gruyeresuisse

18/06/2020

Catherine Bolle l'indispensable

Bolle.jpgCatherine Bolle, « en duplex » : Les dilet tantes - sion du 20 juin au 15 aout 2020, Zone 30 - sierre du 30 juin au 29 aout 2020.

Contre les mondes et les oeuvres fermées, passant de la création plastique à l'écriture Catherine Bolle poursuit une des oeuvres les plus originales et profondes qui soient. Ce sont et pour paraphraser un de ses poèmes qui sera présenté à Sierre des "sérums, aides-mémoire, scénarii" dont les "rétiniens reflets" s'inscrivent au fond de nous-mêmes  jusqu'à prendre à revers et sans qu'il le sache notre inconscient.

Bolle 3.pngChez Catherine Bolle les dessins font ce que les mots ne font pas et tout autant les seconds évoquent ce que les premiers de peuvent donner. Existe dans chacune de ses oeuvres "l’iceberg de la peur démasqué, l’enveloppe dépourvue de message même, sans son sel, de la mer à la rosée à la fascinante recherche de l’éternité". Preuve que l'art lorsqu'il montre ou parle n'est pas simple agent de communication mais matière elle-même de ce qu'il fait, est et devient grâce à une telle créatrice.

Bolle 2.jpgLa Vaudoise reste l'artiste impeccable du trouble, de la fêlure existentielle. Tout surgit en une forme de rigorisme capable de débrider toutefois une sorte de sensualité paradoxale. Nous sommes plongés au coeur d’une errance immobile dans laquelle le statisme de l'image est toujours contredit par ce qui en jaillit. Catherined Bolle catalyse une force prête à sourdre. Surgit le flot obscur d’un sombre désir, d’une attente et d’une perpétuelle interrogation dans l'exploration de limites, frontières, indices interstitiels.

Jean-Paul Gavard-Perret.

15/06/2020

Mosset toujours

Mosset.jpgPour sa première exposition personnelle à la galerie Gagosian Genève comme pour son exposition au MAMCO, Olivier Mosset continue de surprendre. Dans la galerie de la place Longemalle il propose quatre nouvelles créations : immenses toiles (2,5 x 1 m.) apparemment identiques où surgissent quatre diamants noir peints sur des toiles blanches. Tout est réduit à une sorte d'essence sans que l'on puisse parler de minimalisme tardif dans lequel l'artiste continuerait de baigner.

Mosset 2.jpgLes diamants d’apparence noire, sont de fait tous les quatre nuancés – tantôt le noir tire au rouge, tantôt le noir contient un peu de vert, de jaune ou encore de bleu. Les tableaux sont nus et restent toujours pionniers d'un mouvement intérieur qui continue de questionner. "Une peinture n’a pas besoin de dire qu’elle est de l’art. Elle exprime une sorte de silence qui m’intéresse" écrit l'artste.

Mosset 3.jpgLe cercle, parfaitement noir sur une toile blanche (dont il a produit plus de deux cents modèles entre 1966 et 1974) est non seulement repris en un autre registre géométrique mais revisité même si une ligne générale perdure. Rejetant toute narration ou symbole relié à la subjectivé Mosset déconcentre à chaque oeuvre qui se définit comme objet débarrassé de la surabondance généralisée. Le tout dans une sorte de vision "impartiale" là où s'érige une frontalité avec la matière même et le processus de créatif le plus radical eet stratégique qui soit. La neutralité y est encore plus exacerbée que chez Malévitch. Face à Mosset celui-là sembla manquer d'ambition. Et l'art trouve un chemin "politique" particulier et en rien illustratif ou décoratif.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/06/2020

Gilles Heuré : Jospeh Kessel, l'homme et l'oeuvre

Kessel.jpgGilles Heuré a édité en 2010 le volume Quarto des œuvres de Joseph Kessel (Gallimard). Et au moment où "Jef" rentre dans La Pléiade, il publie "l'Album" qui lui est consacré. Kessel y revit à travers le texte et un corpus d'images. Il décrit toute la complexité de celui qui traversa de l'Irlande fracturée à l'Afghanistan en charpie un siècle tourmenté Vivant ses enquêtes comme des romans et donnant à ses reportages une puissance de fiction" Kessel se retrouve ici dans sa vie intime, ses combats et ses traversées

Kesel 2.pngEn parcourant la vie de l'auteur, Gilles Heuré illustre comment la narration mentale se produit parfois dans les errances de l'Histoire et de la fiction. Non dans la volonté de produire le fantasme de monde mais pour tenter d'en comprendre son "corps" premier, génétique et génésique au sein des situations de résistances et de répressions et dans lesquelles Kessel n'oublie jamais les victimes et permet d'entrer dans leur combat et souffrances.

Kessel 3.pngLes diverses dimensions de l’espace chez l'auteur, ses épopées aussi épiques que poétiques sont rassemblées dans cet album. Il rapproche de celui qui, sorte de héros à la Hemingway dans les années 60-70, fut souvent recouvert de clichés. Gilles Heuré offre ainsi une archive narrative et visuelle unique. La littérature dite "d'aventure" et le travail de journaliste habité permirent à ce "désespéré" de déshabiller les concepts tout fait et de montrer les maîtres du monde comme des rois nus. Loin de la bienveillance de parade, il défit bien des ferraillages. Il découpa sans cesse les ambiguïtés des maîtres qui sélectionnent ce qui arrange au détriment de l’être spolié. Ce dernier reste chez lui comme chez Heuré celui qui n'existe jamais assez.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Heuré, "Album Kessel", Bibliothèque de la Pléïade, Gallimard, Paris, 2020, 256 p. Joseph Kessel,  "Romans et récits" 2 tomes, Idem.