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23/02/2021

Frédéric Gabioud : seuils de résistance

Gabioud.jpgFrédéric Gabioud, "Aurora", Galerie Joy de Rouvre, Genève, à partir du 15 mars 2021
 
 
"Aurora" est la première exposition personnelle de Frédéric Gabioud. Le Vaudois semble placer l'image sur une ligne de flottaison. L’image devient une peau fuyante en digression de couleurs. Et dans une sorte de granulation c'est comme si deux exclusions se superposaient.
 
De reprises en reprises, de plans en plans s’instruisent un flux persistant et une dispersion insistante. Ils consacrent le lieu où non à force mais par force il n'y a plus rien à montrer - ou presque. L'artiste crée une manière d'ironiser l'art. Il rend l'image incertaine voire "inexistante". Surgit un seuil de visibilité et de résistance entre égarement et l’errance dont l’image surnage tant que faire se peut.
 
Elle survit au bout de la représentation. Elle paraît s'effacer sans pour autant renoncer à son immensité errante selon une forme d'épure minimale et radicale. C'est une manière de dégager l'essence même de l'art avec lequel le créateur choisit de se battre et de s'exprimer. Regarder revient à avancer à tâtons, dans la nuit des apparences. Preuve que si un artiste savait ce qu'il va s’imager, ça ne serait pas la peine de créer et d'imaginer encore.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

22/02/2021

Sarah Lucas : humour et sexualité

Sarah.jpgAvec"Not Now Darling", Sarah Lucas présente un ensemble de sculptures récentes réalisées à partir de collants rembourrés, parfois fabriquées en bronze ou associées à du mobilier - tabourets, chaises de bureau, fauteuils de grossier tissu blanc. Ces figures féminines élastiques, presque réduites à leurs seuls attributs sexuels interrogent les questions de genre, de sexualité et d'identité. C'est la folie qui dure. La folie pure. Appel du vide ou du trop-plein voire démesuré à travers ses hybrides et divers types de "nœuds".
 
Sarah 3.jpgSes œuvres illustrent l’importance accordée par les médias populaires britanniques à la sexualité et au sensationnalisme. Avant de proposer de telles sculptures l'artiste s'est mise en scène dans des autoportraits photographique aux postures anti-féminines de défi. Elle brouille les rôles, s'empare autant des codes masculins pour choquer le regardeur comme elle l'exécute aussi créant des installations à la trivialité allégorique évidente et drôle afin de réviser les visions de la sexualité.
 
Sarah 2.jpgDans des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives d’éros, la louve n’y est pas forcément romaine…  Et ses seins nourriciers deviennent le prétexte à des strip-teases parodiques. L’œil du spectateur serpente dans ses propos plastiques entre dérision et tentation. L’artiste se propulse vers un éros énergumène où la Méduse se veut rétive à la confusion des affects et à la communion des seins.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Sarah Lucas, "Not Now Darling", Consortium Museum, Dijon, février 2021.

19/02/2021

Silvana Reggiardo : rien - pas plus

Reggiardo 2.jpgAprès s'être intéressée à l’apparente banalité de l’intimité d'appartements vides où ne restaient que des traces de coercition et de solitude, Silvana Reggiardo sort de tels lieux  clos et se dirige vers l’espace urbain. Elle s’attarde sur les empreintes fugitives de la lumière sur les surfaces brillantes. La photographe n’est  plus une chasseuse d’icônes, une chercheuse de trophées imaginaires mais une "dépeupleuse".
 
Reggiardo 3.jpgElle trame d’autres voies. A notre propre chaos livré à l’énigme d’images célibataires elle propose une redistribution de leurs « cartes » et de leur « peau ». S'inscrit le presque rien qui suggère sans doute  un hors-champ mais il  reste énigmatique. Demeurent des espaces donnés non comme volume mais surface plate. Dans des constellations structurelles les lignes droites ne  la font plus bouger.
 
Reggiardo.jpgCette démarche novatrice est animée par l’idée que les formulations visuelles de jeux logiques du langage plastique ouvrent les questions fondamentales de l’écart entre savoir et voir.  Silvana Reggiardo pose un regard doux sur de tels espaces en observatrice minutieuse par des prises dont les lignes hypnotiques  à la clarté du jour  créent l’amour des béances par effet de variations de divers types  de fermetures ou d'interstices. Rien n'a lieu que le lieu. Et son vide.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

Mélissa Boucher, Silvana Reggiardo, Laure Vasconi : "Sortie d’Atelier", Regard Sud Galerie, 1/3 rue des Pierres Plantées, Lyon, du 20 février au 27 mars 2021