gruyeresuisse

22/04/2020

Anna Katharina Scheidegger et les disparitions

Katharina.jpgAnna Katharina Scheidegger née à Sumiswald, a rejoint l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) de Paris dont elle sort diplômée en 2003. Elle s’y spécialise en vidéo mais interroge tout autant la photographie dans sa relation au temps à travers le geste cinématographique. Ce questionnement trouve sa formule également à travers des installations interactives ou la réalisation de films ("Fragment of Destruction").

Katharina 3.jpgSes photographies et ses films s'intéressent autant à la destruction de la nature qu'à la description des phénomènes urbains à travers l'architecture. Affirmant une volonté première de documentariste l'artiste dépasse largement cette posture par son regard original et créatif. Son travail sur la disparition des glaciers en Suisse le prouve. Elle les a photographiés lorsqu'ils ont couverts par des bâches pendant l'été pour les protéger du soleil. Et ce en rebondissant sur des contes de son pays qui racontent que lorsque les humains ont maltraité la nature, ils sont pris après leur mort dans les glaciers. Dès lors l'artiste a choisi un parti pris : "J'ai cherché une façon de représenter ces pauvres âmes et j'ai décidé de faire un moule de mon buste en glace pour signifier la disparition mais aussi l'idée que la perte laisse une place afin que quelque chose de nouveau puisse surgir".

Katharina 2.jpgDu Viet-Nam à Madrid, de Suisse ou d'ailleurs chaque fois l'artiste expérimente des manières de saisir divers types de situations. Par le portrait comme le paysage elle est capable de créer une émotion très spécifique. Celle-ci déborde car sous couvert  de reportage Anna Katharina Scheidegger invente des histoires liées au réel. Le regardeur non seulement apprend des choses mais est saisi par ce que l'image ouvre en jeux d'échelles et angles pour traquer les signes du passage de l’homme. Et c'est impressionnant.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/04/2020

Tina Sturzenegger ouvreuse mesurée d'appétits

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Par sa pratique, la photographe de Zug Tina Sturzenegger réaffirme son credo : il n’existe une manifestation de l'image que dans l’ouvert. Pour preuve la spécialiste des prises de natures mortes (bien vivantes) de nourritures diverses (elle est souvent appelée pour en faire la promotion) et des paysages réenchante le monde avec élégance et humour.

 

 

 

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La perception du monde prend une profondeur - parfois ludique mais pas seulement - au sein des formes et des couleurs au service d'une impeccabilité visuelle. S'ouvre une expérience du plaisir où se mêle parfois loin des mises en scène allusives une poétique de la ville.

 

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La civilisation occidentale prend un caractère particulier où la culture est évoquée par les saveurs de la table qui restent en interaction avec la nature. L'artiste ne culpabilise pas le consommateur mais, par un sens aiguisé de ses "remises", elle crée une empathie avec la ville, la nature et ses produits qu'il ne s'agit pas d'épuiser mais de retrouver. Preuve qu'une certaine forme de promotion n'empêche pas un regard parfois critique sur nos méthodes et nos "appétits" sensoriels là où les leçons de conduite restent implicites.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

19/04/2020

Chloé Julien et l'homme assorti

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Chloé Julien ressemble à Sharleen Spiteri lorsque celle ci était jeune avec son "Texas". Dans ces collages la placticienne se permet de nous donner un aperçu de l'homme ou l'amoureux idéal. Est-ce son "futur "? Ou un double ? En tous les cas les voyeuses et voyeurs en seront pour leurs frais. Les voici déboussolés car l'homme est en morceaux, il est épars, disjoint dans une déconstruction des plus fidèles... 

 

 

 

Chloé 4.jpgPour fonder un foyer ou juste une aventure pourrait-il faire l'affaire ? Et dans un ou l'autre cas il faut n'en retenir qu'une part (la meilleure si possible). A chacune de choisir là où l'image trépigne, se tortille.C'est comme si Chloé Julien faisait le ménage et aidait les hésitantes à choisir. C'est aussi une manière d'éloigner la médiocrité et de conserver des portions ésotériques (mais pas forcément) en un assortiment de choix. Il y a donc là du ciel et des fesses car il faut que le regard et le corps exultent. Mais rien d'obscène pour autant. Celle qui se veut chatte joue de l'allusion.

Chloé Julien.jpgExistent des sortes de tableaux en colliers où des hommes gruyères (suisses) sortent de leurs trous. L'artiste en garde ce qui lui fait plaisir ou sourire. Ses découpages n’offrent pas un rituel de la ruine mais une manière de revisiter l'espace dans un imaginaire aérien. Le vide comme le plein sont corrigés sans les combler des habituels bourres et repères cartographiques. Toute une scénographie traverse le portrait. Il reconvertit l'espace selon des modèles masculins aux propositions puissantes mais pas forcément phalliques.

Jean-Paul Gavard-Perret.

(Voire le Site de l'artiste: http://www.chloejulien.com/)