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23/01/2020

Marc Kennes : éloge du sombre dans la lumière

Kennes.pngMarc Kennes, "Frequency of light", Espace Nicolas Schilling et galerie, Neuchâtel, du 18 janvier au 13 mars 2020. Un catalogue est édité à l'occasion de l'exposition.

Le belge Marc Kennes est un artiste confirmé qui a déjà plusieurs fois exposé en Suisse. Il s’inscrit dans la longue tradition de la peinture flamande. Et c'est d'Anvers, cité de Rubens, Bruegel, Van Dyck que l'artiste s'imprègne pour créer ses peintures qui transcendent les genres et la figuration.

Kennes 2.pngIl crée un univers tout en nuances et couleurs vives. La puissance est constante quelle que soit le format des oeuvres. Les inspirations sont diverses à travers ses séries : « Tribute to Chostakovich » ramène au compositeur, « Bewitched city », « Road to El Rocio » aux routes et paysages.

 

Kennes 3.pngL'artiste semble poser la question : qui donc au fond de soi peut se reconnaître ? Orties blanches, plâtras, pans de ciel, terminus de la mémoire qui se noie dans les flaques. Le tout entre diverses sagas et élégies, ombre et soleil. Le tout par la capacité à se glisser dans le paysage même lorsqu'il semble verrouillé. Marc Kennes le force au milieu des disparus et de tout ce qui reste pour présenter un présent non pulsé.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:07 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/01/2020

Senta Simond et les ostentations discrètes

Senta-Simond.jpgLe premier livre de la jeune photographe suisse  Senta Simond "Rayon Vert" publié par Kominek en 2018, a été un succès critique et commercial. Son travail donne lieu en ce début d'année à sa première exposition américaine. L'artiste se concentre sur une approche intime du corps féminin. En lien avec ses modèles la photographe crée un monde plus sensuel que sexuel. Elle élimine le regard voyeuriste.

 

 

Senta-Simond 2.jpgL'objectif est de suggérer divers sentiments chez ses modèles avec lesquelles elle travaille parfois  depuis 10 ans. Elles sont choisies parce que Senta Simond trouve en elle "quelque chose d’intrigant dans leur caractère, leur attitude, quelque chose de fort et de doux en même temps. Il y a quelque chose de très spécifique qui me fascine, ce que je trouve généralement chez les femmes." écrit-elle.

 

Senta-Simond 3.jpg

Les photos sont prises afin de porter toute l'attention sur le modèle avec de simples arrière-plans en effacement. C'est là une manière essentielle pour se rapprocher du sujet afin de capter des moments subtils et intimes. Pas étonnant dès lors que celle qui a étudié l’esthétique et la théorie du cinéma à l’Université de Lausanne et a obtenu un Master en Photographie à l’ECAL est déjà une créatrice d'envergure internationale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Senta Simond, "Exposition", Danziger Gallery, 980 Madison Avenue, New York, du 23 janvier au 29 février 2020.

20/01/2020

Jean-Charles Massera : déprogrammation des poncifs

Massera Bon.pngJean-Charles Massera – Transition attentionnelle volet 1 : « L’enfouissement de la puissance », Centre de la Photographie, Genève, du 4 décembre 2019 au 2 février 2020

Fondé en 1984 le Centre de la photographie Genève est depuis 2001 un laboratoire de recherche. Il élabore de nouvelles formes pour présenter et penser la photographie en lien avec les autres arts et la société contemporaine. Pour son exposition Jean-Charles Massera écrit :"La Transition Attentionnelle est un rêve, le rêve d’un imaginaire et d’une culture dont les objectifs ne seraient de dépasser le seuil des 1.000 milliards de dollars de capitalisation d'offrir" et ce pour ouvrir d'autres visées que celles indexées sur des logiques de croissance, d’expansion, de puissance et de domination. Contre les logiques qui conduisent à notre propre destruction, il propose des "représentations à notre échelle (et non plus à celles des intérêts que nous servons), des images qui remonteraient le cours de l’Histoire et de notre formation « d’homme » et de « femme".

Massera bo 2A.jpgLe photographe remet en scène le corps et ses désirs en des lieux qui se différencient de notre imaginaire téléguidé et notre culture programmée. Il s'agit pour lui de "désessentialiser, dégenrer et redistribuer les rôles". Après de nombreux travaux d'écriture sur des artistes et cinéastes dont Stan Douglas, Pierre Huyghe,Jean-Luc Godard, Wong Kar-Wai publié aux éditions du MIT (tandis que ses écrits littéraires ont été publiés par les éditions P.O.L.) il prolonge son travail par des photographiques, vidéos ou des compositions radiophoniques pour atteindre un public plus large. L’exposition au Centre de la photographie Genève se déroule en partie dans les rues de la Ville de Genève au moyen d'affiches qui ne mettent pas en avant un message de consommation par tout un système de détournement.

Massera 2.jpgNeuf photographies horizontales montrent principalement une jeune fille d’une dizaine d’années et sa mère absorbées par le jeu avec un des objets de la domination masculine (la voiture). Des vidéos dont "Growth Can Dance" explore le rêve d'un autre monde plus lent où le travail deviendrait une expérience sensuelle sans différences de genre et où les relations de pouvoir seraient désactivées. "La Quadrature des sentiments externalisés" propose une relecture de Pierre Bourdieu et de Mario Kart. Un homme aisé met soudainement en doute ce qu’il croyait être, ce qu’il croyait aimer le tout au sein d'une confession étrange. Ecriture, photographie, vidéos inscrivent donc une (dé)programmation essentielle.

Jean-Paul Gavard-Perret