoup de grâce et selon des angles asticieux. L’œuvre associe à la fois le conceptuel et l’émotionnel par un effet métaphorique et parfois délicieusement ironique selon ses propres "mises en scène". Après avoir longuement réfléchi aux hypothèses de ses prises, il dégrafe un peu l'étoffe qui contient les beautés pour en répandre une "flaque" volatile. Ce peut être parfois juste le visage souriant d'un corps en mouvement. L'apparat devient convoitise et fête.

 

Kirkland 2.jpgA l'idée de Lacan : "l’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas", il répond que si vous ne pouvez le donner, vous pouvez le posséder et être  surpris de la profondeur d'un certain amour par procuration. C'est un peu la gageure que Kirkland relève à travers ses prises d'éprises ou non. Il rameute de l’intime et un éros particulier. Le tout au sein d’une délectation joyeuse et l’acidité ironique des couleurs et des formes. La fascination glamour  joue à plein là où la photographie accorde à la figuration une valeur magique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Douglas Kirkland, Centre d’art de Palos Verdes, Palos Verdes, Californie.

08/04/2019

Franck Smith et Julien Serve : causeries des lits las

Smith.pngFrank Smith et Julien Serve, "Pour parler", Éditions Créaphis, 2019, 256 p., 22 E..

Le livre est le fruit d'une "co-errance" faite ou défaite de 15 sonnets de Franck Smith et de centaines de dessins de Julien Serve intégrés dans les textes. L'objectif est de trouer le logos et les images dans leur manière de signifier et de représenter : "quelque chose a été laissé de côté / il y a dans les faits pour ainsi dire une / lacune un ciel où les astres n’auraient / pas été peints en tableau incomplet". Si bien que l'ensemble crée une formation défaite en vue d'un sens dont l'attente sera forcément déceptive.

Certes il faudrait pourvoir espérer une advenue mais demeure un manque habilement "mis en scène" dans une déflagration corrosive. Le livre permet de "quitter" une certaine vision de la poésie et de l'image pour une nouvelle idéologie au messianisme hors de ses gonds en rupture avec une certaine idée de la littérature et de l'art. Dans son relief particulier l'opus s'ouvre à sa propre évolution en gardant un force de crise. Elle permet de réviser la "situation" (en sens sartrien) d'une esthétique canonique où malgré tout elle aurait il aurait pu se prendre les pieds. Si bien que ce travail à quatre mains n'a rien d'une expérimentation inachevée. Au contraire même.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Flynn Maria Bergmann : tropismes intempestifs

Bergmann.jpgFlynn Maria Bergmann, "Flynnzine #1", art&fiction, Lausanne, 64 p., 25 CHF.

 

Dans ce nouvel opus au format XL Flynn Maria Bergmann propose un grand déversoire ou ce qu'il appel "un gros bordel dégoulinant" là où tout se mêle : dans la partie "blah-blah-blah" mots hors de leurs gonds, dans la partie "splash" "des dessins et collages d'objets sortis  de leur utilisation pratique. Le tout "en anglais please, because fuck Donald Trump et les zombies de la Silicon Valley of Death". Même si l'artiste et auteur ne fait rien à motié il ne se soucie pas de la lecture éventuelle de son livre  : au pire celui-ci pourra servir de manière plus brutale car "on a tous besoin, un jour ou l’autre, de papier journal pour allumer un feu."

Bergmann 2.pngCe qui serait néanmoins dommage. Existent là des béances sémillantes, des constellations sauvages au sein d’une dérive tropicale que Bergmann organise afin de sortir des gammes immuables de la représentation pour retrouver une insécurité fondamentale. Qui dit que le monde est déjà découvert ? Certainement pas l'auteur. Dans sa randonnée, des chemins déambulent en vertiges. S'y parcourent des paysages qui deviennent la géographie d’une histoire de prises où il convient de se perdre lorsque les arbres s’approchent les uns des autres. Images et mots se cotoient comme des grands singes ou des bêtes curieuses. Et cela prend l'aspect d'une farce corrosive.

Jean-Paul Gavard-Perret