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16/04/2018

Christophe Rey : associations, dislocations

Rey.jpgChristophe Rey, « Claquettes et ornithologie », Editions Héros Limite, Genève, 2018, 240 p., 28 CHF, 20 E.

Dans un mixage de "choses hétéroclites, nobles ou triviales, grossières ou délicates, complexes ou absurdes", Christophe Rey invente les listes qui sont autant de filtres, de philtres ou de grilles afin de saisir le monde à travers des biais comiques qui forcément sollicitent non seulement l’attention mais l’imagination du lecteur. D’autant que la manière de « monter » et montrer chaque liste n’a rien de figé. Tout se succède en une suite de « tableaux » sauvés des eaux ou du zoo humain.

Dans une telle raffinerie la valeur ou le vecteur dominant est le tacle : celui des rafales qui giflent la page, ratissent plus ou moins large afin que le lecteur s’y empale ou s’y estourbisse l’âme dans des agencements aux reliefs maltraités et où personne ne peut trouver la confirmation de ses savoirs acquis.

S’ensuit un examen de passage, un adoubement par figures polymorphes et hybrides qui ne résolvent en rien la question du motif. Il y a donc de quoi toujours caler sur les poncifs, de mordre dans la feinte et la poussière sans rien de pouvoir croire dur comme fer. Là où pourtant tout pousse à plaire et où sourd du neuf, du fort mais pas du réconfort. Les imbéciles risquent même d’être saisis d’une stupeur totémique.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

07/04/2018

Christophe Esnault : apports essentiels aux coups de pied au cœur et dans le fondement

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Ethique, symbolique, référencé, pragmatique et surtout farcesque ce livre somme n’a rien d’assommant. Bien au contraire il offre bien des régénérescences en tordant le cou à la littérature qui ne câline que là où le pathos gêne. L’auteur n’y va pas de mains mortes pour gifler les séducteurs.  intéressés à plaire aux têtes de pioches. Celles-ci trouvent dans l’ennui qu'ils sèment le plus sûr garant à leurs inaltérables flops.

 

 

Esnault 3.jpgLa culture n’est pas ici ce qui reste après ce que tous les auteurs font dégouliner dessus. La performance est d’un autre ordre et ne répond en rien à des intérêts de stratégie économique. Bref c’est du Dreyer mais façon clownesque. Exit les niaiseries psychologiques ou de tout autre acabit. L’auteur y reste proche des femmes de haute volée (Unica Zurn, Sarah Kane, Sophie Calle, Anaïs Nin) plus que les pétomanes du logos aux tristes blagues.

Esnault 2.pngChristope Esnault leur dit son fait et tous y passent (à l’exception de Blanchot, Beckett et de quelques autres). La fanfaronnade est dadaïste : elle évite la comédie surréaliste. L’auteur permet ainsi dans les livres qu’il n’a pas (encore) écrit de prouver l’essentiel. A savoir que « respirer c’est déjà cautionner un système » : ce qui n’empêche pas « la pratique de la levrette et autres festivités ». Histoire au moins de sauver ce qui peut l’être. A bonnes entendeuses et bons entendeurs, salut.

Jean-Paul Gavard-Perret

Christophe Esnault, «Mordre l’essentiel », Tindbad Poésie, Editions Tindbad, Paris, 2018, 334 p., 26 e. . Sortie le 5 mai 2018.

04/04/2018

Torbjørn Rødland : l’ancien et la nouvelle

Rodland bon.jpgLes photographies de Torbjørn Rødland sont des fleurs inattendues, des glaïeuls incendiaires mais toujours subtils. Le photographe ordonne le monde mais comme s’il repassait par un certain chaos pour lui accorder une nouvelle chance

Rodland 3.jpgIl arrive que certaines femmes soient « les très chères » de Baudelaire qui ne gardent que « leurs bijoux sonores ». Mais d’autres - comme le photographe lui-même - cultivent l’aporie jusqu’à l’humour. Elles sont même prêtes à donner leurs cheveux pour que les Trump se prennent pour des Beatles.

 

rodland 2.jpgC’est dire si les femmes se moquent des pouvoirs. Sans doutes parce qu’elles gardent celui de rester érigées. Mais l'homme est voué à "l'alternance incompréhensible" (P. Quignard). C'est pourquoi le pouvoir est un problème masculin. Il caractérise sa fragilité, sa faiblesse, son anxiété. A l'image de son éjaculation dont la volupté est une perte. Ce qui en résulte est tristesse et tarissement sauf si Torbjørn Rødland - passant par là - les sublime.

Jean-Paul Gavard-Perret

Torbjørn Rødland, The Touch That Made You », Fondazione Prada, Milan.