gruyeresuisse

28/12/2021

Florian Rodari et Christophe Gallaz : Jean Lecoultre le "cruel"

Lecoutre.pngFlorian Rodari et Christophe Gallaz, "Jean Lecoultre - l'oeil à vif", La Dogana, Genève, 2021, 12,00 CHF

De Madrid (qu'il préféra à Paris) où, dans les années cinquante il est étroitement associé à la vie artistique espagnole, comme à Pully où se trouve aujourd'hui son atelier, Jean Lecoultre  suit un itinéraire surprenant. Il est né à la peinture par l'illumination du surréalisme. Son art est à la fois un art de rupture et de recherche d'identité dans un monde qui se dissout. Il ne cherche pas à plaire en caressant le regardeur dans le sens du poil.

Lecoutre 2.pngLe peintre vaudois s'inspire de l'univers urbain, de l'Amérique qu'il connaît par les films. Il marque aussi un goût assumé  pour les matières synthétiques. Du Vaudois ont surtout été retenues les gravures. Mais il est créateur de dessins et peintures. Les essais de Florian Rodari (qui a organisé l'exposition du peintre au Musée Jénisch de Vevey) et Christophe Gallaz permettent d'entrer dans cette oeuvre exigeante et encore mal connue. 

 

Lecoultre 3.jpgDe loin il est souvent difficile de différencier  les lithographies des pièces exécutées à l’aquarelle et au crayon noir, avec des collages. C'est ceux-ci que le regardeur retrouve sur les tableaux. L'artiste combine collage et dessin, avec un goût pour les figures fragmentaires et les évocations de matières allant du marbre au carreau de céramique en passant par le cuir. Tout se télescope dans une ambiance inquiétante. Florian Rodari parle non sans raison "d’une cruauté" mais où la violence est aseptisée si bien que la puissance des émotions premières est maîtrisée. Ce qui leur donne plus de force et paradoxalement d'humanité.
Jean-Paul Gavard-Perret

27/12/2021

Incandescences du Môle et du Salève

Dumont.jpgI
 
Main scellée
Là où pointent deux framboises
Cachées sur tourterelles
Que la paume caresse
Douceur que douceur
S'y languit le toucher
Ma faim leur appartient.
 
Dumont 4.jpgII
 
Je prends ton bras avec audace
Mais à la Roche sur Foron
J'entends qu'on chuchote :
Que fait notre belle haute savoyarde
Avec ce vieux aux cheveux blancs ?
Si ce n'est pas une honte
Pour un homme de son âge !
Et sans doute qu'il l'emmène
Dans son lit étroit.
Ah plaignons la pauvrette
D'être à la merci
De ce vieux cancre las.
Qu'il doit lui en falloir
du Viagra
Pour l'honorer
Comme elle le mérite
Notre edelweiss du Salève !
 
 
Dumont 3.jpgIII
 
A la lueur de tes cuisses
Et de tes rêves
Dans ta grande maison
Ou plutôt non : 
Couché dans ton pré à t'attendre. 
Bientôt 
À l'inverse de nous
Les trèfles de se rider
Sous nos corps-grillons
Qui stridulent en chœur.
 
IV
 
Je glisse dans ta robe de nuit en soie
Pour te retirer du sommeil
Tu crois qu'un ange généreux
Traverse ton carême
Mais c'est un sorcier vaudou
Il crie : "Anne convertis-toi".
Capturée, envoutée 
Ta caverne s'ouvre
D'un amour dont je bois le vermouth.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photos d'A. Lüthi,  photographe et poète franco-suisse

26/12/2021

Cacher-montrer : Virginie Delannoy

Delannoy.jpgVirginie Delannoy, "Ne pas censé être vu", Andata-Ritorno, Genève, du 13 janvier au 4 février 2022.

A côté de son travail de sculpture  Virginie Delannoy s’est lancée dans une production graphique depuis quelques temps sans faire l’impasse sur les valeurs tridimensionnelles qui l’intéressent.  Puisque ces derniers portraits monumentaux quoique en 2 D s'insèrent dans des structures 3 D : les bâtiments que de telles bâches recouvrent.
 
Delannoy bon.jpgIl s'agit en quelque sorte d'installations vivantes pour donner une énergie à des volumes ayant perdu momentanément leur fonction.  En dessinant et peignant ses portraits elle considère leurs formes comme des masses et prend en compte la puissance de leur mise en scène. L'effet de plat de la peinture est donc contredit par sa position dans l'espace. 
 
 
Delanoy bonbon.jpgTout y est lié au contexte de la construction mais dans de subtil rappel - ici au passé dans le cas de ses "portraits romains".  Un bâtiment en cours de transformation qui a laissé de la place à un lieu de travail temporaire permet donc une pratique  autant de l'éphémère que d'une sorte d'expérimentation. Certes la créatrice n'est pas la première à la tenter mais elle la porte à une force particulière dans une conséquente frontalité et vers une réamorce de l'Histoire.
 

Jean-Paul Gavard-Perret