gruyeresuisse

16/04/2021

Jeune homme au bord de la crise de nerfs - Simon Leihner

Lehner.jpgAvec "How far is a light year?" l’Autrichien Simon Leihner s’immisce - par ses oeuvres en mêlant photographie, peinture, archives et même images 3D - dans l’imaginaire d’un jeune garçon en pleine évolution. Très vite l'artiste a compris que la photographie serait son médium. Il lui permet d'expérimenter un travail autobiographique. Il explore à travers ses images les dimensions psychologiques, sensorielles et motrices de ses émotions.

 
Lehner 3.jpgSimon Leihner reconstruit le développement d’un enfant au sein d’une famille sans figure paternelle. "J’ai rencontré mon père pour la première fois en 2005, lorsque j’avais neuf ans. Il est reparti quelque temps plus tard" rappelle le créateur.  Et il crée un espace intime, où réel et fiction se mêlent.
 
Lehner 2.jpgCet univers regroupe les souvenirs et fantasmes d’un enfant, mais aussi la maturité d’un homme en proie aux questionnements. Face à cette épreuve difficile, le retrait dans un monde chimérique devient finalement l’unique option. Une représentation sensible d’un drame ordinaire. Se voulant à l'origine une thérapie, la série se transforme prend une valeur universelle. Elle interroge les notions d’identité et de relations avec autant de beauté froide que d'humour au second degré.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Fotohof, Salzburg, avril-mai 2021.

15/04/2021

Les offrandes de Giacomo Santiago Rogado

Rogado bon.jpgGiacomo Santiago Rogado, "Kopf herz Bauch", Galerie Mark Müller, Zurich, du 24 avril au 5 juin 2021.
 
Giacomo Santiago Rogado délivre de bien des imbroglios que l'art entretient. Narrateur plastique il construit une légende muette. Nul discours est nécessaire. Résultat :  une liesse minimaliste, la fête de contacts implicites. Aucun incident ne vient déranger l’ordre : tout est accueil là où sous l'uniformité d'apparence se produit moins la sévérité qu’une poésie du diaphane.
 
Rogado 2.jpgDans les formes, disques, taches tout à la fois se divulgue et s'endigue. L'exubérance prend un aspect très particulier presque ascétique mais coloré. Un miracle maraude car le créateur est apte à capter un tumulte sourd. Il permet de rejoindre le flux d'une avancée là où le statique est métamorphosé. Par un contrôle constructif.  Rogado crée ce qui semble soumis à une astreinte.
 
Rogado.jpgIl n'existe pas à proprement parler de trame ou d'horizon mais un porte greffe minutieusement réglé : les éléments à l'identique créent une étrange parade. Elle laisse à la fois sans voix et bavard tant le regardeur ne peut se défaire de ce qui lui est servi sur ce plateau. L'œuvre semble "sans image" et pourtant elles abondent impeccables  et prégnantes en ce qui tient d'un cérémonial aussi discret qu'étrange. L'œil doit apprendre à saisir sa force et sa fantaisie.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

14/04/2021

La peinture comme voyage en solitaire - François Aubrun

Aubrun.jpgFrançois Aubrun, "Oeuvres sur papier", galerie LIGNE treize, Carouge - Genève, du 17 avril au 31 mai 2021.
 
François Aubrun (1934-2009) a défini son  travail dans une phrase essentielle :  "L’acte de peindre se passe seul et il ne faut jamais souffrir de solitude si on veut peindre. La peinture n’est pas un métier, c’est un cheminement qui se conduit uniquement dans la solitude." Fidèle à son principe il a peint pendant soixante ans dans son atelier  à côté de chez Cézanne, face à la montagne Sainte-Victoire.
 
Aubrun 3.jpgToute son oeuvre montre l’indicible et par exemple  la transparence de la brume "quand le matin elle pèse plus lourd que le ciel" écrivait encore l'artiste. Il a toujours cherché une liquidité du paysage, liquidité qu'il concevait comme "le féminin, la rivière, la Seine, la brume de Sainte-Victoire".. De ces lieux il a tiré un trouble, une lumière et le silence.
 
 
Aubrun 2.jpgIl en a restitué la lumière, voire le silence. Le tout attiré par le regard qui le poussa à la création. Elle donne à voir comment les choses  se font en suffisant d'attendre : " à force de regarder les choses, elles vous regardent."   Celui qui fut directeur de l’École des Beaux-Arts de Toulon de 1974 à 1980, puis professeur de peinture à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris jusqu’en 1992 reste un artiste autant majeur que discret et dont l'oeuvre reste saillante par le trouble qu'elle génère.
 
Jean-Paul Gavard-Perret